‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 46 sur 63 · U MANIE MATRIMONIALE · texte numérisé non relu

U MANIE MATRIMONIALE

Madame de Lentilly, en arrivant à Paris, renoua des relations avec un cousin du père de Raphaël, M. de Lozane, conseiller à la cour impériale.

Dans ses rares excursions à Paris, la comtesse ne aisait jamais au conseiller et à sa femme qu'une seule visite de convenance. On lui rendait cette visite. A cela se bornaient leurs relations de famille. Les jésuites avaient donné à la comtesse des préventions contre le conseiller. Il était religieux, il faisait ses pâques, mais il était imbu, disaient les bons Pères, des idées détestables du gallicanisme; il se posait en catholique libéral; et madame de Lentilly, sur la parole de ses maîtres, voyait dans le conseiller presque un hérétique.

Hais le jour où elle alla faire avec son fils la visite deconvenance, qu elle se promettait bien de ne pas renouveler, au conseiller et h sa femme, ceux-ci lui présentèrent une jeune et charmante personne : c'était leur tille, Claire de

Lozane. Tout entière à ses préoccupations matrimoniales, madame de Lentilly pensa que Claire serait pour son fils un excellent parti. Quel dommage que le conseiller fiU animé d'un si mauvais esprit ! S'il n'eût été que libre penseur, on aurait pu espérer sa conversion, mais un gallican! Malgré ces désolantes réflexions, elle fit une seconde visite. Raphaël avait trouvé dans son cousin un homme sérieux, à idées élevées; il accompagna volontiers sa mère. On accepta une invitation à dîner; et, au bout de quinze jours, l'intimité entre madame de Lentilly et les Lozane était complète.

La conversation tombait souvent sur le terrain religieux; et la comtesse, qui ne manquait pas d'un certain bon sens, surtout quand elle était éloignée de son* directeur jésuite, s'aperçut qu'on pouvait être gallican et bon catholique. Elle se souvint fort à propos qu'à l'époque de sa jeunesse, tous les évéques français, sauf peut-être deux ou trois, professaient les doctrines gallicanes, et n'en étaient pas moins soumis au chef de FÉglise. Le gallicanisme n'était donc pas une forme de l'hérésie protestante, comme ne cessent de le répéter les jésuites, dans leur Civiltà caltolica, leur Univers et leurs autres journaux. Hélas! le désir de marier son fils avait altéré, dans le cœur de la comtesse, la pureté des saines doctrines jésuitiques et veuillolistes !

Claire était vraiment charmante. Elle avait de la grâce, des talents, de l'esprit, une instruction sérieuse. Elle avait été élevée par sa mère, femme très-distinguée et tout à fait à la hauteur de l'intelligence de son mari. Raphaël appréciait tous ces avantages à leur juste valeur ; il aimait à causer avec sa jolie cousine, à faire de la musique avec elle ; et le conseiller et sa femme auraient vu avec plaisir resserrer les liens qui unissaient les deux familles.

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