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Ren an, Hitt, du peuple d'Israël, tome III, page

dans sa maison, tous ceux qu'il avait achetés à prix d'argent; il les circoncit tous le môme jour, selon que Dieu le lui avait commandé. — 24. Abraham avait 99 ans lorsqu'il se circoncit lui-même. »

Rien de plus net; la circoncision n'existait pas avant Abraham; c'est Abraham qui, sur le déclin de sa vie, l'institue d'après l'ordre divin et lui donne un caractère sacré et obligatoire pour tous. La circoncision distinguera désormais les Abrahamides des autres peuples, lesquels par cela même sont reconnus comme étant incirconcis. Tel est le récit de l'Élohiste.

Le Jéhoviste est en désaccord avec l'Elohiste : ce n'est pas à Abraham qu'il attribue l'établissement de la circoncision au moins chezles Hébreux, c'est àMoïse; c'està-dire que d'après le Jéhoviste la circoncision serait une institution très postérieure, environ cinq siècles après Abraham. L'épisode du Jéhoviste est introduit d'une manière abrupte dans le récit; il est loin d'avoir la netteté de la légende élohiste; mais cette obscurité peut s'expliquer d'une façon plausible, comme on le verra ci après.

Moïse était dans le pays des Madianites lorsque l'Éternel lui ordonna de retourner en Egypte pour en faire sortir le peuple d'Israël. La mission est d'autant plus solennelle que Dieu, afin de convaincre Moïse, fait pour lui et sur lui plusieurs miracles ; puis il lui confère la puissance d'en opérer de semblables en présence de Pharaon. Choisi entre tous comme ministre des volontés de Dieu, Moïse se met en route pour l'Egypte, avec sa femme Zipporah et ses deux fils ; il avait en

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main comme bâton de voyage le bâton même que l'Éternel avait sanctifié par un miracle. C'est à cet endroit que se place le singulier épisode suivant : a Exode, IV, 24. Moïse étant en chemin, TÉternel se présenta à lui dans un lieu où il passait la nuit; l'Éternel voulut le faire mourir. — 25. Zipporah prit aussitôt une pierre très tranchante et circoncit la chair de son fils; puis jetant celle-ci aux pieds de Moïse, elle lui dit : Tu es pour moi un époux de sang. — 26. L'Éternel cessa alors de menacer Moïse. Et Zipporah dit à Moïse à cause de la circoncision : Tu es pour moi un époux de sang. »

Tout est étrange dans cet épisode. Gomment'Dieu peut-il vouloir faire mourir l'homme qu'il vient de choisir lui-même pour être le libérateur de son peuple? Pourquoi Zipporah a-t-elle circoncis un seul fils puisqu'elle voyageait avec ses deux fils? Gomme Moïse avait près de 80 ans, ce fils devait avoir près de 40 ans ; et pourtant il est traité ici d'enfant, car il est monté sur un âne avec sa mère. « Exode, IV, 20. Moïse prit donc sa femme et ses fils, les mit sur des ânes, et retourna en Egypte portant à la main le bâton de Dieu. »

C'est qu'on a affaire ici à une nouvelle version de l'établissement de la circoncision ; cette version est devenue obscure parce que celle de l'Élohiste avait prévalu au temps où le combinateur découpait les textes en tranches et les enchevêtrait avec la stupéfiante et naïve inhabileté qu'on sait. Mais le respect et la vénération ne lui permettant pas de supprimer

entièrement laversion du Jéhoviste relative à rétablissement de la circoncision, il l'a mutilée; puis, ce qu'il en restait, il l'a intercalé ài'endroitoù nous le trouvons aujourd'hui. C'est cette mutilation vraisemblable qui -donne actuellement à l'épisode son obscurité.

Dans le caractère de la circoncision, telle que la donne le Jéhoviste, il y a quelque chose en plus que dans la circoncision élohiste : Moïse va être frappé de mort par l'Éternel ; il est épargné, grâce à la circoncision que subit son fils; le sang de l'enfant a racheté la vie du père ; immolation symbolique qui obtient la faveur divine ' .

