Mythes des cigales et de Theuth ; mythe du Protagoras
— 11 n'y a, semble-t-il, que deux mythes platoniciens qui soient entièrement originaux : la fable des cigales dans le Phèdre, et celle de Theuth dans le même dialogue. Car, bien que Platon donne cette dernière pour une légende égyptienne, la remarque de Phèdre sur la facilité avec laquelle Socrate forge à son gré des contes de n'importe quel pays* indique clairement au lecteur tant soit peu perspicace ce qu'il doit penser de cette prétendue tradition ^
Inversement, le mythe de Prométhée et d'Epiméthée serait, si la conjecture que nous avons adoptée est juste ^, la reproduction libre d'une allégorie inventée par Protagoraa lui-même.
sosTOME {Or. XXX [= 80, éd. de Budé], Charid. 9-25) serait un mythe eschatologique qui se trouvait à la fin de VArcliélaiis d'Antisthène, et que l'auteur mettait dans la bouche d'un prêtre mendiant, par un procédé analogue à celui que Platon emploie dans le mythe d'Er au 1. X de la République. — Cf. aussi Hirzel, Dial. I, p. 261 sq.
1 Phaedr. 275 b.
* Sans doute, les personnages de ce mythe sont réellement égyptiens, soit Thamus, qui n'est probablement, quoi qu'en dise Eisler {PL und das àgyplische Alphabet, Arch. fur Gesch. der Phil. N. F. 27, 1922, p. 4, n. 6), que le double du dieu Ammon (cf. Pietschmann, Pauly-Wissowa, R.-E. art. « Ammon » ; Roscher, Lexikon der gr. und rôm. Mythol. art. « Thamus »), dieu déjà connu d'HÉnoDOTE (II, 42) ; soit Theuth, en qui les Egyptiens révéraient, sous le nOm de Thoth, l'inventeur de la législation, des arts, des sciences et de l'écriture (à ce dernier titre, il réapparaît dans Phil. 18 b-d), et qui fut identifié à Hermès (cf. Cic. De nal. deor. III, 22, 56). Mais l'histoire elle-même — les reproches que Thamus adresse à Theuth — est sûrement une pure invention de Platon,
» Voir plus haut, p. 183 et n. 2.
Quant aux autres mythes, ils offrent, dans des proportions variables, un mélange d'éléments anciens et d'éléments nouveaux.
2. Mythe de Gygès. — La source de l'histoire de Gycrhs nous est inconnue, car le récit d'Hérodote^ ne saurait être regardé comme tel. L'écrivain ionien parle d'un garde du corps du roi Candaule, qui monte sur le trône à la suite d'aventures dont il n'est pas question dans la République, Le Gygès de Platon, au contraire, est un simple berger, ancêtre du précédent ^, et s'il parvient également au pouvoir suprême après le meurtre du roi, dont il épouse la veuve, c'est dans des circonstances toutes différentes, et crr-dce à un anneau magique qui n'est pas même mentionné par Hérodote, tandis qu'il joue un rôle capital dans l'apologue de Glaucon. Toutefois, l'analogie indéniable des deux versions — dans l'une comme dans l'autre, notamment, Gvorès fait figure de séducteur de la reine, de meurtrier du roi et d'usurpateur ' — cette analogie, disons-nous, laisse supposer
