‹ Les mythes de Platon [microform]; études philosophique et littéraireChapitre 24 sur 37 · III · texte numérisé non relu

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des Méropes. A l'extrémité de ce pays, se trouve une contrée appelée •'Âvo7to--. semblable à un abîme et plongée dans une atmosphère rougeatre. Deux fleuves la traversent : le fleuve du l'iaisir et celui de la Peine ; et sur leurs rives croissent de grands arbres dont les fruits ont des effets n.iraculeux. Ceux des arbres qui bordent le second fleuve provoquent des flots de larmes qui ne cessent qu avec la vie. Les autres ont une action contraire : qmconque en goûte devient indifférent aux choses qu'd désirait jusqu'alors, et, remontant par degrés le cours de son existence passée, il atteint finalement l'état de nourrisson, et meurt . Ainsi, dans un cadre différent - et qui, nous le verrons bientôt, ressemble à l'Atlantide - l'historien lon.en a introduit un des traits les plus caractéristiques du mythe que nous étudions. Des deux écrivains, c'est sans aucun doute ThéopouM-e qu. est l'emprunteur \ car les Philippua sont postérieurs d'une quarantaine d'années au PoJU.çu^^ Quant à Platon, on ne peut dire avec certitude s'il a invente ce détail, ou s'il l'a trouvé dans une vieille légende dont il nous est, en tout état de cause, impossible de retrouver la trace . Cette dernière hvpothèse, plausible a priori, est, sinon prouvée, du moins confirmée par un vers assez, obscur des Travaux et des jours. Parlant de la race de fer - la nôtre - le poète déclare qu'elle s'éteindra « lorsque les hommes naîtront avec des cheveux blancs » ^ Or le Politique ne dit pas autre chose.

".'^Cf Sntsl^Zurn .rieCUscken Ronu..,, Rhein. Mus. N. F. 48, 1893.

"■ :f ; p'Jri a a- :;o"Vo.feÏÏe .e deuxième et le troisième voyage ea SicilersoU enTo Vee et 3^1. tandis ,ue .es mUpp^ nout ete publie. niPanrès 324 (cf. Christ, Gesch. der gr. Lilt. 1, p. i>àZ]. ^V^'aprTs ReItze.stein [Siud. zurn ant. Synkret. p. 34 sq.. 65-67), la mythe du Politique aurait une origme orientale.

» Hes. Op. loi • £->^ ^' ]ffc.v^fAc r ; ni TT T% 9<)ft sa • Rel.

orochemeut a été déjà fait par J. Adam {Rep o PI. I , p. 2% sq , «et. procneme j ^^ PohUcus, Class. rev. 5, 1891.

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de sorte que nous avons affaire, semble-t-il, à une seule et même tradition, utilisée tour à tour par Hésiode, Platon et Théoponipe.

7. Cosmogonie du Timée. — Dans le Timi'c, Platon eut pour modèle les anciennes cosmogonies et théogonies (nous ne parlons, naturellement, que de la forme revêtue par la physique platonicienne) ^ Il fait même une allusion ironique à ces mythologues — tels qu'Orphée, .Musée, etc. — qui racontent par le menu l'histoire et la généalogie des dieux, et qu'il faut bien croire sur parole, puisqu'eux-mêmes sont, à les entendre, d'origine divine ^ Quant au démiurge, ce n'est que la ])ersonnification du voO,- organisateur d'Anàxagore ^ un philosophe dont la doctrine était familière à Platon, puisqu'il l'a critiquée dans le Phédon.

8. Mythe de l'Atlantide. — Les sources de l'Atlantide sont aussi difficiles à déterminer que celles du rajeunissement progressif des animaux dans le Politique. Sans doute, cer-

on Ta parlois su[.|>»sô (cf. .1. Adam, [{('[>. of. PI. If, j.. 'JDT, n. 3), des envahisseurs à chcv«?u\ Moiuls, tlo race gerniaiii(jii<' ; d'autre ^)art, on enlève toute raison (rètre au vers en traduisant :« werni sic, nachdem sic geboren worden, ins Greisenalter vverden frekonimen sein » (CloiiTTLiNG-Fi.Acn, Iles. Corm. Leipzi*;-, 1878). Il faut donc interpréter, avec .) . Adam : « when they are hoary-lieaded at their hirth » (de même Palk.v, The epics of Hesiod, Londoii, 188:J ; P. Mazon, Les travan.v ri les jours (C Hésiode, Paris, 1914 ; ilu«:h Cl. K\KLY?<A\mT\:, Hesiod, the Honierir Ihjmns and llomerica, London, 1920). Mais J. Adam a tort, croyons-nous, de rendre :roX'à cojvxa de Polit. H'A e par « boni ^vith j?rey hairs » (de même Schi.tiiermacukh). liien ([ue cette traduction soit irrammalicalement possible, et quelle donne un sens acceptable, celle de Campbell {Polit, of PL p. 68) : « having «,no\vn «jrey » (de même Jowett et Apelt) s'accorde beaucoup mieux avec le contexte, d'abord parce que l'idée de naissance est déjà exprimée dans le mot vîovev?;, et ensuite parce que Platon décrit les modifications qui se produisent chez les êtres vivants au moment où l'univers change de direction