En résumé, l'Élohistc et le Jéhoviste attribuent l'institution de la circoncision, l'un à Abraham, l'autre à Moïse; ces deux origines sont erronées. Nous avons, en effet, la preuve matérielle que la circoncision était pratiquée plus de deux mille ans avant Abraham, plus de 25 siècles avant Moîse.

L'Élohiste et le Jéhoviste font de la circoncision une coutume propre à la race hébraïque. Or nous avons la preuve matérielle que la circoncision était pratiquée chez tous les peuples orientaux.

L'Élohiste et le Jéhoviste donnentun caractère sacré il par conséquent obligatoire à la circoncision. Or nous -■ I vons que sous le règne même d'Ézéchias, la circonrision n'avait pas encore revêtu le caractère religieux :■■[ national qu'elle prit plus tard à un degré si extraordinaire.

Il s*ensuit que le récit de l'Élohiste (et il en est de même de celui du Jéhoviste) est dénué de toute réalité historique. L'établissement de la circoncision par Abraham est un mythe créé pour convertir la pratique profane et libre de la circoncision en une institution religieuse et obligatoire; [c'est un mythe sacerdotal.

III. Établissement du rachat des premiers nés. — Genèse, XXII. Dieu ordonne à Abraham d'aller sur le mont Moriyah, où postérieurement fut bâti le temple de Jérusalem, et d'y offrir en holocauste son fils Isaac. Sans murmurer et comme si Dieu lui commandait une chose communément usitée, Abraham emmène Isaac au sommet de la montagne. Au moment où, le bûcher étant prêt, il lève le couteau sur Isaac, le Seigneur luidonne Tordre d'épargner son fils. En échange, Abraham immole un bélier qui se trouvait dans le buisson voisin et le consume sur le bûcher.

Dès les temps les plus reculés, la coutume de brûler les enfants premiers nés en l'honneur de Baal-Molok « le Seigneur-roi » régnait chez les Sémites Kananéens. Les Sémites Israélites l'ontégalement pratiquée, soit qu'ils l'eussent empruntée à leurs congénères Kananéens en s'établissant au milieux d'eux, soit qu'antérieurement elle fît partie de leur culte.

Ce ne fut pas seulement dans les premiers siècles qui suivirent la conquête, ce fut jusqu'aux derniers jours de la monarchie, jusqu'à la ruine de Jérusalem, que le peuple d'Israël offrit en holocauste ses premiers nés. Les témoignages historiques confirment le fait

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d*une manière irréfragable. On sait par le livre des Rois (2 RoiSy XVI, 3 ; XXI, 6) que deux rois de Juda, à savoir, Akhaz, père d'Ezéchias, et Manassé, fils du même Ezéchias, firent, selon l'expression consacrée, « passer par le feu » leur fils premier né. Or quand un roi donne un tel exemple, on peut aisément imaginer avec quelle rigueur le rite doit être observé par le peuple. On connaît même le nom de Tendroit de la vallée de Hinnom oh s'accomplissaient les holocaustes d'enfants; ce lieu s'appelait Tophet « le crachat » (2 Rois, XXIII, 10).

Non seulement on célébrait ces sacrifices dans le royaume de Juda, mais également dans celui d'Ephraïm (2 Rois, XVII, 17).

Le témoignage de Jérémie, qui s'enfuit en Egypte après la destruction de Jérusalem, et le témoignage d'Ezéchiel qui, déporté avec le roi Joakhin II, mourut en Babylonie, sont formels : jusqu'au dernier moment les Hébreux firent passer par le feu leurs fils et leurs filles (Jérémie, VII, 31 ; XIX, 5; XXXII, 35, etc. Ézechiel, XVI, 28; XX, 31).

