‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 40 sur 63 · LA PAROISSE MYSTIQUE 2S · texte numérisé non relu

LA PAROISSE MYSTIQUE 2S

religieuses. Les esprits brouillons, et il s'en trouve partout, exploitèrent ces occasions d*antagonisnie.

Les hommes regrettaient le vieux curé; les femmes soutenaient le nouveau.

Les scènes dans les familles étaient fréquentes. Avec la maxime : Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, mal interprétée par le curé, mal appliquée par des ignorantes, le trouble était dans beaucoup de ménages autre* fois bien paisibles. Communier tous tes matins demande une vie angélique; et, si ceux avec qui nous vivons ne nous aident pas dans notre vol aux régions éthérées, s'ils nous ramènent a toute heure à la vie du terre-à-terre, aux intérêts, aux préoccupations matérielles, si la paix du cœur est perdue, si Ton s'est oubliée à des paroles d'aigreur, si l'on a mal rempli des devoirs d'obligation qui doivent primer des exercices purement dévotieux, quel combat perpétuel au sein de la famille, et comment supporter et aimer des êtres si charnels, si Immains, qui gênent notre avancement dans la perfection?

Telles étaient, en réalité, les conséquences du système mystique appliqué à la population besogneuse et ignorante d'un village. Peu de bien sérieux était résulté de cette application de la vie du couvent à la vie domestique; beaucoup de mal, et le plus grand de tous, les divisions religieuses, se trouvait au bilan de ce régime insensé. On en venait quelquefois jusqu'au scandale. Quand le curé montait en chaire pour fulminer contre les mécréants, contre les ennemis du pape,ou prêcher la perfection à l'usage de ses saintes filles, beaucoup d'hommes tournaient le dos et s'en allaient causer à la porte de l'église, et ne rentraient que pour assister à la messe. Le curé menaçait ces hommes, les prévenait qu'il les attendait à la pâque, et que là il ferait sentir ce que c'est que de

mépriser la parole de Dieu. On riait de ces belles apostrophes, et la pire des incrédulités, celle qui laisse Dieu par haine du prêtre, gagnait peu à peu la population virile de Brindas.

Tout pieux que fût Raphaël, il avait été frappé, à son Retour à Brindas, du changement rapide qui s'était opéré dans le village, depuis la mort de son ancien maître. Il avait su les paroles malveillantes du mystique sur cet homme de bien ; il lui avait fallu toute sa charité pour pardonner ce manque de tact et de justice. Mais sa raison lui fit trouver dans ces faits regrettables une leçon, qui ne fut pas perdue, sur les inconvénients du mysticisme.

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