1 Herod. T, 8-14.
^ Avec J. Adam, nous lisons Tfo I jy^j toj \'jv>j rpovôv'u (étant sous-entendu que cet ancêtre de Gy«,'ès le Lydien s'appelle également Gygès). IIermann et Burxet mettent F jyoj entre crochets ; d'autres éditeurs ont proposé diverses corrections. ^lais on doit s'abstenir de modifier sans nécessité absolue une leçon qui est celle de tous les manuscrits et aussi de Proclus. D'autre part, conmie le remarque avec raison J. Adam (Rep, of PL I, p. 70, 126 sq.), il n'y a, en définitive, rien d'impossible à ce que le Gygès de Platon soit un autre [)ersonnage que le Gygès historique. C'est même assez probable, puis([ue Hérodote [loc. cit.) et Nicolas de Damas (Millier, F. //. G. fr. 49, t. III, p. 382-386), qui rapportent des traditions d'ailleurs différentes sur ce dernier, ne parlent ni l'un ni l'autre de l'anneau magique, tandis que Cicéron, dans son résumé du mythe de Gygès (De off. HT, 9, 38 sq.), n'indique d'aucune manière qu'à ses yeux, il y ait identité entre le héros de ce mythe et le meurtrier de Candaule ou de Sadyattès. A noter également que, d'après Nicolas de Damas, l'arrière-grand-père de Gygès portait le même nom ; dès lors ne serait-ce pas lui (qui est effectivement un l'r>ryj r^-^ô-ovj;), plutôt que son descendant, que concerne la légende utilisée par Platon ?
3 Ces trois traits figurent également dans la version de Nicolas de Damas {loc. cit.), qui, pour le reste, diffère entièrement de celles d'Hérodote et de Platon. Entre ces deux dernières, on pourrait peut-être faire encore un rapprochement plus subtil : chez Platon, Gygès a, grâce à son anneau.
If
•qu'il s'est produit de bonne heure, et en Lydie même, une sorte de contamination entre des anecdotes relatives à deux personnages homonymes, l'un historique, l'autre légendaire. Sinon, il serait difficile d'expHquer pourquoi le héros d'une fable créée de toutes pièces par Platon aurait reçu arbitrairement de lui ce nom de Gygès, plutôt qu'un nom de pure fantaisie, comme celui d'Er, par exemple. Un autre indice en faveur de cette hypothèse, c'est le T'y/vj ^xv^tSmoç du Hvre X, qui a tout l'air d'être, comme T'AiSo; yjovf, ^ qui le suit immédiatement, une expression déjà proverbiale du temps de Platon ^
3. Mythe des trois races d'hommes. — Dans le mythe «phénicien » du livre III de la République, on reconnaît sans peine plusieurs éléments traditionnels : la terre considérée comme mère des hommes ^ le sentiment d'orgueil que les Athéniens concevaient de leur qualité supposée d'autochtones *, la fable des yrr/cVcu, nés des dents du dragon, semées par Cadmus ^ enfin les différentes races énumérées
le pouvoir de se rendre invisible ; chez Hérodote, il contemple, sans être mi d'elle, la femme de Candaule dépouillée de ses vêtements. Nous trouvons là un indice de plus en faveur d'une contamination de plusieurs traditions diverses, mi-historiques, mi-légendaires, qui couraient toutes sous le nom de*Gygès.
i Allusion à TIoM. //. V, 845.
2 Rep. 612 b. — La même expression proverbiale se retrouve chez des auteurs postérieurs (Luc. Bis accus. 21, 820, et Nav. 42, 275; Suid. s. V. « Pjyoj oavctjX'o; »), mais ceux-ci la doivent certainement à
Platon.
3 Cf. PiND. 01. VII, 38 ; Aesch. Prom. 90, et Sept. 16-20, 416 ; Eur. Nauck, T. G. F. fr. 944 ; Hymn. Hom. XXX. (Cette croyance a été étudiée de près par A. Dieterich, dans son ouvrage intitule Mutter Erde, Leipzig, 1905. Cf. aussi Nekyia, p. 100-108.)
« Cf. Plat. Menex. 237 b-238 b, 245 d, et Criti. 109 d ; puis Isocr, Or. IV, Paneg. 24 sq. ; Lys. Or. II, Epitaph. 17 ; JTom. II. ÏI, 546-549; Eur. Ion, 29 sq., 589 sq., 737, et Erechih. Nauck, T. G. F. fr. 360 ; Aristoph. Vesp. 1075 sq.