Ce ne fut pas seulement à Baal-Molok que les Hébreux offrirent leurs enfants en holocauste, ce fut aussi à Jéhovah. Ézéchiel va même jusqu'à dire que c'est Jéhovah lui-même qui leur inspira cette coutume afin de les châtier « Ézéchiel, XX, 25. C'est pourquoi je leur ai donné des statuts immoraux et des lois mauvaises pour attirer sur eux une foule de maux et la mort. — 26. Et je les ai laissés se souiller dans leurs ofi'randes en ce qu'ils ont fait passer par le feu leur

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primogéniture, afin que je les misse dans la désolation et qu'on connût que je suis TEterneL »

L'honneur des prophètes est d'avoir lutté pendant des siècles contre cette pratique du plus exécrable fanatisme. Le roi Josias, appuyé par le prêtre Helkiah et Jérémie, mit au service de cette réforme toute son énergie et sa main de fer; mais ce fut en vain, le mal était enraciné dans les mœurs; Josias mort, les Hébreux revinrent aux holocaustes d'enfants. Ce ne fut qu'après le retour de la Captivité de Babylone que le Gouvernement théocratique put pétrir à son gré l'âme des générations nouvelles et créer ainsi, au point de vue religieux, un Israël nouveau.

Mais il faut bien se garder de l'oublier : en combattant l'holocauste des enfants premiers nés, les prophètes ne disaient point que Dieu n'avait aucun droit sur ces premiers nés. Bien loin de là! ils soutenaient, de concert avec le peuple entier, que tous les premiers nés, ceux des hommes comme ceux des animaux, appartenaient à Jéhovah ; mais ils affirmaient en même temps que Jéhovah avait en horreur le sang humain versé et qu'il voulait que les enfans premiers nés fussent rachetés. Ces deux points, à savoir :

1° Tous les enfants premiers nés sont à Dieu;

2o Ils doivent être rachetés, et non immolés;

Ces deux points-là sont le résumé concis de la doctrine des prophètes. Le rachat est la clause qui résout le problème du sentiment religieux en conflit avec le sentiment humain ; il concilie heureusement la piété envers Dieu avec la piété envers les enfants. Aussi

dans les livres de la Loi, non seulement le rachat y est inscrit, mais la somme elle-même est fixée; elle était de 5 sicles d'argent pour un enfant mâle, et de 3 sicles pour une fille * . (Nombres, III, 48-51 ; XVIII, 15-16. — Lévitique, XXVII, 6. — Exode, XIII, 13-15.) Le mythe d'Abraham et d'Isaac est l'expression de la doctrine des prophètes. En choisissant pour emplacement du bûcher le mont où Salomon édifia le temple de Jérusalem (2 Chroniques, III, 1 ), le rédacteur a marqué d'un trait net le but où il tend. S'il ne s'était agi que d'éprouver la foi d'Abraham, le premier coteau voisin eût pu servir de théâtre à l'accomplissement de l'holocauste. Ce p'ést point pour prêter à TÉternel une capricieuse fantaisie que l'auteur du mythe lui a fait désigner un endroit aussi éloigné que l'était le mont Moriyah *. C'était un calcul très juste, fondé sur les sentiments de vénération qu'avaient les contemporains pour le saint lieu où s'élevait le temple de Jéhovah. Cette circonstance particulière trahit la pensée intime qui a inspiré la rédaction de l'épisode. Aujourd'hui les holocaustes d'enfants sont tellement étrangers au cerveau moderne que ce qui nous frappe exclusivement dans le mythe est l'obéissance d'Abraham, sans hésitation ni regrets, à l'ordre cruel de Jéhovah. Pour nous, le drame est fini au moment où le père a levé

\. Le sicle d'argent est évalué de 2 fr. 50 à 3 francs. — Dans toute la Bible, la femme est estimée à une valeur moindre que celle de Thomme.

2. Il fallut, en effet, trois jours de marche et une petite caravane portant le bois du bûcher pour arriver au pied du Moriyah [Genèse, XXII, 3-5).

le couteau sur la gorge de son fils, car la démonstration du fanatisme absolu d'Abraham est faite. La substitution du bélier n'est plus à nos yeux qu'un acte surérogatoire, ajouté là pour encadrer un dénouement parachevé. Ilétait loin d'en être ainsi au temps de la monarchie hébraïque : les holocaustes d'enfants se célébraient fréquemment; ils ne choquaient pas plus les consciences populaires que le font, en notre temps, les rites habituels et séculaires, les baptêmes par exemple. Ce qui dans le mythe apparaissait aux croyants hébreux comme une innovation hardie, comme l'enseignement spécial qui se dégageait de l'épisode, à savoir, la substitution d'un animal à un premier né humain, est précisément ce qui aujourd'hui ne compte plus pour nous et passe même inaperçu *.

