‹ Les mythes de la BibleChapitre 72 sur 118 · II. — Premier groupe de mythes sacerdotaux · texte numérisé non relu

II. — Premier groupe de mythes sacerdotaux

établissement de coutumes devenues obligatoires.

I. Établissement de la dlme. — Les redevances que le peuple juif payait aux prêtres consistaient dans les prémices de tous les fruits, dans les premiers nés du bétail et des hommes, les premiers en nature, les seconds par voie de rançon. Mais la principale branche des revenus, la source intarissable des richesses de la

i. Reuss, Hittoire sainte^ tome I^^, page 104.

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caste sacerdotale était la dîme des produits de la grande culture, vin, huiles, grains et fruits. De concert avec le docteur Ezra, le gouverneur Néhémie l'avait instituée, vers Tan 442.

La dîme existait en fait depuis des temps anciens, mais elle n'avait pas le caractère ni la réglementation qu'elle eut après le retour de la Captivité de Babylone. Le Deutéronome, promulgué sous Josias en 623, parle d'une dîme; mais si le mot est le même, il s'en fallait de beaucoup que l'institution fonctionnât de la même façon. En effet, d'après le Deutéronome, chapitre XII, 6-19, et chapitre XIV, 22-29, chaque Israélite doit bien mettre à part, chaque année, la dîme de son blé, de son vin, de son huile, et les premiers nés du bétail, mais c'est pour les manger dans le lieu sainte en compagnie des gens de sa maison, fils, filles, esclaves, servantes, ainsi que des lévites. En outre, chaque troisième année, la dîme doit être mise à part dans la maison. « Deutéronome y XIV, 29. Alors les lévites qui n'auront ni portion ni héritage, les étrangers, les orphelins et les veuves, qui seront dans les villes, viendront en manger; ils pourront s'en rassasier. »

De ces textes il résulte clairement que la dîme du Deutéronome sous ses deux formes, annuelle et triennale, est en partie une fête de famille, sanctifiée par la présence au lieu saint ; en partie une institution de pure charité, puisque le lévite est assimilé à la veuve, à l'orphelin, à l'étranger sans propriété territoriale, en un seul mot, au pauvre. La dîme du Deutéronome est donc différente de la dîme de Néhémie.

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L'institution de la dîme à Jérusalem par Néhémie subit, au début, les mômes vicissitudes que les autres prescriptions religieuses, car pendant une absence que fit Néhémie pour se rendre à la cour d*Artaxerxès, l'état théocratique naissant était tombé dans Tanarchie. Il fallut qu'à son retour, Néhémie déployât une grande énergie pour rétablir l'observance de ses lois. Gomme on le lit au chapitre XIII de ses Mémoires, versets 40-12, on ne payait plus les dîmes; Néhémie les fit rentrer.

Pour assurer le fonctionnement de cette institution capitale, il était utile que Torigine en remontât dans le lointain des âges et fût Tceuvre, soit de quelque patriarche vénéré, soit de Dieu lui-même par la bouche de ses plus illustres prophètes. Pour peu que les écrivains théocratiques aient travaillé isolément sur les légendes populaires et que les combinateurs des temps postérieurs aient religieusement accueilli les versions ou les interpolations diverses des écrivains théocratiques, puis les aient insérées indistinctement dans l'édition du Livre saint, on peut s'attendre à être mis en présence de récits variés et contradictoires touchant l'institution de la dîme. C'est précisément le spectacle que nous donne le Pentateuque, En effet :

l® D'après Genèse, XIV, 20, c'est Abraham qui aurait institué la dîme, à l'occasion d'une victoire remportée sur les Chaldéens ;

20 D'après Genèse, XXVIII, 22, c'est Jacob qui l'aurait établie, à la suite de la célèbre vision de l'échelle qui allait de la terre au ciel;

; 30 D'après Lévitique, XXVII, 30-34, c'est Jéhovah

qui aurait dicté l'ordonnance à Moïse, au mont Sinaï;

40 D'après Nombres, XVIII, 13,15, 16, 19, 21, 24, i 26, c'est Jéhovah qui l'aurait dictée à Aharon, après la répression de la révolte de Dathan et Abiron.

Sur ces quatre origines différentes, la seule qui nous intéresse ici est la première.

Les chapitres de la Genèse sont une longue suite de mythes, d'idylles et de légendes patriarcales ; un seul * semble faire exception : le chapitre XIV, en effet, a

les allures d'un fragment d'histoire. Il raconte l'invasion en Kanaan d'un roi chaldéen, Koudour-Lagomer*, et de trois autres rois, ses vassaux, lesquels ravagèrent tout le pays des Amalécites. Après avoir battu les rois coalisés de Kanaan, ils firent retraite, emmenant un riche butin et nombre de captifs ; parmi ces derniers se trouvait Loth, neveu d'Abraham. Instruit de ce fait, le patriarche arma les gens de sa maison, au nombre de 318, et se mit à la poursuite des Chaldéens. Il les atteignit à la ville de Dan, divisa sa petite troupe en plusieurs pelotons et, dans une attaque de nuit, mit les envahisseurs en fuite. Il reprit tout le butin et ramena Loth ainsi que tous les captifs. < Genèse, XIV, 18. Melkisédek, roi de Salem (ancien nom de Jérusalem) et prêtre du Dieu suprême, vint au-devant de lui, lui offrit du pain et du vin, et le bénit en disant : « — 19. Abraham, sois béni du Dieu

i. Koiidour-Lagomer (sous-entendu oussour), en chaldéen, signifie « le dieu Lagomer protège la couronne ». Le nom du dieu Lagomer se rencontre dans les inscriptions de Suze.