5 Cf. Plat. Legg. 663 e : Conv. 191 c ; Polit. 269 b, 271 a-c, 272 a, 273 e, 274 a ; Prot. 320 d ; Criti. 113 c, et Soph. 247 c, 248 c ; puis Pind. Isthrn. VIT, 10, et fr. 29 ; Aesch. Sept. 412 ; Eur. Phoeniss. 666-675, 818-821, et Bacch. 1025 sq., 1314 sq.
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dans les Travaux et les jours ^. Mais on voit en même temps avec quel art Platon amalgame et modifie ces matériaux hétéroclites. Des cinq races d'Hésiode (1° la race d'or ; 2° la race d'argent ; 3^ la race de bronze ; 4° la race des héros ; 50 la race de fer), il laisse tomber la quatrième % puis il fond la troisième et la cinquième en une seule, ou plutôt il en fait deux sous-groupes correspondant respectivement aux deux catégories de citoyens qui sont relégués dans la caste inférieure : les artisans et les agriculteurs ^ Cette première différence ne porte que sur le nombre des races, qu'il fallait bien réduire, puisque l'Etat idéal ne comporte que trois classes. En voici une autre, plus importante : tandis que, chez Hésiode, les races se succèdent dans le temps, et représentent chacune une période de l'histoire de l'humanité, elles coexistent chez Platon. Changement minime, si l'on veut ; mais combien le symbolisme y gagne en exactitude et en profondeur philosophique ! Les races d'or et d'argent ne se sont pas évanouies définitivement dans les ténèbres du passé * ; elles produisent en tout temps un petit nombre d'hommes d'élite, parmi lesquels le législateur recrutera les ap^ryjTz^ et les ir.i/.rj'jrjrA ^.
1 Hes. Op. 109-201, que Platon lui-même indique comme source, au 1. V, 468 e et au 1. VIII, 546 e.
2 Au reste, cette race des héros, fort illogiquement placée par Hésiode entre les races de bronze et de fer, n'appartenait probablement pas à la légende primitive. Cf. Rohde, Psyché, I, p. 93-95.
2 En effet, il ressort de Rep. 415 a-c, et d'ARisToxEL. Pol II, 5, 1264 b 14 sq. que le fer symbolisait plus particulièrement les agriculteurs, et le bronze les artisans.
* Cf. CraU 398 a-b.
^ En ce qui concerne la race d'or, Cornford [PI and Orpheus, Cl. rev. 17, 1903, p. 433-435) a signalé une analogie intéressante entre Hésiode et Platon. D'après le premier [Op. 121-123), les hommes de cette race deviennent, après leur mort, des oaîjjLov;;.... çSXx/.s; Ovr.-cwv àv0s(Ô7rwv. Or, chez Platon (qui cite ces vers sous une forme légèrement différente dans Rep. 469 a et Crat. 398 a), les citoyens de la classe supérieure, dont le mérite est également symbolisé par l'or {Rep. 468 e), sont eux aussi des çpj).ax£; de l'Etat, honorés comme des caîfiovs; après leur mort (Rep. 469 a-b, 540 b-c). C'est à eux, d'autre part, qu'est échue la sagesse ; ils sont donc véritablement des oaifjtovî; (et cela dès leur vie terrestre ; cf. Crat. 398 c), puisque, d'après Crat. 398 b-c, o^tuwv est étymolo*
4. Mythe d'Aristophane. — Le mythe burlesque raconté par Aristophane dans le Banquet a des sources nombreuses, que Ziegler a soumises à une étude aussi intéressante que perspicace ^ Tout d'abord, les hommes primitifs de Platon présentent des analogies évidentes avec diverses créations mythologiques : les Géants, les Titans et Typhon révoltés contre Zeus et châtiés par lui 2, les IV/£V£Ù ^ les Androgynes, Géryon, monstre à trois têtes, six pieds et six mains *, etc. De plus, la façon dont ces hommes se reproduisaient rappelle les mythes des cigales et d'Erichthonios ^ ; et leur division en deux c7:fj.,3oÂa, « à la façon des œufs », peut être rapprochée de la légende des Molionides, jumeaux issus
giquement identique à oar;|xtov = 9pov'.;xo; (A noter également que, d'après Legg. 713 a-714 a, les chefs d'Etat dignes de ce nom doivent imiter les oaiixovi; qui, sous le règne de Cronos, prenaient soin de l'humanité.) Il y a ainsi un parallélisme frappant entre la division de la République : 10 à>7ovî£;; 2» è::(>cojpo' ; 3° YtiopYo- xa- or^a.ojpvot, et celle de Crat, 397 d : 1° oaiaovs; ; 2° Tjptus; ; 3» àvOptuTro'..