1 Voir plus haut, p. 203 et n. 3. — Sans voulor nous prononcer sur la valeur de cette hypothèse, signalons que, d'après Reitzenstein (Siud. zum ant. Synkret.ip. 35-37, 142-149), le modèle de Platon serait une cosmogonie iranienne.

2 Tim. 40 d-41 a.

» Anax. Diels, Vors. A, fr. 41-42, 46-49, 55. 58. 64

tains détails nous sont déjà familiers, parce que nous venons •de les rencontrer dans d'autres mythes : âge d'or ^, autochtonie des Athéniens ^, Erichthonios fils de la terre ^, et surtout les destructions périodiques de l'humanité j)ar le feu ou par l'eau *, dont ces grands enfants que sont les Grecs, dit le prêtre égyptien à Solon, ne connaissent que des récits fabuleux : déluge de Deucalion ^, embrasement de l'univers causé par rimi)rudence de Phaéton ^, etc.

Mais quelle est l'origine de ce que nous regardons comme les deux traits essentiels de la narration de Platon, à savoir la guerre que les Atlantes auraient menée contre la Grèce, et leur disparition soudaine dans les flots de l'Océan, lors d'une catastrophe sismique ? Une tradition relative à des événements réels, on sait qu'il n'y faut j)as songer ^. Une tradition jturement légendaire est adnnssible en principe, mais très peu probable en fait. Car, outre que les auteurs qui parlent de l'Albintide — tels que Crantor, Théophraste, Posidonius, Stral)()n, Pline, Longin, Proclus, etc. — sont pour la plupart d'une époque très postérieure, ils se réfèrent tous exclusivement au récit du C^nlias, et jamais à une source indéj)endante ^. Kn revanche, les écrivains anciens

^ Voir plus liaul, p. 2'*î et n. 2. - t'/est atissi la légende de l'Age d'or que l'on retrouve dans les récits {)seudo- historiques de l'origine de la société au livre II de la République cl au livre III des Lot.v, et de la décadence de la liité idéale aux livres VIII et IX de la République, mais dépouillée de tous ses détails fa])uleux, et réduite à la notion philoso})hique de l'évolution conçue, non ])as comme un progrès, mais comme une décadence 4;onstante à partir d'un état primitivement parfait.

2 Voir plus haut, |>. 235 et n. 4.

^ Voir plus haut, j). 237 et n. 5. — Parmi les rois primitifs d'Athènes, Platon cite également le double d'Erichthonios, Krechihée, «[u'IIérodote (VIII, 55) considère aussi comme un Y^Y^vr];

* Voir plus haut, \^. 241 et n. 1.

s Cf. PiND. (H. IX, 42-45 ; lh:s. Kzach, fr. 115 ; Apollod. I, 7, 2 (Wagner, Mijtho^r. (ïr. I, p. 19 sct.).

« Cf. Aescu. Nouck, T. G. F. fr. 68 sqq. ; Ecrip. Xanck, T. G. F fr. 770 sqq. ; Hes. llzach, fr. 199. — Sur Phoronée, « le premier homme », auquel Platon fait également allusion, cf. Acus. Die!s, lors. B, fr. 20.

' Voir plus haut, p.^iy3.

* On sait que, d'après le Timée, l'Atlantide serait une légende égyptienne, transmise à Solon par les prêtres de Sais. Certains auteurs, tels que

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sont muets sur ce point. Homère et Hésiode ne connaissent que la légende d'Atlas condamné par Jupiter à porter le ciel sur ses épaules i. Quant à Hérodote, il fait bien niention des Atlantes 2, mais cette tribu sauvage de Lybie n'a rien de commun, sauf le nom, avec les habitants remarquablement civilisés d'un continent disparu. Bref, nous ne connaissons qu'un seul texte qui puisse être rapproché de l'Atlantide, c'est ce fragment 76 do Théopompe, dont il a été déjà

