IV. —> Expression hébraïque remarquable
Il est dans le texte hébreu une expression dont l'énergique impudeur reporte la pensée à Juvénal. La traduction protestante d'Osterwald la remplace par « homme », ce qui affadit le discours. La traduction catholique lui substitue le mot « mâle » ; cela n'a pas sans doute la sauvage originalité de l'expression
"1. Voir Reuss, Hist. des Israélites, pages 269, note 6, et page 270, note 3*
hébraïque» mais c'est moins terne que l'équivalent protestant. On comprend aisément à quelle pensée ont obéi les traducteurs : il s'agissait de ménager la délicatesse de sentiments des lecteurs ; on ne saurait assurément les en blâmer. Qui oserait traduire littéralement le terrible chapitre XVI d'Ézéchiel, chapitre allégorique d'un si grand souffle et dont l'importance pour l'histoire religieuse d'Israël est capitale ?
Mais alors, si Dieu est l'auteur de la Bible, comme le décrète le Concile de Trente, il est donc nécessaire que les créatures humaines se mettent en garde contre le langage impudique du Dieu qui est la souveraine pudeur? Dans quel gâchis et dans quelles inextricables contradictions on s'embourbe lorsqu'on s'obstine à fermer les yeux à l'évidence, à savoir, que la Bible est une œuvre humaine et qu'elle porte l'empreinte des mœurs du temps où chacune de ses parties a été composée! Et c'est précisément cette empreinte qui donne au Livre sacré une incomparable valeur aux yeux du moraliste et de l'historien.
1» 1 Samuel, XXV, 22. Je ne laisserai vivre dUci à demain, s'écria David, aucun des siens qui pissent contre le mur. — 34. Si tu ne t'étais pas hâtée de venir à ma rencontre, dit David à Abigaïl, il ne serait resté à Nabal personne qui pissât contre le mur.
« Cette crudité de langage en face d'une femme, dit M. Reuss, et l'empressement d'Abigaïl d'épouser le chef des brigands le lendemain de la mort de son mari, peignent les mœurs du temps aussi bien que la
fureur de David voulant exterminer toute une famille à cause d'un mot grossier * . »
2° 1 Rois, XIV, 10. Le Seigneur, par la bouche du prophète Ahias, maudit la maison de Jéroboam : J'exterminerai de Jéroboam tout ce qui pisse contre le mur.
3» 1 Rois, XVI, 11. Zimri fit périr toute la famille de Baésa et n'en laissa pas un qui pissât contre le mur.
4<> 1 Rois, XXI, 21. Éliedit à Achab.: J'exterminerai d'Achab tout ce qm pisse contre le mur.
5<> 2 Rois, IX. Le jeune homme envoyé par Elisée pour sacrer Jéhu dit, en versant l'huile sur la tête : Voici ce que dit l'Éternel : « 8. Toute la maison d'Achab périra, et j'exterminerai d'Achab tout ce qui pisse contre le mur. »