IV. — Mylhe relatif à un fait liistorique do temps de
David ou de Salomon.
Alliance d'Abraham avec Abiméleck,roi des Philistins. — Le récit de la Genèse^ XXI, 22-34, est une légende qui faisait partie du Recueil patriarcal. C'est le combinateur qui, ayant à sa disposition ce Recueil, a inséré la légende en cet endroit. Elle fait double emploi avec le récit de l'historien jéhoviste qu'on trouvera plus loin.
Genèse, XXI, 22-34. Abimélek, roi des Philistins, accompagné de Phicol, général de son armée, va trouver Abraham et lui propose de contracter une alliance avec lui. Abraham, après avoir obtenu gain de cause au sujet d'un puits qu'il avait fait creuser et dont il réclamait la possession, fait alliance avec le roi des Philistins; tous deux échangent leur serment près du puits; le lieu depuis ce temps fut appelé Beër-séba « le puits du serment » .
Les Philistins, Grecs originaires de l'île de Crète, ne se sont établis en Palestine que sous le règne de Ramsès III, à l'époque où Moïse conduisit les Hébreux
dans le désert, c'est-à-dire cinq siècles après Abraham. Le récit de la Genèse est donc un récit mythique. « Les Philistins, dit M. Reuss, permettent aux Israélites de s'établir sur leur territoire et leur donnent
même des indemnités pour les torts qu'ils ont eus envers eux. Sur cela, s'établit une alliance entre les deux peuples. La conception du mythe appartient à une époque où les hostilités entre les deux races avaient cessé * . » C'est probablement au temps de David ou de Salomon qu'eut lieu cet événement. Le mythe a pour but de sanctionner cette tardive et désirable réconciliation entre deux nations si longtemps ennemies, en exposant que déjà dans les temps les plus reculés l'accord s'était fait entre le roi des Philistins et le père des Israélites.
Le même événement historique a, sous la plume du Jéhoviste, fourni matière à une variante dans la rédaction du mythe. Ainsi que le faisait la légende du Recueil patriarcal, le Jéhoviste admet que les deux nations n'ont pas toujours été en état de guerre implacable ; que dans les temps anciens la paix scellée par un serment mutuel s'était faite entre elles; seulement ce n'est plus à Abraham, mais à Isaac que le Jéhoviste attribue cet heureux événement (Genèse, XXVI, 26-33).
L'alliance d'Abraham avec les Philistins ou l'alliance d'Isaac avec ces mêmes Philistins est donc un mythe; et ce mythe a été rédigé en vue d'un fait particulier de l'histoire étrangère des Hébreux, au temps de David ou de Salomon.
i. Reuss, HisL sainte, tome 1er, page 264.