1 Ziegler, Menschen- und Weltenwerden, N. Jahrb. fur das class. Alt. 31, 1913, p. 529-573. —Avant Ziegler— dont Friedlander [Platon, I, p. 208, n. 1) repousse à tort les conclusions — Susemihl [Plat. Phil. \, p. 383) avait déjà signalé une analogie entre le mythe d'Aristophane et Empédocle, et Bury [Sijmp. of PI. p. xxxi-xxxiv et 56-68) avait rapproché ce mythe, non seulement des théories d' Empédocle, mais aussi des écrits hippocratiques nsp-. oSjio; àvOpwTrou et Ihpl otaî-cr,;. EnfmWiLAMOwiTZ [Platon, I, p. 370) indique ce que Platon doit à la mythologie proprement dite. Cf. aussi Taylor, Plato, p. 220 ; Robin, Banquet de PL
p. LX sq.
2 p,p,D. Nem. I, 67 sq. ; IIes. Theog. 629-735. 820-868.
» Voir plus haut, p. 235, n. 5.
« Hes Theog. 287 ; Stesich. Bergk, Lyr. Gr. fr. 6 ; Aesch. Agam. 870.
» D'après un fragment d'EuRiPiDE (Nauck, T. G. F. fr.925), Erichthonios serait né de l'amour d'Héphaïstos pour Athéna, amour non partagé par la déesse qui frappa son agresseur de sa lance ; celui-ci acpf.xs xr.v £::t9uaîav, o£poa£vr,; eI; xt.v ^f,^ xf,; a::opà;- ^ /.; ^V(t^f,z()oL'. Xs^ou^i Tcaîaa, ô;...* 'Kor^ftovio; ÈxÀV/ir). Cf. Plat. Criti. 109 d- 110 a; Eur. Ion, 20 sq 267-270 ; Kinkel, Epie. Gr. fragm. p. 4 ; Apollod. III, 14, 6 (Wagner, Mythogr. Gr. I, p. 160) ; SchoL in Hom. II. II, ô47 ; Schol. in Plat Tint. 23 d ; Procl. In Plat. Tim. comment. 44 d. — Sur les cigales, cf. LucR. De rer. nat. Brieger, V, 788-791, à rapprocher de Com^, 191 c : (ùST.ip 01 TÉrx'.Y^;. Dans cette comparaison des hommes primitifs avec les cigales, on peut voir aussi une allusion à l'autochtonie des Athéniens, dont la cigale était l'emblème {Aristoph. Eq. 1331 ; Thug. 1, 6, 3). Voir plus haut, p. 235, n. 4.