Stallbaum, Mautin {Et. sur le Tirn. 1, p. 3iy-327), Chkist (Plat. Studien, Abhandl. der bayr. Akad der Wiss. zu Munchen. 1. Cl., Jid. Iv, Abt. 2, 1885, p. 507 sq.) et Berger (Pally-Wissowa, B.-E. art. « Allantis «) ont pris cette prétendue tradition é-yptienne au sérieux. Mais, quand on connaît les procédés couramment employés par Platon pour donner de la vraisemblance, tant à ses mythes qu'à des dialogues entiers, par exemple le Banquet, comment douter (\\\q ce préambule ne soit aussi fictif que le récit lui-même ? Pour notre part, nous sommes convaincu que la fable de l'Atlantide n'est pas plus égyptienne que celle de Iheuth, et que, loin de la recueillir, soit de Solon, soit directement en Egypte au cours d'un voyage dans ce pays, le philosophe l'a entièrement inventée. Cl. Si se- Minjpto Phil. II, 2, p. 472-477 ; Rohdk, Gr. Rotmw, ]>. 213, n. 1 ; JowETT,i)m/.o/Pi. 111, p. 431-433, 525.— D'autre part, l'origine phénicienne que Netolitzky [Das lestland vor der Atlanti'suisel PL Philol. Wochenschr. 41, 1021, p. 1221-1224) assigne à cette légende n'est fondée sur aucun indice sérieux. Enfin, chacun s'étonnera de voir Gomperz [Gr. Denker, II, p. 604) supposer l'existence d'une tradition populaire, sur la loi du'scoliaste, qui prétend que, durant les Petites Panathénées, on offrait à la déesse un péplos figurant la victoire des Athéniens sur les Atlantes [Schol. in Remp. I, :i27 a). Car Susemihl [Plat. Phil. H, 2, p./i72, n. 541) a établi péremptoirement que cette indication a pour toute origine une bévue absurde du scoliaste, ({ui interprète littéralement le texte de Proclus [In Plat. Tirn. comment. Diehl, \) b, 26 f) où le récit de l'Atlantide, cette sorte d'hommage rendu par Critias à la divinité {Tim. 21 a), est assimilé au péplos otïert à Athéna durant les Grandes Panathénées et représentant la guerre des dieux contre les Géants.

1 HoM. Od. I, 52-54 ; Hes. Theo'^. 517-520, 746-748. 11 est à peine

besoin de dire qu'il n'y a aucun rapport entre l'Atlantide et Ogygie ou le jardin des Hespérides'. Même si l'Ogygie de VOdyssée, où règne Calypso, iille d'Atlas, est située en dehors de la Méditerranée, elle n'a jamais passé pour s'être engloutie dans l'Océan ; quant au jardin des Hespérides, gardé par Atlas, les anciens le localisaient bien à rextrême-occident, mais sur le continent africain, et non pas au delà. De plus, ni l'un ni l'autre de ces mythes ne font mention d'un peuple semblable aux Atlantes.

* Herod. IV, 184. — C'est dans la même région que Diodore (Ilï, 53 sqq.) situe ses fabuleux 'AxÀiv-co..

LES MYTHES DE PLATOxN

question . propos du .«y the du ^if '''/-• '•-j';;;;;"^::;;^::

cou.n>e pour Platon. l'Europe, l'As.e e ^^ '■>'^^' ^^^ dire r \frique, sont en réalité des iles entourées pa. 1 Océan, e e V itab le continent est situé au delà. C'est une terre nn ensc où vhent des honunes d'une taille et d'une longe- ; : do blés des nôtres. On y con.pte de non.hreuses vd es^ dont les deux plus grandes, Ev,,S., et ^./^, fo a peu près le n.èn.e contraste que les ane.ens Athemens et les Atlau es. Les hab.tauts de la prenùère vnent dans la pa.. a l':b:nda„ce, tandis que ceux de la seconde sont belhqueu. et toujours engagés dans des guerres de ---^^''- -^

Ces coincidcces ne sauraient être fortuites, ma faut en c ne ure que Ihéopon.pe a iu.ité directement Pla on ou aùe les deu.. auteurs ont utilisé indépendamn.ent 1 u« d^ ^It une tradition ancienne, qui ne nous est pas parvenue sous sa forme originale ? Notre connaissance frag Tataue de la mythologie et de la littérature g-eques ne Ts permet pas d'exclure absolument c.tte dermere hypothèse mais nous sommes plutôt porté a croire que Platon Itrgl. de toutes pièces la légende de l' At antide , en s inspirant des fables qui avaient cours en ^-^ ^/^J^/, peuples exotiques «, de ce qu'on savait en ce temps-la sur

, 1. . ,..,„ Q On peut, il est vrai, relever une autre

1 Voir plus haut, p. 24.\ n. i. ' "1 accessoire du récit de Platon :

analogie, -- ^-i "c porte^ue su. u det d ^^^^^^^ ^,^ ^ ,3 ^ .,, ^.^,

la prétendue parente des baltes et de. A ( obablement IVuvre

Keu^rrn::iSr;\ra"^ti1 Jul sousl no. de Théopo.p.

