‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 57 sur 63 · LA PRIÈRE DU SOIR · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE DU SOIR

cheté. En raison des relations qui'existaient entre lui et Raphaël, la faute eût été plus vile encore. Raphaël était le fils de la femme de son père. Celui-ci, eu Tadoptant, avait créé entre les deux jeunes gens une espèce de fraternité. N'était-ce pas en raison de ce titre sacré de frère, que Raphaël l'avait accueilli si affectueusement? Bien décidé à fuir le monde, à ne pas le laisser pénétrer dans son sanctuaire, il avait fait une exception pour Fré* déric. Quoi de plus lâche que d'abuser de la confiance d'une âme si pure qu'elle ne soupçonnait même pas les dégradations que les passions accomplissent, plus ou moins lentement, dans les cœurs où elles sont entrées?

Frédéric s'était dit tout cela, la première fois que, sincère avec lui-même, il s'avoua qu'il aimait Clémentine et qu'il l'aimait d'amour. Mais la foi n'était plus dans son âme qu'à l'état latent; il ne lui demandait plus ses inspirations.

Il se dit qu'il était un honnête homme, qu'il saurait se poser une limite, et qu'il ne la franchirait jamais. Il vou* iaît aimer Clémentine ; mais loin de lui la coupable pensée de s'en faire aimer.

Le divin réparateur voulant élever la morale à son plus haut degré de puissance dit au peuple qui l'écoutait :

t Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : — € Vous ne commettrez point l'adultère. — Mais moi je « vous dis que quiconque aura regardé une femme avec c un désir pour elle, a déjà commis l'adultère dans son « cœur, j

Frédéric ne voulut pas se souvenir de cet enseignement ! il s'enivra de la présence de la femme adorée, de ses sourires, de ses paroles, de tout le charme qu'elle répandait autour d'elle. H se crut bien sûr de commander à ses regards, à l'accent de sa voix, et de ne jamais tra-

hir, par le plus léger indice, le secret de son cœur. 1] marcha résolument dans cette voie périfleuse.

Sa passion s'exalta : et, ne pouvant plus s'en dissimuler les dangers, il chercha de nouveaux sophîsmcs pour s'absoudre, ou pour se trouver moins coupable.

Il se posa la question que se pose tout homme amou* reux d'une femme mariée ;

--- Clémentine avait-ella bien réellement de Tamour pour goD mari ? Ces enfants, élevés dans les serres eliaudaa. du mysticisme, avaient-ils jamais su ce que c'était que Tamour? Rapbael si beau, si intelligent, si aimant qu*ii pût être, pouvait-il inspirer ce sentiment? Son canir n*était-*il pas plus tendre que passionné? La tendresse pouvait->elIe suffire à Tâme ardepte de Clémentine ?

Non, elle ne suffisait pas, si Frédéric en croyait h flamme qui jaillissait parfois des grands yeux noirs Ae sa cousine; non, s'il étudiait en elle ses mystérieuses lan-, gueurs, ses mélancolies sans objet, ses gaietés nerveuses.

Que se passait-il dans le cœur de cette femme? Elle avait été appelée h vivre sous le ciel toujours pur dn bonheur conjugal, sans qu'un nuage en vint jamais troubler la sérénité ; pour elle, la brise était constamment douce et parfumée; une main amie était toujours là, prête h écarter des sentiers où elle portait ses pas, les aspérités et les ronces. Tel était le sort de Clémentine, et il semblait h Frédéric que cette nature énergique et puissante s'énervait dans ce placide bonheur.

Il y a des plantes qui s'inclinent sans se briser sous TefTort de la tempête. Quand elle est passée, elles se relèvent radieuses, leur feuillage a pris un nouvel éclat, leurs parfums sont plus pénétrants; l'orage leur a donné

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