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d'un œuf d'argenté Enfin, dans le mythe de Prométhée et de Pandore, on retrouve le même désir manifesté par Zeus de tirer vengeance du genre humain, et hi même croyance à un état originel, plus heureux que celui qui lui a succédé, et dans lequel la dualité des sexes n'existait pas encore ^ Mais la véritable origine de ce discours, c'est dans Tanthropogonie de certains présocratiques et les mythes orphiques qu'il faut la chercher. Car les fragments d' Anaximandre et surtout d'Empédocle nous permettent de reconstituer des théories étonnamment semblables à celle que Platon a mise dans la bouche du poète comique. Phases successives de révolution de l'humanité, monstres qui ne tardent pas à disparaître parce qu'ils sont inaptes à la vie, action de la ^^ùi'T.z, qui, comme l'iW d'Aristophane, réunit ce que le Nc-rzoç avait séparé : rien n'y manque, sauf quelques
» Ibyc. Tîerjrk, Ujr. C.r. \v. IC. D'après Schol. in How. Od. A/, 298, les Dioscures seraient ('{ralement nos d'un œuf. -- IVautre part, la comparaison des hmnraes actuels avec des •V'-^- àv^'^^e d'une image d'Anis- TOPHANF. (L?/.«fi.sfr 115 sq.).
2 IIes. Theog. 510-616 ; Op. 42-105. — En revanche, l analogie que J. Adam {Rd. Teavhers of Gr. p. 76 ; Rep. of PI. IT, p. 297, n. 1) a cru voir entre la structure des hommes primitifs d'Aristophane (rom-. 189 e- 190 b) et celle des hommes de la race d'or décrits par Hésiode est fallacieuse, et ne repose que sur une erreur d'interprétation. Car, lorsque Hésiode (Op. 1 14 sq.) dit des hommes de l'âge de Cronos : alv. oè irôoa; xa- yslpa; ôuolo- tÉOTtovx' h OaX^T.îi, cela ne signifie certainement pas : a vvit'h hands like feet and feet like hands they had joy in banquets everraore », traduction grammaticalement condamnable, et qui, de plus, gâte le sens du passage en supprimant l'opposition avec ce qui précède : oOoÉ t^ 5=iXôv7f;3aî iTrf.v, ah^ ok xta. I! faut rapporter «Ut', non à TèpuovTo, mais à ô'W.o:. et comprendre : « gardant jusqu*à la fin la viîTueur de leurs pieds et de leurs mains » (cf. Paley, The epics of Hesiod, London, 1883 ; Hugh G. Evelvn- Whfte, Hesiod, tfce Homerie hijmns and Homerlra, London, 1920 : « with legs and arma never failing » : Thés. Gr. ling. s. v. « "On^oiot; » : « mauibus pedibusque semper sui similes, eodem semper manuum pedumque xngore pollentes, semper «eque vegeti »). L'agilité des membres était, pour les anciens, le signe de la jeimesse (cf. Hom. IL XXIII, 627 sq., et Od. XI, 497 ; Theocr. XIV, 70) ; d'autre part, en ce qwi concerne le sens spécial de ^jf^oiot; (= non pas « idem », mais « sui similis »), on peut citer Thuc. II, 89, lî, où cet adjectif a la même valeur.
