‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 33 sur 63 · LES LANGUES DÉVOTES · texte numérisé non relu

LES LANGUES DÉVOTES

On se doute bien du scandale que produisit Raphaël, arrivant à Lyon et à Brindas avec le costume d'un homme du monde. Dans la pieuse paroisse et dans la ville mystique, il y eût un toile général sur la conduite de ce jeune ecclésiastique quittant TÉglise pour reprendre la vie du monde.

— N'était-ce pas une apostasie? Ces misérables qui, devant les gloires des martyrs, brAlaient de l'encens aux idoles, ou saluaient les aigles des enseignes des légions impériales, faisaient-ils autrement?

Disons le mot, le monde pieux fut impitoyable pour Raphaël.

C'était partout le même thème, dont la forme seule variait selon le degré d'instruction des groupes qui s'entretenaient de ce grave événement. Pour passer des congrégations aux salons dévots, la critique de ces belles âmes n'en était ni moins lâche ni moins odieuse. On se

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demande toujours si les haines dévoles sont une conséquence de la vie religieuse; et, si elles n*en sont pas évidemment la conséquence, comment se trouvent-elles dans l'immense généralité attachées, comme l'ombre au corps, à toutes ces existences qui croient fermement qu'on ne se sauve pas sans charité, et qui arrangent si subtilement leurs haines avec leurs actes d'amour de Dieu et du prochain, qu'elles peuvent se faire illusion, toute leur vie, sur une si effrayante négation des premiers éléments du christianisme, pour ne pas dire de la simple morale naturelle?

Quand on veut regarder au fond de cet abiroe, on ne tarde pas à se convaincre que la cause première, peutêtre unique, de cette scandaleuse habitude du monde pieux, est le procédé mystique, procédé artificiel qui, n'atteignant l'âme qu'à la surface, permet cette contradiction effrayante d'amour pour Dieu que Ton croit se sentir dans le cœur, et de haines pour certains faonuiies, haines qui n'oui d'autre motif que le fanatisme, et que l'on garde sans scrupule au fond de l'àme.

— L'abbé défroqué ! disait-on dans le monde dévot de bas étage, en parlant de Raphaël.

— L'apostat de Brindas! disait-on dans les salons de la place Belleoour.

— Mes chères compagnes, disaient certaines directrices de congrégations, nous avons bien à gémir sur le scandale donné par le fils de la sainte madame de Lentilly. Un homme qui quitte la soutane, ce saint habiti pour rentrer dans le monde, quelle horrible chose!

— Nous plaignons bien notre amie, madame de Lentilly, disaient madames de Sainte-Colombe et d'autres dévotes du grand nM)Bde. Si encore son fils, en reprenant la vie des laïques, avait cet extérieur humble et mortifié.

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