Première partie : Joseph est emmené en Egypte, Genèse, XXXVII
Deuxième partie : Joseph en Egypte jusqu'à sa promotion au rang de grand vizir. Genèse, XXXIX; XL;
Troisième partie : Joseph et ses frères; établissement des Israélites en Egypte, Genèse, XLII-XLVII.
Quatrième partie : Accentuation du mythe par la Bénédiction d'Éphraïm, Genèse, XLVIII.
I'® Partie. — Joseph a deux songes qui annoncent sa future prééminence sur ses frères; ceux-ci, déjà sourdement hostiles, se livrent à des actes de violence envers lui ; Joseph passe en Egypte.
En langage historique, cette partie du mythe se traduit aiiifei : La tribu sémitique qui plus tard devait avoir Thégémonie en Israël fut, par suite de l'inimitié des autres tribus à son égard, contrainte d'émigrer en Egypte, dans des conditions très mauvaises.
II® Partie. — L'anecdote de Joseph et de réponse de Putiphar n'a aucune signification historique; elle est une imitation d'un conte très populaire en Egypte sous le titre de Conte des detix Frères '. Le rapprochement entre l'original égyptien et l'imitation hébraïque ne manque pas d'intérêt.
A. t Genèse, XXXIX, 4. ]Putiphar établissant Joseph sur toute sa maison lui mit entre les mains tout ce qui lui appartenait. — 5. Or depuis qu'il l'eut établi sur sa maison et sur tout ce qu'il possédait, le Seigneur bénit la maison de l'Égyptien à cause de Joseph, et sa bénédiction se répandit sur tout ce qu'il avait, tant à la ville qu'à la campagne. — 5. Ce Putiphar remit donc tout son bien entre les mains de Joseph, et se reposant sur lui, il n'avait d'autre soin
1. Ce conte a été traduit par M. Maspéro : Maspéro, Les Contes populaires de l* Egypte aneienne,2^ édition, 1889, chez Maisonneuve.
que de prendre sa nourriture. Or Joseph était de belle taille et beau de visage. — 7. Quelque temps après, la femme de son maître jeta les yeux sur lui et lui dit : Couche avec moi. — 8. Mais Joseph le refusa, et il dit à la femme de son maître : Vous voyez que mon maître se déchargeant sur moi ne sait pas même ce qu'il a dans sa maison ; et qu'il m'a mis en main tout ce qui lui appartenait. — 9. Il m'a fait part de tout son pouvoir dans cette maison et ne s'est réservé que vous seule, parce que vous êtes sa femme. Gomment donc pourrais-je commettre un si grand crime et pécher contre Dieu? » On sait qu'à une seconde tentative delà femme de Putiphar, Joseph s'échappa laissant son manteau entre ses mains ; on sait également comment la femme de Putiphar se servit de ce vêtement pour accuser calomnieusement Joseph; enfin, comment Putiphar irrité fit enfermer Joseph en prison.
B. Le Conte des deux Frères ne parle que d'une tentative de la part de la femme. « Il y avait une fois deux frères d'une seule mère et d'un seul père. Anoupou était le nom du grand; Bitiou était le nom du petit * . Or Anoupou avait une maison, avait une femme, et son petit frère était avec lui en guise de serviteur ; c'était lui qui faisait les vêtements et allait derrière les bestiaux aux champs ; car ce petit frère était un ouvrier excellent ; il n'y avait point son pareil dans rÉgypte entière. » Un jour que les deux frères labou-
1. Anoupou est la forme égyptienne du dieu dont les Grecs et les Latins ont fait Anubis. Bitiou est le nom d'un roi mythique que les Grecs appellent Bitis.
