‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 38 sur 63 · LA PAROISSE MYSTIQUE Î · texte numérisé non relu

LA PAROISSE MYSTIQUE Î

obstiné dans ses formes immobiles et étouffe par elles.

Depuis le Vaticîjn, où Pie IX est rincarnation la plus honorable du système formaliste et mystique qui constitue b catholicisme du moyen âge, jusqu'au plus obscur des presbytères où vivent et se désolent de bons prêtres devant les répulsions intraitables de Thumanité pour une religion qui ne lui va plus, il n'y a qu'une idée fixe, plus que cela, une passion ardente, allant quelquefois jusqu'au fanatisme, courber le siècle récalcitrant sous ce joug abhorré du moyen âge. Tout travaille pour cette pensée, tout en prépare la réalisatirm : prédication, ca-« técbismes, enseignement dans la théologie, dans les éludes classiques des collèges ecclésiastiques, vie religieuse dans les couvents, direction spirituelle des jeunes filles par les communautés, livres, jo Jrnaux de toute sorte, restauration minutieuse et passionnée de formes et d'usages que Tesprit plus large du dix-septième siècle avait fait abandonner L'araignée du moyen âge a repris sou travail patient et opiniâtre, au linteau du temple de la civilisaiion contemporaine. Chaque malin, la civilisation emporte d'un souffle la toile si péniblement travaillée pendant la nuit; mais l'insecte, que rien ne rebute, que rieu n'éclaire sur son obstination et sur son impuissance, revient à l'œuvre, toujours avec la pensée que cette toile restera définitivement, et que, par elle, elle prendra un plus grand nombre d'âmes pour le ciel.

Le village de Brin<las était une image rapeiissée de ce qui se fait plus en grand dans le catholicisme.

Le nouveau curé avait commencé sa belle œuvre ptir flétrir son modeste et sage prédécesseur. 11 ne lui avait pas été difficile d'égarer ces honnêtes paysans.

— Le malheureux prêtre était gallican, il n'aimait pas les jésuites, ces grands serviteurs de Dieu; il n'aimait

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pas la liturgie romaine. Il ne poussait pas à la confession fréquente. Il ne donnait aucun éclat aux fêtes supprimées. C'était un homme h idées libérales, par conséquent un révolutionnaire. Ce n'était pas un prêtre intérieur, un homme d'oraison. Il était incapable de conduire les âmes dans les voies parfaites. Il avait perdu et gangrené cette paroisse.

Les femmes furent fanatisées.

— Ne nous parlez pas de cet homme, dirent-elles bientôt du prêtre vénérable qui les avait formées à la vie simple et pratique.

— Après tout, c'était un homme de bien, disaient les hommes qui ne comprenaient rien aux tirades violentes du nouveau pasteur, sinon que, dans leur bon sens, ils devinaient très-bien une jalousie coupable et puérile, et la vanité prétentieuse de rabaisser le vieux prêtre dans Testime de tous, afin de paraître avoir mieux fait que lui.

Ceci promettait.

Le premier soin du curé mystique fut de réunir un noyau de femmes pieuses, composé surtout de jeunes filles et des plus jeunes femmes, qu'il s'occupa de conduire dans les voies intérieures. Un règlement spirituel fut donné à chacune d'elles. Il leur apprit à faire Toraison. Elles eurent à venir entendre la messe chaque jour, et avant peu, le plus grand nombre d'eutr'elles furent amenées à communier chaque matin. Les moins avancées en spiritualité ne communiaient que deux ou trois fois la semaine.

Toute la langue mystique des saintes du château devint bientôt familière aux paysannes de Brindas; ce n'était pas en vain que le curé, malgré une belle vocation pour ne jamais écrire, s'était fait l'historiographe de Rosalie.

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