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détails de fantaisie qui ont été probablement ajoutés par 1 auteur \ ^
Quant aux points de contact avec l'orphisme, ils sont moins apj.aronts, parce qu'il s'agit, cette fois, de cosmogonie et non plus d'anthropogonie. Mais, étant donné le parallé- Jisnu- absolu que les anciens ont toujours admis entre le microcosme et le macrocosme », cette différence dans l'objet ne doit pas nous masquer la similitude des conceptions. I>e part et d autre, nous voyons une unité primitive qui se scnde en deux parties : matière première en forme de boule ou d œuf, qui donne naissance au ciel et à la terre, c'est-àdire aux doux principes masculin et féminin » d'où sortent tous les êtres : hommes préhistoriques androgvnes - d.^ même que le dieu orphique appelé Phanès, Protogonos, Met., ou Kriképaios - et que Zeus coupe « comme d«a œufs ». Dos lors, on ne peut guère refuser d'admettre, avec
■ A>ÇAxiMAM.R. Dids, Tors. fr. 10, M, 30 . Emped Diel., Vm-,
843 • ''•;• "; ''■ ''-"\ ^'- I'" •'■ ^> -. "«'. HHeg.r. V' ' l^l^Z^^i 843. - A n«,or spccaloment qu'K«,.KDocLE dit, comme Aristophane que, ,Ians les prem.e.s «ges .le l'humanité, certains individus étaS andropnes (M, iV. 61 ; Lcc„. V, 826 ; ef. Con.. 189 e) et doubles (Bfr
qu.n.h„ a déclare que le mâle est le ,;,.3oXov de la femelle (B, fr. 63 ; cf. Co»,.. 191 d : «vO.,i,o. 7;;.3oÀ.,v) et qu'Aphrodite unit les deux sexes |.ar les chevdles de l'amour (13, fr. 87 ; cf. Cou.. 192 b-e. où un rôle analogue est attribué à liéphaïstos) . "" uu roie
flep.. 46 b ; PoiU. 2/0 b-c, 273 e-274 a, 274 d ; Cow. 190 a-b
Cf. Ar.stote... ne gen. ,mim. 1, 2, 716 a 15-17 : Ko,! âv t™ oX«,
ô; Y-vvwvc»; mit nx^„; -.,„j.p3,',^.j,,,^ i ••
I ^o^-noT' ^l'^'i'P- Nauck, T. G. F. (t. 484 ; Apollon. 15„od Are
Cette notion d une masse primitivement indifférenciée qui se sépare ensuite en ses divers éléments se retrouve che,. Empédocle et Anaxagore ; maisrien n empêche de supposer qu'elle fifrurait également dans l'ancienne théogonie orphique. Cf. Dieterich, Aekyia, p. 100-108. — Le Phanès orphique est audrog^-ne et double (Ker.n, Orph. jragm. fr. 56 sq., 76. 77 81 = Abel, fr 38 sq., 64. 62). et ses .îo'or, «o„t p,^,^, comme eeux de»: hommes primitifs A^ Banquet (Kern. fr. 80 = Abel. fr. 66. à rapprocherde COH^. 191 b-c). A remarquer, d'autre part, que le véritable Aristo-
Ziegler, que, dans ce mythe, Platon a reproduit, et quelque peu parodié, une anthropogonie inconnue de nous, et dont l'auteur s'était inspiré à la fois des croyances orphiques et des théories d'Kmpédocle ^.
5. Mythe de la naissance d'Erôs. — L'Erôs qui est l'objet du mythe de Diotime a quelques traits communs avec TErôs de la mythologie ^, mais son rôle spécial d'intermédiaire, et sa généalogie sont, semble-t-il, de l'invention de Platon. Ordinairement, Erôs a pour père Ouranos, Ares ou Zeus, et pour mère Gè, Aphrodite ou Eileithyia. D'après Platon, au contraire, il est fils de Poros et de Pénia, deux abstractions personnifiées qui, du reste, figurent déjà, la première chez Alcman, la seconde dans le Plutus d'Aristophane ^ c'est-à-dire dans une comédie antérieure au Banquet *.
PHANE fait naître "Kpw; d'un œuf (^li^. 694-697), comme Phanès (Kern, fr. 54-58, 60, 81 -= Abel, fr. 36-39, 41, 48, 62). Enlin, il y a une analogie significative entre Ilymn. orph. Abel, Orphica, IX, 4 : lune bisexuée, Oy.X^; zt'Ail OLpar,^^, et Conv. 190 B : androgynes primitifs produits par la lune.
Il est probable, quoique non certain, que Phanès date d'une époque
postérieure à Platon (voir plus bas, p. 253) ; mais la notion d'un être bisexué est sûrement plus ancienne, et quant à Tœuf du monde, Pornithogonie d'Aristophane semble prouver qu'il existait déjà dans l'ancienne théogonie orphique (cf. Zeller, Phil. der Gr. I, 1, p. 125, n. 2 et 140 sq. = 5e éd. p. 91,n. 2).
