‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 26 sur 63 · DE PLUS IHHIT ES PLUS FORT · texte numérisé non relu

DE PLUS IHHIT ES PLUS FORT

Nms en sommes quittes pour la peur. Il voudrait qu'on ne pariit plus, devaul elle, du miracle de la résurrection de Rosalie. Cette deruiëre prescription sera bien difficilement observée.

c L'abbé et moi, nous avons causé avec le . docteur. Cest une de nos sommités médicales de province; il m'a pani fort distinpé.

V — Mademoiselle Mangon a eu tout bonnement une léthargie ? ai-je demandé au docteur.

€ — Nullement, ra'a-t-il répondu.

€ — Alors ane catalepsie ?

€ — Pas davantage. Mademoiselle Mangon n'a pas été malade.

€ — Gomment, monsieur le docteur, ces convulsions, ces erampes, ces vomissements ?. . .

a — Etaient très-réels. Seulement j'ai reconnu* les médicaments qu'elle avait pris pour les provoquer. Elle avait un peu trop forcé la dose. De là sa faiblesse, sa sueur froide. Un évanouissement, rien de pins. Le reste est un roman composé par cette illuminée. Elle finira par V croire elle-même. Nous avons des exemples de ces li^errations. Toutes ces femmes visionnaires en arrivent là.

€ — Alors, dit l'abbé Louis, comment n'avez-vous pas démasqué l'imposture ?

« — Monsieur 1 abbé, je fais de la médecine, et non pas de la surveillance sur les mœurs religieuses du déparlament du Rhône. D'ailleurs, sachez que cette fille est me créature des jésuites; et je n'ai pas envie.de mettre contre moi les trop puissants Pères. Tout ce que je pournûs dire ici ne dessillerait pas les yeux de la châtelaine, et aie serait à coup sûr nuisible.

€ — 'Vous avez une réputation si bien établie.

< — On trouve toujours les moyens de nuire, monsieur Tabbé. Depuis que les jésuites sont à Lyon, j*ai évité avec soiu de les avoir pour adversaires. Je n*ai pas voulu non plus, et Dieu sait ce qu*ils ont fait pour cela, devenir leur créature. On peut être médecin spiritualiste et même catholique, et ne pas aimer cet ordre. Je sais trop le mal qu'ils font et le bien qu'ils empêchent. Par cela seul que je n'ai pas voulu me mettre à leur remorque, ils me tiennent en suspicion ; et j'ai perdu, grâce à eux, un dixième de ma clientèle aristocratique. Ils ont fait alors une réputation à mon collègue F. D'après cela, jugez de leur puissance.

< Tel a été l'entretien. Maintenant les jésuites sont-ils pour quelque chose dans les manèges de la mystique de Brindas? Vont-ils en profiter? Je l'ignore. Seulement je te devais le récit de ces événements bizarres.

« Rosalie Mangon a déjà son historiographe. Le curé de Brindas a trouvé là matière à faire un petit bruit et à jouer un petit rôle. Il va. écrire la relation véridique des événements surnaturels qui se sont passés au château.

c Le docteur Bérard, que j'ai revu encore, un moment avant son départ, m'a dit qu'il connaissait à Lyon vingt illuminées de la force de Rosalie Mangon.

€ — Leurs directeurs, m'a-t-il dit, les prônent à qui mieux mieux. Il y a même au sein de ce monde de croyants, en état perpétuel de rapports avec le monde surnaturel, des luttes intestines auxquelles la partie active et intelligente de la ville* reste complètement étrangère. Mais les médecins savent beaucoup de choses, et ils ne sont pas médiocrement surpris d'apprendre que telle maladie nerveuse, pour laquelle on a réclamé leurs soins, s'est transformée en extases et en dons merveilleux. Presque toujours ce sont des femmes du peuple qui

jouent ce rôle. Le métier est bon et n*est pas difficile à apprendre.

c 11 a ajouté :

« — Je sais que, parmi ces illuminées, il y en a de bonne foi. Hais, parmi celles que je connais, je ne répondrais que de la seule Véronique. Celle-là est vraiment une belle âme. Les visions de Marie Alacoque lui ont malheureusement tourné la tête. Elle s* est exterminée par les austérités les plus étranges. Elle veut surpasser son modèle. Mais, là, il y a la foi, il y a aussi la charité. C'est une bonne nature détournée des voies raisonnables par des lectures mystiques infiniment dangereuses; je la respecte; mais je méprise souverainement ceux qui Texploitent.

€ Si je ne te savais pas un esprit sérieux, et investigateur, je ne t'aurais pas donné tous ces détails; mais je les ai recueillis pour toi, comme matériaux à Tun des chapitres de tes études de moraliste; tu pourrai l'intituler : Des aberrations du mysticisme.

c Sur ce, adieu. »

it

POUR LES JÉSUITES, IL T A iMfRACLE ET MIRACLE

Le monde religieux gagna h la mort de Rosalie, mort suivie d'une si prompte résurrection, un traité complet de théologie mystique. Le jeune curé de Brindas, aussi exalté que son prédécesseur avait été prudent, commença à écrire la vie et les révélations de Rosalie, et il assurait à tous ceux qu il jugeait dignes de recevoir ses confidences, que Rosalie Hangon,en matière Ihéologique, égalait saint Augustin et saint Thomas (1).

(1) Les lootenn peu familiariBés avec les idées mystiques m'accuseront de forger des prôtres crédules, prêts à l'enthousiasme pour toutes les aberrations pieuses que peuvent leur débiter des créatures folles ou hypocrites. Je suis cependant continuellement dans le vrai Outre les œuvres de Marie Alacoque qui se répandent maintenant, et qui se lisent dans le monde croyant, les Jésuites viennent depuis peu d'années de mettre en vogue les faits et gestes d'une illuminée moderne, Marie Lataste, religieuse coadjutrice du Sacré-Cœur.

Marie Lataste était une fiUe du peuple, née à Maimbaste, près de Dax, en 1622. £Ue était sans fortune, et^ d'après ses écrits, on voit clairement que sa pensée dominante fat d'ar^^jtsr à dtre religieuse

Page 1