UN JÉSOITB MÉCONTENT SU
lettres de lUpbaël. Par leur cofKenu, rile pouvait deviner une partie de celles de Giémentine. Elle ne parla point de ces lettres à la comtesse ; il aurait fallu dire par quels moyens elle en avait eu connaissance : cela aurait pu faire naître des soupçons sur ce soleil qui loi révélait laat de choses. Par surcroit de prudence, Rosalie confia à la comtesse et à ses directeurs que Dieu» pour la punir sans doute de ses infidélités, ou pour l'éprouver, lui avait été les dous extraordinaires qu'il lui avait accordés autrefois. Dieu, ajoutait modeste» Aient Rosalie, Tavait depuis lon^^temps j^éveoue qu'il lui retirerait ces faveurs spéciales lorsqu'elles cesseraient d'être utile à sa gloire k lui et à ses desseins. L'éternel souverain des mondes avait eu avec elle des procédés; elle sortait de l'état extatique, toujours un peu fati* guant, avec les honneurs de la guerre.
Rosalie avait, pour en agir ainsi, non-seulemeut un motif de prudence, mais encore un autre beaucoup plus personnel. Voyant qu'elle devait renoncer i créer un ordre religieux dont elle serait la souveraine absolue, elle rêvait une position oioins élevée, et calculait les avantages -d'une royauté constitutionnelle. Plus que jamais elle se décidait pour l'expectative; et, ne pouvant diriger les événements, elle les atteudait, se promettant bien d'agir, en temps et lieu, selon les intérêts de sa chère et précieuse personne*
Son témoignage, invoqué par la comtesse, fut favorable à Clémentine. La jeune fille donnait de longues heures à ses exercices de piété et sa ferveur était trèsédifiante.
— Parait-elle disposée à revenir à sa vocation? demanda la comtesse- Rosalie ne pouvait rien affirmar.
— Je reviendrai à Brindas dans trois mois, pmir y passer Tété. Si Raphaël n'est pas mariée que pourrai-je faire î
— Dieu vous inspirera, madame; il vous fera connaître sa sainte volonté.
Et la miraculée se disait tout bas : Dans trois mois, je saurai lui inspirer assez de sécurité pour qu'elle ne songe pas à se séparer de Clémentine. Quelle manie de vouloir marier son fils malgré lui ! M. Frédéric de Lentilly doit bientôt revenir du Mexique ; il trouvait Clémentine bien jolie, il y a quatre ans ; et la beauté de mon élève n'était pas alors ce qu'elle est aujourd'hui. Qui sait s'il n'en deviendra pas amoureux, et si Clémentine, bien convaincue que Raphaël ne pensera jamais à l'épouser, ne se trouvera pas heureuse de reprendre ce beau nom de Lentilly que sa mère a si sottement changé pour celui de Couturier? Attendons ! Le jeune comte de Lentilly, par sa présence, fera probablement éclater l'orage qui gronde sourdement, ou il ramènera le calme par un mariage que la comtesse verrait avec d'autant plus de plaisir qu'au fond elle aime beaucoup sa nièce. Une voix m'a toujours dit que ma destinée était inséparable de celle de mon élève. Je resterai donc avec elle, et alors?... La volonté de Dieu se manifestera pour moi.
Rosalie Hangon l'^ixtatique, Rosalie qui avait eu le privilège de mourir et de ressusciter, composait les premiers chapitres d'un petit roman très-mondain. Elle s'était amollie dans les délices de Brindas, et ne craignait rien tant que de quitter cette Capoue. Si ce malheur lui arrivait, la générosité de la comtesse la préserverait des privations, de la pauvreté; mais il lui faudrait reprendre la vie mesquine et obscure de cette classe qui n'appartient pas au peuple, dont elle ne partage plus les labeurs,