1 A l'exemple d'Eisler, Ziegler suppose en outre que ces croyances orphiques ont une origine babylonienne. Mais, comme le remarque Wila- MOWITZ {Platon, I, p. 370), il peut fort bien s'agir d'une analogie fortuite entre des mythes orientaux et helléniques, sans influence quelconque des premiers sur les seconds.
2 Notamment sa qualité de Tr,; 'Acipoot-r^; àxôXojOo; xal OEpirojv. Cf. IIes. Theog. 201 ; Sappho, Bergk, Lyr. Gr. fr. 74 ; Kern, Orph. fragm. fr. 184 [= Abel, fr. 139].
» Alcman, Bergk, Lyr. Gr. fr. 23, v. 13 ; Aristoph. Plut, passim. — D'autre part, dans Aristoph. Plut. 548-554, Ttsvta est intermédiaire entre irXoÙTo; et -x^jj^i'oi, de même que, dans Corn: 203 e, Erôs est intermédiaire entre -Ào^-co; (ou Hopo;) et aTTopla (ou UvnoL). Enfin Ploutos aùXJjLwv ^xo-:^*'. (P/u«. 84),et Erôs est qualifié d'au/ fji7)pô; [Corn-. 203 d).
* Le Banquet a été composé sûrement après le premier voyage en Sicile, soit après 388 ; or c'est précisément en 388 que le Plutus a été représente sous sa seconde forme, la seule que nous connaissions.
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6. Mythe du Politique. — Un assemblage original d'emprunts divers, les uns philosophiques, les autres fabuleux : telle pourrait être la définition du mythe du Politique, qui compte parmi les plus étranges de Platon. On y retrouve, par analvse, la croyance à des destructions périodiques des êtres vivants \ le mythe hésiodique de l'âge d'or et du règne de Cronos \ celui des yr/svîiç ^ enfin un épisode de la querelle d'Atrée et de Thyeste, auquel Euripide fait allusion à trois reprises : Atrée risquait d'être dépossédé de la royauté au profit de son frère, qui lui avait volé, par ruse, une brebis d'or, lorsque Zeus lui donna un signe (cr/jasiov) de sa faveur en changeant le cours du soleil et des autres astres *, Si l'on considère ces traditions comme autant de récits séparés (of£77:aoy.£va à>y;Tai //*)oL: ika^ra a-' cDlr^^siv), c'est, déclare l'Etranger, qu'au cours des âges le lien qui les unissait s'est rompu \ En réalité, elles se rapportent toutes à un seul et même événement (tt^Oo,-) : l'établissement du régime universel qui prévaut encore aujourd'hui. De plus, cet événement, que la légende présente à tort comme un fait unique, dû à la décision arbitraire
1 Cette même croyance a été utilisée par Platon dans Je mythe de l'Atlantide (voir plus bas, p. 245), et aussi au 1. HT des ^^;*; dan^ 1 exposé mythique de l'origine de l'Etat {Legg. 677 a sqq. ; cf. /82 a).
2 IIes On 109-119, à rapprocher de Polit. 269 a : paTiXstav r.v ^^p^E Ko6vo;. Cf. aussi Legg. 713 b-e ; Criti. 109 b-d. - L'état de dénuement d;ns lequel se trouvait l'humanité au début de l'âge de Zeus, lorsque la vie facile de Tâge de Cronos eut pris fin {Polit. 274 b-d) avait ete déjà décrit par Protagoras, dans le mythe de Prométhée et d Epimethee reproduit par Platon.
