‹ Les mythes de la BibleChapitre 96 sur 118 · Voir précédemment, page 2il · texte numérisé non relu

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3. Renan, Hist, du peuple d'Israël, tome Jer, pages 205, 214.

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2<> AtnoSy de Juda, vivait dans la première moitié du vm® siècle. Il parle de la sortie d'Egypte (II, 10, 11; III) 1); il dit que pendant 40 ans les Israélites dans le Désert n'ont offert à TÉternel ni sacrifice ni oblation; qu'ils portaient le tabernacle de Molok et les dieux qu*ils s'étaient faits de leurs mains ; ce qui, par parenthèse, prouve que les Israélites étaientpaïens durant le. séjour au Désert (V, 23-26). De Moïse, le fameux libérateur et législateur, pas un seul mot I — Du reste, du moment qu'Amos affirme que les Israélites opt méconnu l'Éternel durant les 40 ans de séjour au Désert et que durant 40 ans ils ont adoré Molok et les idoles, il était impossible qu'Amos parlât de Moïse, lequel, d'après la légende^ aurait reçu de Dieu la Loi et aurait imposé le culte de l'Éternel aux Hébreux. Il est évident qu'Amos ignore l'existence de Moïse.

3» OséOi d'Éphraïm, vivait dans la première moitié du vm« siècle. Il se contente de dire que Jéhovah a ramené le peuple d'Egypte sous la conduite d'un prophète qu'il ne nomme pas : « XII, 13. L'Éternel a tiré Israël de la servitude d'Egypte par un prophète; par un prophète, il l'a fait garder. »

4° Michée, de Juda, vivait dans la seconde moitié du vra® siècle. Il mentionne le même fait, en ajoutant que les conducteurs envoyés par Dieu furent Moïse, Aharon et Marie, placés sur la même ligne, c VI, 4. Mon peuple, est-ce à cause que je vous ai tiré d'Egypte ; que je vous ai racheté delà maison d'esclavage, et que j'ai envoyé pour vous conduire Moïse, Aharon et Marie? »

50 Jérémie^ de Juda, vivait à la fin du vii« siècle et au commencement du vi^. C'est jusqu'à ce prophète qu'il faut descendre pour trouver une citation où Moïse et Samuel sont nommés ensemble comme des hommes avec lesquels rEternel a entretenu des rapports particuliers. « XV, 1. L'Éternel me dit encore : Quand Moïse et Samuel se présenteraient devant moi, mon âme ne se tournerait pas pour cela vers ce peuple. »

On trouve bien dans haie, LXIII, 11, 12, 13, 14, comme un petit résumé, en quatre versets, de l'histoire mosaïque au Désert; mais le chapitre n'appartient pas à risaïe du règne d'Ézéchias qui vivait par conséquent au vni« siècle; il appartient au grand poète inconnu qui vivait au vi® siècle, et auquel on a donné le nom de Second haie (Chapitres de XL à LXVI).

« Second haie, LXIII, 11. Alors son peuple se souvient des anciens jours de Moïse. Où est-il celui qu leur fit passer la mer, avec le berger de son troupeau? Où est-il celui qui mit au milieu d'eux un saint esprit? — 12. Lui qui fit marcher son bras glorieuxà la droite de Moïse? Qui fit jaillir l'eau devant eux pour se faire un nom éternel ? — 13. Qui les fit passer par les flots, comme un coursier par la plaine, sans qu'ils bronchassent? — 14. L'esprit de l'Éternel les conduisit au repos ; oui, ainsi tu as guidé ton peuple pour te faire un nom glorieux. »

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Conelasion.

Lorsqu'un personnage ayant réellement existé a joué un rôle si considérable que toute une époque se résume en son nom (siècle d'Alexandre, siècle de Louis XrV, siècle de Napoléon), c'est un fait nécessaire que les documents soient d'autant plus remplis du nom du grand homme qu'ils sont plus rapprochés de la période où il a vécu. Or c'est précisément le contraire qui se passe pour Moïse : plus les documents sont anciens, moins on parle de lui. Le Chant de Beër et l'épisode de Balaam qui sont, avec le Cantique de Déborah, regardés comme les plus antiques

monuments de la littérature hébraïque, sont muets à l'égard de Moïse; et cependant ils ont pour objet des faits qui appartiennent à la phase même où Moïse est

dit avoir tenu la nation dan^ sa main toute-puissante. Lorsque le nom de Moïse apparaît pour la première

fois, c'est dans un recueil de légendes populaires

recueillies sept siècles après l'entrée d'Israël en

Eanaan.

