‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 28 sur 63 · POUR LES JÉSUITES, IL T A MIRACLE ET MIRACLE · texte numérisé non relu

POUR LES JÉSUITES, IL T A MIRACLE ET MIRACLE

et dont les impies ne manqueraient pas de se servir pour décrier des révélations ayant un plus haut degré de certitude. Il lui insinua que Rosalie aurait son heure, mais qu'il ne fallait rien précipiter. Toutefois, il promit d'examiner les écrits de Rosalie, mais à ses heures perdues. 11 prescrivit, jusqu'à nouvel ordre, un silence absolu.

Après ces deux leçons, Rosalie, qui n'ignorait pas qu'elle n'était quelque chose que par les jésuites, cacha soigneusement^ même à madame de Lentilly, ses faveurs célestes. Il n'y eut d'exception que pour son cher directeur, le nouveau curé de Brindas, qu'elle parvint à fascijqer complètement.

Cependant le comte de Lentilly avait souffert de toutes ces extravagances, que sa pénétration d'homme du monde, autant que les malicieux entretiens de son fils, lui avaient dévoilées dans leur trame grossière. Mais il n'avait pas entrepris de les combattre. Nature apathique et égoïste, il voulait, avant tout, la paix intérieure et le bien-être, il avait tout cela; et, de peur de compromettre quelque chose de ces biens tant appréciés quand on avance dans la vie, il avait laissé sa femme libre de suivre toutes ses inspirations, et d'élever Clémentine et Raphaël comme elle l'entendrait.

Quelquefois, en voyant la beauté et l'intelligence de lajeune fille se développer merveilleusement, il se repentait presque de l'avoir condamnée, par calcul, à l'obscurité du cloitre.' Il sentait bien qu'on lui soufflait artificiellement une vocation qu'elle n'aurait pas eue, probablement, si elle eût été élevée dans un autre milieu. Puis il était trop clairvoyant pour ne pas soupçonner le lien secret, mais puissant qui unissait ces jeunes êtres, qui étaient tout le monde l'un pour l'autre, et quelque chose lui disait que la raison, rexpérience, l'honnêteté même fai-

saieot un devoir à des parents éclairés de prendre cet amour si eofantia et si pudique comme une preuve d'une altraction providenlielie, qui assurerait par un mariage, quand Tâge serait venu, ie bonheur de Tun et de rautre«

En face de ces pensées, qui ie préoccupèrept longtemps, le comte, pour en finir avec des incertitudes dont son repos était troublé, s'était décidé à déclarer que, si Clémentine se faisait religieuse avant Tâge de vingt-cinq ans, elle perdrait son droit à la dot qu'il lui avait promise. Décision maladroite, qui ue pouvait, comme tous les obstacles de ce genre, qu'enflammer davantage l'enthou-* siasme de Clémentine. Les vocations sont comme Tamour: la moindre contrariété les excite et les raffermit.

Après qu'il eut manifesté cette disposition, il se trouva la conscience plus tranquille. 11 se sentait encore dans la force de l'âge, et il espérait bien vivre assez pour combattre les influences que Clémentine avait subies, quand elle arriverait à cette époque de la vie où le monde se présente à l'imagination de la jeune fille avec tous ses enivrements. Quelquefois, il lui vint la pensée de la conduire dans quelque grand pensionnat, où elle pât perdre un peu de cet esprit exclusivement religieux et mystique qui avait dominé à Brindas. Mais il trouva qu'il serait injuste de priver sa femme d'une enfant qu'elle aimait avec autant de tendresse que si elle eût été sa fille. Puis, Clémentine était si heureuse dans ce cher intérieur qu'elle ne le quitterait pas sans un amer regret. Il fallait attendre encore.

Le fait est que le comte obéissait à un sentiment tout personnel. Clémentine lui était surtout nécessaire. Elle faisait bien l'oraison avec Rosalie et avec la comtesse; elle récitait bien l'office de la Vierge avec Raphaël ; die lisait des livres ascétiques, et, de loin en loin essayait.

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