raient aux champs, le grand frère dépêcha son petit frère à la maison pour quérir les semences. En voyant le jeune homme charger avec aisance de lourds fardeaux sur ses épaules, la femme d'Anoupou lui dit :
C'est vraiment une grande vaillance qui est en toi, car je vois tes forces chaque jour! » Et son cœur le connut en connaissance de désir amoureux. Elle se leva, elle le saisit, elle lui dit : « Viens, reposons ensemble, une heure durant! Si tu m'accordes cela, certes je te ferai de beaux vêtements! » Lejeunehomme devint comme une panthère du midi en fureur grande, à cause des vilaines paroles qu'elle lui disait, et elle eut peur beaucoup, beaucoup. Il lui parla, disant : « Mais certes, tu es pour moi comme une mère ! mais ton mari est pour moi comme un père ! mais lui, qui est mon frère aîné, c'est lui qui me fait subsister ! Ah î cette grande horreur que tu m'as dite, ne me la dis pas de nouveau, et moi je ne la dirai à personne, et je ne la divulguerai à aucun homme. » Il chargea sa charge et s'en alla aux champs. Lorsque le grand frère rentra le premier à la maison, sa femme, feignant un grand désespoir et une grande douleur, accusa le petit frère d'avoir voulu, lui faire violence. « Le grand frère devint comme une panthère du midi ; Il donna du fil à son couteau, il le mit dans sa main. » Là s'arrête l'imitation du conte égyptien.
On sait comment Joseph, d'abord prisonnier, puis geôlier, interpréta les songes qu'avaient eus l'échanson et le panetier de Pharaon; comment, deux ans plus tard, il interpréta les songes de Pharaon;
enfin, comment Pharaon Téleva au rang de grand vizir.
III® Partie. — Cette partie, qui aboutit à l'établissement des Israélites en Egypte, contient l'épisode le plus exquis du mythe. Voltaire, en qui la fièvre du polémiste n'a jamais oblitéré le sens de l'artiste et du poète, lui a rendu un hommage aussi mérité que peu suspect : « Philosophie : Genèse annotée. — Ce morceau d'histoire a toujours passé pour un des plus beaux de l'antiquité. Nous n'avons rien dans Homère de si touchant. Rien n'est plus naïf que la reconnaissance de Joseph et de ses frères. C'est la première de toutes les reconnaissances, dans quelque langue que ce puisse être. »
Et ce n'est pas un accès passager d'admiration, car dans son Dictionnaire philosophique ^ à l'article Joseph, Voltaire écrit les lignes suivantes : « L'histoire de Joseph, à ne la considérer que comme un objet de curiosité et de littérature, est un des plus précieux monuments de l'antiquité qui soient parvenus jusqu'à nous. Elle est plus attendrissante que VOdyssée d'Homère, car un héros qui pardonne est plus touchant' que celui qui se venge. Je ne vois aucune aventure comparable à celle de Joseph. Presque tout en est merveilleux, et la fin peut faire répandre des larmes d'attendrissement... On trouve dans cette histoire tout ce qui constitue un poème épique intéressant : exposition, nœud, reconnaissance, péripétie et merveilleux; rien n'est plus marqué au coin du génie oriental. »
IV® Partie. -r- Dans cette partie, le mythe se dégage plus nettement des voiles qui l'enveloppaient.
A. Genèse, XLVIII, 5. Jacob adopte les deux fils de Joseph et d'Asnath l'Égyptienne. « Éphraïm etMenasseh seront à moi comme Ruben et Siméon. »> Gela revient à dire, ajoute M. Reuss, que ces deux subdivisions de la famille Israélite sont tellement agrandies qu'elles comptent au rang d«s tribus ou branches principales. Cette combinaison, jointe à la fixité du nombre douze, amenait l'élimination de l'une des onze autres.
« Genèse, XLVIII, 6. Mais les fils que tu as engendrés après eux t'appartiendront, dit Jacob à Joseph ; ils seront compris sous le nom de leurs frères à l'égard de leur héritage. » Cela suppose, dit M. Reuss, que Joseph a d'autres fils encore, que Jacob n'adopte pas et qui seront compris sous le nom de leurs frères. Ceci prouve encore qu'il s'agit de peuples et non d'individus, car rien n'aurait empêché Joseph de doYiner à tous ses fils un héritage à part. En d'autres termes, tout ce qui descendrait du patriarche Joseph est compris sous les deux noms génériques d'Ephraïm et de Menasseh. Du reste, pourquoi Joseph n'amène-t-il que deux fils? La seule réponse possible est qu'il s'agit de tribus et non d'individus * »
B, Répétition de la bénédiction prononcée par Isaac. De même qu'Isaac avait les yeux affaiblis au moment où il bénit son fils, de même Jacob a les yeux affaiblis