‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 51 sur 63 · NOUVELLES IMPRUDENCES 3S · texte numérisé non relu

NOUVELLES IMPRUDENCES 3S

moins en raison de leur position sociale, inférieure h la nôtre, que de leurs opinions révolutionnaires et anti-re* ligieuses. Froissés dans leur orgueil, ces gens-là se sont faits mes ennemis et les vôtres; ils ont épié vos démarches, ont compté les heures de vos rendez-vous, et ils ont fait, sur l'emploi de ces heures mystérieuses, les commentaires les plus outrageants.

— Ni moi, ni Clémentine, nous n'avons à rougir de l'emploi de ces heures mystérieuses, comme vous les appelez.

— Je le sais très-bien, mon fils, mais vous n'en êtes pas moins coupable d'avoir ainsi exposé la réputation de votre sœur d'adoption. Si vous ne m'aviez pas si soigneusement caché vos excursions à Brindas, je vous en aurais signalé Tinconvenance. Vous ne savez pas, Raphaël, jusqu'où peut aller la méchanceté du monde, et quel plaisir il trouve à souiller de sa bave impure ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré. Votre piété, celle de Clémentine n'ont servi ^u'à rendre les dards de la calomnie I^ aigus et plus empoisonnés. Mais je dois vous le dire, en réduisant à leur juste valeur toutes ces accusations, en restant dans la simplicité des faits, c'est-à-dire votre correspondance et vos visites clandestines, vous n'en avez pas moins manqué à toutes les règles de la prudence et des convenances sociales.

— Cela peut être vrai, ma mère, dit tristement Raphaël. Il m'est infiniment pénible d'apprendre que ma chère Clémentine a été calomniée par ma faute. Elle et moi nous ignorons bien des choses; quand on craint beaucoup le regard de Dieu, on ne pense pas à redouter celui du monde. Et, d'ailleurs, le monde, qu'est-il pour nous? Quels liens nous attachent à lui et lui à nous? Comment ma sœur et moi pouvions-nous redouter les arrêts

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de cette étrange personnalité qu'on appelle le inonde! M'avons-nous pas été élevés dans la haine et dans le mé« pris de ce monde?

— Sans doute, noos devons le hair, car il est rennemi de Dieu ; et Clémentine aurait été bien heureuse ^ elle avait eu le courage de le fuir et de se réfugier à l'ombre du cloitre. Mais ce ne sont pas seulement les gens sans religion que vous avez scandalisés par vos fatales imprudences; j'ai appris, il y a trois jours, par la lettre que je relisais lorsque vous êtes entré, que les bruits fâcheux colportés dans Brindas sont arrivés jusqu'à Lyon. Notre monde à nous, si religieux et si austère» juge sévèrement mon imprévoyance et ma faiblesse. J'ai dû me rendre h de sages conseil, et Qémentine...

La comtesse s'arrêta.

— Clémentine! dit Raphaël en regardant sa mère avec anxiété.

— J'ai dû, mon fils, reprit la comtesse, m'imposer une séparation momentanée. Ce matin, Clémentine a dû quitter le château de Brindas.

Raphliêl devint tellement pâle que sa mère en fut effrayée.

— Vous avez chassé Clémentine de votre maison? dit le jeune homme d'une voix tremblante.

— Quelle expression, mou cher enfant, employezvous là?

— Oui, vous l'avez chassée ! Ce que je dis dans ce moment, le monde, dont vous invoquez aujourd'hui l'autorité, le dira comme moi : vous l'avez chassée ! Vous n'avez donc pas compris que vous confirmiez, par cet acte de cruauté, les calomnies infâmes dont on a souillé votre fils et votre nièce ?

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