Nous savons, d'autre part, à quelle époque s'est

faite la glorification de Moïse en tant que libérateur

et législateur. Commencée dans les documents de

l'Élohiste et du Jéhoviste, elle a reçu la consécration

sous le règne de Josias.

Nous savons dans quel but le principal auteur du

Deutéronome, Jérémie, a publié, son œuvre propre sous

le couvert du nom légendaire de Moïse.

Nous savons enûn comment, poursuivant le même

but que Jérëmie et s'inspirant de la même pensée, Ezra a parachevé l'apothéose de Moïse, douze siècles après le séjour d'Israël au Désert.

C'est-à-dire qu'en premier lieu, tout est légende dans la prétendue histoire de MoTse ; qu'en second lieu, la grandeur du personnage, devenue colossale dans les siècles qui ont suivi le retour de la Captivité de Babylone, est l'œuvre profondément calculée de deux hommes éminents, à savoir, Jérémie et Ezra. Ces résultats de l'exégèse moderne donnent-ils le droit de conclure que Moïse n'a pas existé? Certains critiques n'ont pas hésité à le faire ; ils ont conclu que, dénué de toute réalité historique, Moïse était un mythe.

A cette négation hardie on a répondu par une ironie aussi piquante qu'ingénieuse. On a pria les phases prodigieuses de la vie de Napoléon I"; 'on a parodié les commentaires des critiques bihliques, et l'on a conclu plaisamment qu'il était impossible que Napoléon eût existé; bref, que Napoléon était im mythe.

A cette argumentation spirituelle, mais spécieuse, M. Renan répond, à son tour, excellemment qu'il y a une différence capitale entre les siècles où l'écriture existe et ceux où l'écriture n'existe pas. Dans les premiers, les événements sont consignés, Burtoat h noire époque, jour par jour, en des écrits authentiques, par des témoins de toute espèce. Et ces témoins, par cela même qu'ils vivent en des temps où règne une civilisation plus ou moins brillante, sont capables de comprendre les faits, de les contrôler et de

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les exposer dans leur intégrité. Il n'en est pas de même dans les siècles lointains où les intelligences sont en proie à une profonde barbarie. Les faits les plus simples^ même quand ils se passent sous les yeux, revêtent une apparence merveilleuse; en pénétrant dans les cerveaux sans culture, ils sont déformés comme sont déformées ces images qui traversent un prisme taillé en mille facettes irrégulières. S'il en est ainsi en présence des faits réels, on peut aisément se figurer ce que doivent enfanter ces imaginations hallucinées lorsque, en l'absence de tout document, elles s'efforcent de reconstruire l'histoire d'un passé reculé, c Les siècles sans écriture, dit M. Renan, n'engendrent et ne transmettent que des fables * . »

Or l'écriture en Israël est postérieure à Moïse et à Josué de trois ou quatre cents ans; et les documents les plus anciens sur ces deux hommes datent de cinq siècles après eux. Comme « les prétendus textes égyptiens relatifs à Moïse ont tous fondu devant une critique sérieuse ' » , il s'ensuit qu'il n'est pas d'argument décisif en faveur de l'existence historique de Moïse. Mais il faut avouer qu'il n'en est pas davantage contre sa non existence. On peut admettre l'existence de Moïse comme très probable. Tout en refusant d'accepter comme historique le rôle incomparable que lui octroie la légende, il est plausible de croire qu'il fut

i. Renan, Kts(. du peuple d'/sraeJ, tome I^^ page i84, note 3. 2. Renan, Eût, du peuple d'Israël^ tome I^^ page 159, note 8.

l'un de ces chefs du peuple dont parle la Chanson de Beër; puis, que sa qualité de lévi lui valut, dans les siècles postérieurs, alors que les lévis acquirent dans rÉtat une importance toujours croissante, Thonneur d'être choisi pour le restaurateur de la nationalité et de la religion hébraïques.

SECONDE SECTION i MOÏSE ÉTAIT-IL ÉGYPTIEN?

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