III. — Second groupe de mythes sacerdotaux : La faveur divine est acquise au vrai croyant dans ses rapports avec Tétranger.

I. Séjour d'Abraham et de Sarah en Egypte. — La politique habituelle de tous les clergés dans toutes les religions est de faire naître la foi ou de l'affermir en imaginant de petites histoires édifiantes oh l'on voit le fidèle croyant toujours récompensé de sa piété

1. Une brave paysanne, à qui le curé du village vantait la piété d'Abraham levant sans la moindre hésitation le couteau sur son fils, lui répondit avec une sublime naïveté : < Ah I monsieur le curé, le bon Dieu n'eût jamais osé demander un pareil sacrifice à une mère. » A une mère européenne du xix^ siècle, assurément; mais non aux mères du temps de la

envers Dieu, tandis que le mécréant est toujours puni. Telle est Tidée inspiratrice des légendes suivantes, lesquelles venues de sources différentes sont identiques au fond, sous une forme variée.

Genèse, XII, 10-20 : Histoire sainte du Jéhoviste. — D'après l'ordre du Seigneur, Abraham quitte Haran en Chaldée et se rend dans le pays de Kanaan avec toute sa smalah. Il avait 75 ans; par conséquent Sarah son épouse en avait 65. Comme la famine régnait en Kanaan, Abraham fut obligé de descendre en Egypte. Au moment d'entrer dans cette contrée, Abraham enjoignit à sa femme de se faire passer pour sa sœur : « Genèse, XII, 13, afin, dit-il, que je sois traité favorablement à cause de vous et que Ton me conserve la vie, en votre considération. » La femme mariée, en effet, était sacrée ; l'adultère, un crime capital. La fille non mariée, au contraire, était exposée aux caprices du premier venu ; cela ne tirait pas à conséquence *■.

Sarah éblouit tellement les Égyptiens de l'éclat de sa beauté qu'ils la jugèrent digne de Pharaon ; elle fut enlevée, puis installée dans le harem royal. Une vieille femme de 65 ans î... Comme on le voit, on est en pleine fiction;

monarchie d'Israël ; car faire passer les enfants par le feu ne révoltait pas plus leur conscience que faire vacciner les enfants ne blesse la conscience des mères d'aujourd'hui. Parles paroles de notre paysanne, on peut mesurer quelle considérable et salutaire évolution s'est faite dans le cerveau de Tbumanité.

i. Reuss, Hist. sainte, tome I^i*, page 382, note i.

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« Genèse, XII, 16. Pharaon fit du bien à Abraham à cause d'elle ; Abraham reçut des brebis, des bœufs et des ânes, des serviteurs et des servantes, des ânesses et des chameaux. » Nous voilà loin de l'Abraham si honnête, au sens moral si délicat, qui par les plus touchantes instances essayera d'arracher au Seigneur la grâce de Sodome {Genèse, XVIII, 23-32). L'Abraham qui en Egypte tremble si lâchement pour sa précieuse vie et qui n'hésite pas à se faire des rentes avec les charmes de sa femme, appartient à la catégorie des êtres les plus ignobles qu'il y ait au monde. Nouvelle preuve qu'on est en pleine fiction !

