‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 50 sur 63 · NOUVELLES IMPRUDENCES · texte numérisé non relu

NOUVELLES IMPRUDENCES

eut de charmantes coquetteries féminines, de véritables câlineries d'enfant. La comtesse ne put conserver longtemps une sévérité dont elle souffrait la première ; et, après une causerie de deijx heures, pendant lesquelles ni l'un ni l'autre ne dévoilèrent leur pensée, la mère et le 61s se séparèrent satisfaits.

Raphaël ne voulut plus s'exposer h des réceptions si peu agréables. 11 allait à Brindas deux ou trois fois par semaine, sans en prévenir sa mère; il y restait une heure ou deux, ayant bien soin de choisir le moment où il pouvait trouver Clémentine seule.

Raphaël voyait avec bonheur approcher le moment de retourner à la campagne. Il souffrait d'être obligé de dissimuler avec sa mère. Il était dans l'exercice de ses droits. Â vingt-quatre ans, les lois divines et humaines le rendaient maître de ses actions: mais, pour les âmes généreuses, les affections imposent des devoirs en dehors des limites posées par la loi.

On arriva ainsi aux derniers jours de mai.

Un matin, madame de Lentilly fit appeler son fils. Quand il entra chez elle, il la trouva excessivement troublée ; il prévit une orageuse explication.

— Mon fils, dit la comtesse, vous êtes majeur et je n'ai pas le droit de vous demander compte de votre conduite, je le sais.

— Pourquoi me parlez-vous ainsi, ma mère? Me serais-je donc, à mon insu, rendu si coupable envers vous que vous soyez en droit de douter du cœur de votre fils?

— L'amour maternel a ses jalousies et ses exigences. Qu'est-ce que Taffection sans la confiance mutuelle? Je croyais avoir occupé, jusqu'à présent, le premier rang dans votre cœur ; et Dieu m'est témoin que mon plus

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grand désir était de m'y voir reaplacer par use feiQBie digtte d'être aimée de mon fils.

— Mais je veux bien mieux que ceb, mère chérie, je veux que vous gardiez voire p(ace dans mon cœur à tout jamais. Que vous ai-je demandé autre efaase, mm de vous consacrer toute ma vie? Pourquoi faut-il que nous soyons toujours divisés sur un point d*où dépend mon bonheur et le vôtre?

— Parce que je ne vois à votre élmgaeBieBt pev le mariage aucun motif raisonnable ; et j'en vois un d#fit je suis aussi surprise qu affligée.

— Veuillez vous expliquer^ ma mère.

— Vous aimez Clémentine, et elle vous aime.

— Je ne vous ai jamais nié cette affection.

— Dites-le mot, cet amour.

— Soit, ma mère, cet amour.

— Ansi, vous Tavouez?

— Pourquoi ne Tavouerais^je pas à ma mère, poisque cet amour est pur, et qu'elle sait bien qu'il a cooMurâ^é le jour où Clémentine est arrivée à Brindas?

— Si je ne devais pas six années de bonheur à M. de Leniilly, reprit la comtesse d'une voix tremblante de colère, je dirais : Maudit soit le jour oii sa nièce est entrée chez naoi !

— Oh ! ma mère, quelle parole venez-vons de prononcer! Comment cette pauvre enfant qae vous avez tant aimée esA-elle devenue Tobjet de votre aversion?

— Elle m'a enlevé ton cœur et ta confiance, Raphaël.

— Vous êtes dans l'erreur : ma tendresse pour Clémentine n'a en rien diminué cdle que j'ai toujours eue pour vous. Elles sont inséparables l'une de l'autre. Pourquoi, par des mots cruels, détruisez-voi» mes beaux réres ? Lorsque votre lettre m'est arrivée en Orient, pour

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me railler près de vous, je vous ai obéi, f ai consenii avec joie à me éonsacrer tout entier à votre bonheur. A AMI retour à Brindas, Clémentine m'a avoué ses répugnances pour la vie monastique qu'elle avait rêvée dans «n miment d'enthousiasme enfantin. J'ai cru recon- Dtrttre Ui l'intervention de la providence : eHe vous donlunt Clémentine pour remplacer le iBls que vous aviez perdo. — Ma «ère aura toujours deux enfants pour l'aimer, me disais^je, et ceax-là ne la quitteront jamais. — C'était là men rêve.

— Vous aviez donc l'intention de donner votre nom à la fille de Couturier?

— Je n'en ai jamais eu la pensée.

— Je vous remercie de cette parole, mon fils. Elle me prouve que vous n'avez pas oublié ce que vous devez aux traditions de votre famille, et au rang que vous occupez dans la société.

— Ce ne sont pas ces considérations qui m'ont ar^ rélé. Si j'avais voulu me marier, je n'aurais pas eu d'autre femme que Clémentine; mais, je vous l'ai dit, en revenant en France, et je vous l'ai souvent répété, je ne me marierai jamais. Ne revenons donc plus sur des discussiuDs pénibles pour nous deux. Vous avez un fils et une fille ; laissez-les s'aimer et vous aimer ! Le bonheur est là pour tous les trois, ma mère.

— Clémentine renonce-t-elle aussi an mariage?

— Je le crois; mais, si jamais elle pensait autrement, ce serait moi, son frère, qui me chargerais de la doter.

— Comme vous le dites, mon fils, vous avez fiait un tèf€y et ce rêve est impessSile à réaliser.

— Et peunfBoi cela?

— y^ imprudences et celles de Clémentine sont

l'obstacle que vous avez posé vous-même à sa réalisation.

— Nos imprudences, ma mère ! En quoi avons-nous été imprudents?

— Quand nous quittâmes la campape pour venir à Lyon, je savais depuis quelques jours que votre intimité de tous les instants avec Clémentine avait été l'objet de malveillantes observations. Cela me décida à laisser ma nièce à Brindas. Je ne vous parlai pas de tout cela, je craignais déjà que, sans vous l'avouer peut-être, vous ne fussiez follement épris de c^tte enfant; je ne voulais pas, en contrariant votre passion, vous 4a révéler à vous^ même.

Vous savez quelles espérances j'avais conçues ; votre obstination inconcevable, si vous n'avez pour mademoi* selle Couturier qu'un amour fraternel, les a détruites; ei c'est une grande douleur pour moi. Mais enfin, mon fils, vous êtes libre, vous arrangerez votre existence non selon mes goûts, mais selon les vôtres. Quant à Clémentine, je dois vous prévenir que je viens de me trouver en face d'un devoir pénible, et je n'ai pas hésité un instant à faire ce que me commandait l'intérêt de sa réputation et de la vôtre. Depuis que nous sommes revenus de Paris, il n'y a pas eu de semaines que vous n'ayez fait plusieurs voyages à Brindas. Vous m'en avez caché la plus grande partie. Ne m'interrompez pas, mon fils, je ne me plains pas, je ne vous accuse pas, je raconte. Ces visites à Brindas, mademoiselle Rosalie n'en a connu que quelques-unes, tant vous avez bien pris vos précautions, pour n'y voir qu'une seule personne; mais elles ont été notées avec soin par un public malveillant. Vous savez qu'à Brindas et dans les environs, il y a un certain nombre de familles que je n'ai pas voulu attirer chez moi, bien

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