8 Voir plus haut, p. 235 et n. 5.
* EuR Or. 1001-1006; Iphig. 193-195, 816; EL 12(^-1^^ (dans ce dernier passage, le sceptique Euripide ne peut s'abstenir de remarquer qu'il s'agit d'une fable destinée à inspirer une cramte salutaire aux hommes). La légende est exposée dans tous ses détails P^^^ l^«/<;«^»^«*^^ (Schol in Eur. Orest. 811 et 998 ; Schol. in Hom. IL II, 105). Selon une autre version, postérieure semble-t-il, le changement du cours du solei était expliqué par l'horreur qu'il éprouva à la vue du crime d Atree. — il est intéressant de noter ici que, d'après une tradition égyptienne rapportée par Hérodote (II, 142), le soleil aurait changé quatre fois de direction dans la période de 11340 années durant lesquelles l'Egypte fut une monarchie.
» Polit. 269 b-c.
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Perceval Frutiger
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d'une divinité intervenant dans les affaires humaines, se produit à intervalles réguliers de plusieurs milliers d'années, en vertu d'une alternance qui rappelle les règnes successifs de la ^ù.i'^; et du X£'>.o,- d'Kmpédoclc \ et aussi le retour éternel des pythagoriciens 2.
Mais ce que le mythe présente de plus curieux, c'est sans contredit l'évolution à rebours delà vie animale, qui caractérise le régime contraire au nôtre : dans la période précé- (lente — et il en sera de même dans la période suivante — les êtres vivants naissaient de la terre avec les apparences de la vieillesse, et rajeunissaient progressivement, passant par tous les stades de l'âge mûr, puis de l'enfance, et devenaient finalement si ténus qu'ils s'évanouissaient dans le néant. Où IMaton a-t-il pris l'idée d'un phénomène aussi étranger à l'expérience ? Tl n'est pas facile de répondre à cette question, car, dans toute la littérature grecque, on ne trouve rien d'analogue, sinon dans un fragment de Théopompe, conservé par Elien ^. Silène ivre, s'adressant au roi de Phrygie Ml(his, hii décrit le pays extraordinaire
i Ci. K.Mi'iD. Dieb, \or.s. lî, h: 17, 21 sij., 26, 'M), :^5 sq. - H >' ^^ d.'uv ailïï'iviicos .'Ss.Miticlles oiitio lùiipiMlock' vi le iiiytho du Politique: 1" à I^dt.'iaaiuM' .!♦' d-nv divinités contraires, Platon sut)stitue cello d'une direction du monde par Dieu et d'une absence complète de direction [iil il send)le même laire allusion à riiypolhèse d'I'mpédocle pour la condamner, lors.iuil déclare, à la p. 270 a, ([u'il est inii>ossd.le de supposer le mon<le r''«:i par 0 io t-.ve Oeco opovojvTE Ujto'.; £vxvTia) ; 2» d'aprt'S Platon iPolit. 273 d-e), Punivers n'est jamais comiilètement détruit, parce que Dieu revient au gouvernail et rétablit Ponlre, lorsque ridtéralion du monde mel son existence en danger. — A noter ("gaiement que, dans Tini. 22 c-d, il n*est pas question d'un mouvement rétrograde (tô àvÎTTïX'.v 'Ç>7i) de Punivers, mais d'une sim[)le déviation (TrapaÀXï;'.;)
du cours des astres.
2 Cf. PoKi'u. \'Ua Pi/lli. Na ck, PJ ; Diei.s, Vur.s. I, p. 33:), 1. 0-12. — A noter aussi IIeracl.' Diels, Tors, li, ïr. 88, c»ù, parnd les contraires qui naissent tour à tour les uns dans les autres, se trouvent mentionnés viov xai YEoatôv. — D'après Tavlor (P/ato, p. 396 et n. 1 ) — qui lit après Stall- BALM et l^LRNET, daus Polit. 273 d-e, £'.; Tov Tr~; àvouo'.ô-r.toc àr-.pov TrôvTov, au lieu de tôttov — c'est également aux pythagoriciens qu'est empnmtée la comparaison de Punivers avec un navire sur les ilôts (cf. BuR- NET, Early Gr. phil. p. 29'*).
3 Theop. Muller, F. H. G. fr. 76, t. I, p. 289-291 [= Ael. Var. hist.