‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 37 sur 63 · LA PAROISSE MYSTIQUE · texte numérisé non relu

LA PAROISSE MYSTIQUE

et si claires. Elle repousse toute idée de temple et . sanctuaire à la façon juive et païenne. Tout croyant étant un temple vivant de Dieu, son vrai sanctuaire, plus n*est besoin des vieilles formes du culte. Il lui faut des lieux d'assemblée, qui sont des cénacles, de grandes salles publiques, des basiliques. Là , pas d^autel, mais une table pour rEucharistie et les agapes; au lieu de sanctuaire, des sièges en ordre circulaire pour Tévêque, les prêtres et les diacres.

Le culte judaïque, le culte païen sont formellement repoussés. Un ordre nouveau d* adoration, de prière, d'enseignement est inauguré, et il dure plusieurs siècles, en se maintenant dans une simplicité admirable.

Hais les tendances judaïques et païennes n'en subsistaient pas moins dans le monde antique, quoique converti au christianisme. Leurs lentes invasions commencent dans l'Église, avec le luxe et l'éclat que se donne le sacerdoce, dès que la religion nouvelle est devenue dominante. Et, quand arrivent les Barbares, grossiers et sensuels, la digue opposée par la raison chrétienne aux anciens errements fut brusquement renversée; et, soit impuissance du clergé, qui appartenait encore à la civilisation, soit entraînement du clergé pris parmi les Barbares, les idées comprimées et vaincues, au soleil de la diffusion de l'Évangile, reparurent triomphantes. Le paganisme rentra dans l'Église par mille fissures : l'esprit qui vivifie fut étouffé sous la lettre qui tue; les formes qui saisissent le regard dominèrent l'idée accessible seule à la raison, et ce grand débordement de races qui broya, pendant tout un long siècle, la civilisation gréco-romaine, emporta, dans le mouvement du même orage, le christianisme que j'appellerai apostolique et rationnel, pour lui substituer, par voie d'infiltration fatale et irrésistible, le christianisme

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matérialisé, formaliste et mystique, qui s'appelle le catholicisme du moyen âge.

Or, malgré tous les efforts des hommes illustres de rÉglise qui, au seizième et au dix-septième siècle, comprirent l'urgence d'une réforme, c'est-à-dire logiquement d'un retour au christianisme apostolique et rationnel, nous sommes encore en pleine religion du moyen Age.

La parole de Lacordaire, qu'il faut reprendre TEglise entre les catacombes et Constantin, trois longs siècles des impuissances de ce christianisme à l'usage des barbares, démontrent la nécessité de ramener le christianisme galiléen qui allait à un âge civilisé de Thumanité et qui doit aller au nôtre.

Dans le courant où dominent les intelligences qui se sont éprises du moyen âge et qui le regardent comme le belidéal de toute civilisation, ce christianisme formaliste et mystique est l'expression la plus nette et la plus belle de l'idée évangélique. Toucher à quoi que ce soit de cette œuvre nouvelle des siècles, c'est ne plus être catholique.

Ces hommes l'emportent à celte heure, et nous assis-> tons à leur triomphe. Pendant que le dix-neuvième siècle, par les procédés rationnels de la philosophie et des sciences, rompait avec toutes les traditions et toutes les ignorances du moyen âge, la petite portion de l'humanité occidentale, qui était demeurée fidèle au catholicisme, se jetait dans une réaction violente, et repoussait, comme une apostasie, toutes ces idées sages de retour à une religion plus dégagée, des formes et du mysticisme.

Telle est la grande lutte religieuse du siècle, lutte qui va occuper plusieurs des siècles succédant au nôtre, et qui devra aboutir à une transformation glorieuse du catholicisme étouffé dans les traditions de l'époque barbare, ou à Taffaissement progressif de ce même catholicisme

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