* très haut, créateur du ciel et de la terre I — 20. Et ' béni soit le Dieu suprême qui a livré les ennemis » entre tes mains. ■ Alors Abraham lui donna la dime de tout. »

Le fait de l'invasion du roi chaldéen Koudour- . Lagomer semble vrai' ; mais sur ce fond historique, l'imagination du rédacteur s'est donné libre carrière pour atteindre le but qu'il se proposait, à savoir, l'institution de la dîme.

A. Abraham aurait atteint les Chaldéens à la ville de Dan ; or la ville de Dan n'a été fondée par la tribu de Dan qu'au tempsdes Juges, c'est-à-dire sept siècles plus tard (Juges, XVIII, 19).

B. Les Chaldéens ravagent le pays des Amalécites; or les Araalécites, d'après la Genèse, sont les descendants d'Amalec, petit-fils d'Esaû, lequel Ésaû est lui-même petit-fils d'Abraham {Genèse, XXXVI, 12-16).

G. Abraham, avec trois cents hommes qu'il divise en bandes, détruit, dans une attaque de nuit, une grosse armée de Chaldéens; ce fait invraisemblable a le défaut d'être la copie de la victoire de Gédéon, lequel, à la tête de trois cents hommes divisés en blindes, défait, dans une attaque de nuit, une grosse année de Madianites {Juges, VU, 16-22).

U. L'antique Salem était la ville capitale d'une tribu

aniorrhéenne, les Jébousiles; or, d'après la Genèse,

lus Amorrhéens étaient des païens endurcis, adora-

i-eurs de Baal-Molok, il est impossible que leur roi

Voir Maspého, Bisloire anciennt, page 194.

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j Melkisédek, dont le nom signifie « Molok est juste », fût prêtre du vrai Dieu/ du Dieu d'Abraham.

Pris comme histoire, l'épisode d'Abraham vain-

i queur des Chaldéens n'est qu'un tissu d'absurdités;

' mais considéré comme mythe, il apparaît clair et significatif dans tous ses détails. En effet, la victoire miraculeuse remportée par Abraham et la délivrance du pays arraché aux mains étrangères sont des bienfaits du vrai Dieu; en juste reconnaissance, Abraham ins-

* titue la dîme au profit du représentant même du

Très-Haut, à savoir, le Grand-Prêtre, roi de Jérusalem. C'est ce que symbolise le personnage imaginaire de Melkisédek, roi pontife de l'antique Jérusalem, alors que Jérusalem païenne n'avait ni roi ni pontife qui fussent adorateurs du Très-Haut. Le rédacteur a donc, en des vues sacerdotales, transporté dans l'antiquité la plus reculée l'état de choses qu'il avait sous les yeux dans la Jérusalem théocratique du iv® siècle, sous l'hégémonie politique des Perses. Aussi les Pères de rÉglise ne s'y sont pas trompés : pour eux Melkisédek, roi pontife de Jérusalem, est un personnage mythique; et la scène entière, une pure allégorie. Le chapitre VH de l'Épître aux Hébreux est consacré à démontrer le caractère allégorique de l'épisode et à l'interpréter dans un sens conforme aux idées de la nouvelle religion. On sait que l'Épître aux Hébreux, faussement attribuée à saint Paul par le Concile de Trente, est, d'après le témoignage de Tertullien (de Pudicitidy 20) l'œuvre de Barnabas, ami et collaborateur de l'Apôtre des Gentils.

. L'établissement de la dîme dans la Genèse^ chapitre XrV, est donc un mythe sacerdotal.

II. Etablissement de la circoncision. — La coutume de la circoncision a sa source dans un vice congénital très fréquent chez les peuples de l'Asie occidentale. Cette conformation défectueuse, appelée aujourd'hui en mé' decine phimosis, est capable d'amener, par suite d'accumulation d'impuretés, certaines ulcérations dangereuses; en outre, elle est un obstacle à la consommation du mariage * . C'est pour obéir aux conséquences qu'entraîne ce vice congénital que s'est naturellement établie la pratique de la circoncision. L'expérience montra que la petite opération chirurgicale avait plus de gravité pour les adultes que pour les enfants; aussi plus tard la circoncision au huitième jour après la naissance devint-elle la règle.

L'usage de la circoncision remonte à la plus haute antiquité, ce qui est aisé à comprendre puisque le vice congénital qu'elle avait pour but de supprimer existait à l'origine même des peuplades. On en a deux preuves irrécusables.

En effet, les premières opérations se sont faites aux temps préhistoriques où l'on ne connaissait pas l'usage des métaux ; ce sont des couteaux en silex qui servirent d'instruments de chirurgie. Lorsque la coutume eut plus tard revêtu un caractère sacré, le couteau en silex fut, malgré l'invention et la diffusion des instruments métalliques, conservé pieusement, comme le sont les rites religieux {Josué, V, 2.)

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