I. — ' L'épisode ne pent pas être nue histoire
e*est nn mythe.
Il est incroyable que le Concile de Trente ait ordonné de tenir pour historique Tépisode d'Adam et Eve. Si Ton érige ce naïf apologue en un récit de faits ayant réellement eu lieu dans le temps et dans Fespace, il n'est pas un trait, pas un détail qui ne sue Tabsurdité. A elle seule, la conception de l'Être suprême, telle qu'elle s'épanouit dans l'épisode, montre jusqu'à l'évidence que le petit drame de l'Éden est, non pas une histoire, mais un mythe.
En effet, comment Dieu nous est-il représenté ? Est-il cet esprit pur, doué de toutes les perfections, que nous enseignent les théories philosophiques et religieuses ? Pas du tout. Le Fabricateur de l'univers est un homme comme le premier venu d'entre nous, avife une puissance un peu plus grande ; il exerce les mêmes métiers que nous; il est sujet aux mêmes infirmités.
1° Il est jardinier, puisqu'il plante des jardins. « Genèse, II, 8. Or le Seigneur avait planté un jardin dans le pays d'Éden, du côté de l'Orient. »
2® Il est modeleur, puisqu'il modèle avec l'argile le
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premier homme et les animaux. « Genèse, II, 7. Le Seigneur Dieu forma du limon de la terre Thomme. — 10. Il forma de la terre tous les animaux terrestres. » Le verbe yaçar, dit M. F. Lenormant, dont se sert le texte biblique pour désigner la formation de l'homme et des animaux, est proprement celui qui définit l'opération du potier modelant l'argile et la pressant entre ses doigts.
30 11 est chirurgien, puisqu'il enlève une côte au premier homme; il fait même, sans le savoir, une greffe animale, puisqu'il ferme la plaie avec un lambeau de chair. « Genèse, II, 21. Le Seigneur tira une des côtes d'Adam et mit de la chair à la place. »
4^11 est tailleur, puisqu'il fait des habits. « Genèse, III, 21. Le Seigneur Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, et il les en revêtit. >
5** Il est incommodé par la chaleur, puisque dans l'après-midi il recherche le frais de la brise du soir dans les allées ombreuses du jardin ; il se promène en parlant ou plutôt en chantant puisque, se promenant seul, il n'a personne avec qui il puisse dialoguer. « Genèse, III, 8. Adam et sa femme entendirent ensuite la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin, après midi, à l'heure du jour où se lève un vent doux. »
C'est l'anthropomorphisme à son plus haut degré. L'épisode d'Adam et Eve n'est donc pas une histoire ; c'est une allégorie dont s'est servi l'auteur pour traduire ses vues théoriques et ses observations personnelles.
Ainsi ramené au point de vue de la conception primordiale, le drame nous apparaît sous un tout autre aspect. Nous n'avons plus à nous occuper de la qualité du merveilleux qui enveloppe les idées du mythologue hébreu pourvu que l'idée se dégage avec netteté. Que nous importe, par exemple, que la femme soit formée d'une côte d'Adam ou de toute autre partie î II suffit que nous comprenions que, sous cette forme étrange de génération, l'auteur a voulu dire que la substance constitutionnelle de la femme est la même que celle de l'homme, et que par conséquent la femme est l'égale de l'homme. Que nous importe que l'auteur ait choisi le serpent ou tout autre animal rusé pour personnifier les désirs et les curiosités illicites, lesquels savent si bien murmurer de séduisants arguments pour induire la raison à céder à leur empire ! Adam n'est plus un individu, c'est la personnification de l'humanité; il le proclame lui-même lorsqu'il dit : « Genèse, II, 24. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à la femme. » Est-ce qu'Adam, s'il était un individu, pourrait savoir ce que c'est qu'un père et qu'une mère, puisqu'il est seul au monde ; il n'a eu ni" père ni mère, et comme il n'a pas encore eu d'enfant, l'idée de père et de mère lui est nécessairement étrangère. Quel beau mérite enfin de s'attacher à sa femme, lorsque Eve est le seul être humain qui vive avec lui 1 11 est donc clair que l'auteur a mis dans la bouche du représentant de l'Humanité collective la loi essentielle du mariage, tel que le mariage existait sous les yeux de l'auteur parmi ses