Cependant Pharaon, frappé de grandes plaies par le Seigneur, apprend que Sarah est l'épouse et non la sœur d'Abraham * . Il accable Abraham de reprdfehes pour l'avoir trompé et lui avoir fait commettre, à son insu et malgré lui, une grave infraction aux lois morales. Il lui donne Tordre de reprendre sa femme et de quitter l'Egypte avec tout ce qu'il possédait.

n est évident que dans ce récit le beau rôle est tenu par le roi païen, et le rôle déshonorant par l'adorateur du vrai Dieu. Heureusement le récit est absolument dénué de toute valeur historique ; c'est un mythe destiné à démontrer que la protection divine ne fait jamais défaut au vrai croyant, même dans les

1. Au chapitre XI, 29, 31, Sarah est la bru de Térah, père d'Abraham : elle n'est pas sa fille ; Sarah est donc simplement la femme d'Abraham. Il en est ainsi dans le chapitre XII. Mais au chapitre XX, 12, Sarah est dite fille de Térah, par conséquent sœur d'Abraham, mais d'une autre mère. Contradiction qui n'a d'importance que pour ceux qui croient que la Bible est un livre écrit sous la dictée de Dieu.

pays étrangers, au milieu des circonstances les plus difficiles. Car pour avoir touché à Tépouse d'un adorateur de Jéhovah, Pharaon, quoique innocent d'intention, est frappé de grandes plaies; le croyant fidèle recouvre l'épouse qu'on lui avait enlevée, tout en conservant les riches présents que le rapt de sa femme lui avait valus.

II. Abraham et Sarah chez les Philistins. — Le mythe du chapitre XII est reproduit sous une autre forme au chapitre XX; il vient d'une source différente. Le mythe du chapitre XII est l'œuvre du Jéhoviste ; celui du chapitre XX est le texte même de la légende du Recueil patriarcal. C'est le combinateur qui l'a inséré sans s'inquiéter si la légende faisait double emploi avec le mythe qu'avait rédigé d'après elle le Jéhoviste.

La scène, au lieu d'être en Egypte, se déroule chez les Philistins, dans la ville capitale Gérare, sous le règne d'Abimélek. Si l'on prenait le récit comme historique, il faudrait admettre qu'Abraham aurait eu 100 ans, et Sarah 90; car celle-ci accouche d'Isaac au chapitre suivant. Ainsi qu'on Ta vu dans le mythe égyptien, Abraham craignant pour sa vie à cause de la beauté de sa femme, se fait passer pour le frère de Sarah. Le roi Abimélek, séduit par les charmes de cette vieille femme de 90 ans, qu'il croit être la sœur d'Abraham, la fait entrer dans son harem. Mais il ne put lui témoigner sa tendresse, car Jéhovah le frappa d'impuissance; en même temps, il lui donnait Tordre de rendre Sarah à son mari. Abimélek n'eut

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pas de peine à se justifier auprès de TÉternel, « Genèse, XX, 5. Abraham ne m'a-t-il pas dit luimême que Sarah était sa sœur ; et Sarah elle-même aussi ne m'a-t-elle pas dit qu'il était son frère ? J*ai fait cela dans la simplicité de mon cœur et sans souiller la pureté de mes mains. » Abimélek fait venir Abraham, lui reproche son mensonge et lui rend Sarah, sa femme, en ajoutant en cadeau des brebis, des bœufs, des serviteurs, des servantes et mille pièces d'argent (Getièse, XX, 14-16). Après cette restitution et ce payement de dommages-intérêts, le Seigneur, sur la prière d'Abraham, guérit Abimélek de son infirmité passagère.

Comparée à la légende précédente, il y a dans celle-ci une invraisemblance en plus : comme les Philistins, d'origine grecque, ne se sont établis en Palestine qu'au temps où Moïse et les Israélites séjournaient au désert, c'est-à-dire cinq siècles plus tard, il s'ensuit qu'Abraham n'a pu s'établir dans une ville des Philistins ni avoir maille à partir avec un roi philistin. Mais du moment que le récit est un mythe, cela est sans importance.

Pour achever de démontrer que le récit biblique n'est qu'un mythe, une troisième légende, œuvre du Jéhovisie {Genèse t XXVI, 1-13), attribue au fils et à la bru d'Abraham l'aventure de la deuxième légende. Le récit du séjour d'Isaac et de Rébecca à Gérare, sous le règne d' Abimélek, est une répétition avec variantes des rapports d'Abraham et de Sarah dans cette même ville de Gérare avec le même roi Abi-

mélek. Au point de vue chronologique, l'invraisemblance s'y trouve poussée jusqu'à Tabsurde, mais le sens du mythe reste identique.

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