Ç:CSj.h^.t. M^ N.' 1^:47. 1^92. p. 3B1-383,, ,u. me toute analogie

entre les deux fables. R„,.,.n aorcs une étude détaillée de«

. Telle est aussi la conclusion de R'^-^^"' 7;'%7 246-253). «ources de l'Atlantide (Tl.^e .. CnUas ée P. P^3 1 246^^^ 1^ ^^^^^^^

* '-'■ '^T' P^'fet S^aTus plur Z'déle. dans sa peinture du port et de. ment pris le Piree et S> racuse pou p. 42-44 suppose

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tremblements de terre et les phénomènes analogues ^, de son propre plan de cité idéale ^, et surtout des guerres médiques. Car l'Athènes que célèbre Critias se voit menacée, comme celle du v® siècle, par l'armée puissante d'une luition bar-

1 II est étrani^e qu'à |)ro;)OS de rAllanfi«Ie, on n'ait, du moins à notre connaissance, jamais son^c à rappeler la disi)arition d'ifélik»'', une ville du Péloponèse. (^et événement nous est connu par les descriptions ou les allusions d'un grand nombre d'auteurs anciens : Théophraste («Taprès Philon), Polybe, Diodore, Strabon, l'auteur du Utp\ xôaaoj attribué à Aristote, Pausanias, Klien, Proclus, Ovide, Sénèque, Pline, auxquels il faut joindre Aristote, bien qu'il ne cite aucun nom de ville, mais parle seulement d'un tremblement de terre et d'un cataclysme survenus en Acliaïe {Meteorol. 1, 6, 343 b 1-3 ; II, 8, 368 b G-12). lléliké — ainsi (lu'une ville voisine, Houra, d'après la plupart des auteurs, et une troisième ville, du nom d'Aegeira, mentionnée par Théopbraste — fut engloutie au cours d'un tremblement de terre, ([ui provocjua un alîaissement de la côte et un raz de marée. (CF. Pauly-Wissowa, R.-E. art. « Ilelike ».) Platon, qui était âgé de 55 ans à l'époque de la catastropbe, en 373/372, n'a pu manquer d'en avoir connaissance ; et comme le Tirnée et le Critias ont été écrits bien des années plus tard (après le troisième voyage en Sicile, soit aju'ès 360), il nous paraît certain que le jdiilosopbe a transposé dans la fiction un fait réel, car le fléau qui s'abattit sur lléliké a dû être, toutes proportions gardées, identi([ue à celui qui extermine les Atlantes (cf. Tint, 25 c-d :

rsi'.^^Lwi È^a'.7'o>v /.al xoiTa/.Xujawv vivoaivtuv,... r, 'A-:Xav:U vf,joç xarà

xf,; OaXa'TTf,; o'jTa t/vIvÎtO/,). — ■ Signalons également <[ue, parlant de cataclysmes, Théophraste (Diels, /Jo.r. Gv. fr. 12, p. 48Î), 1. 24-p. 490, 1. 0) cite, outre l'Atlantide de Platon et la catastropbe dont nous venons de parler, la séparation de la Sicile primitivement rattacbée au continent, Tbéopbraste est d'un demi-siècle j)ostérieur à Platon, mais la tradition qu'il rapporte peut être beaucoup plus ancienne. D'autre part, Aristote {Meteorol. 11, 1, 354 a 22, et ap. Procl. In Plat. Tini. eonmient. Diehl, 58 b-c) croyait à l'existence de bas-fonds vaseux dans la mer extérieure, à l'issue du détroit des Colonnes d'Hercule. Tirait-il cette opinion de Tim. 25 d et Criti. 108 e-100 a (en ce cas, ce serait runi([ue allusion à l'Atlantide que l'on connaisse de lui), ou d'une autre source ? (^est ce quil est impossible de dire avec certitude. - Voir plus bas, p. 285.

^ La population de cette Athènes préhistorique est répartie en classes (Tim. 24 a-b ; Criti. 110 c-d, 112 a-e) ; les guerriers ne possèdent rien en propre et vivent en commun {Criti, loc. cit.) ; enfin les femmes de cette classe participent aux travaux des hommes {Criti. 110 b-c) : autant <lc traits qui rai)pellent le plan de la République et le résumé que Platon en donne au début du Tirnée. D'ailleurs, l'auteur lui-même nous invite à faire ce rapprochement {Tim. 25 e ; Criti. 110 d). Il faut remarquer que si nous en croyons la Constitution des Athéniens d'AnisTOTK (éd. Blass- Thalheim, fr. 5), la séparation des artisans et des cultivateurs aurait réellement existé en Attique avant la réforme de Clisthène.

bare ; et ses citoyens ont devant l'envabisseur la même attitude courageuse que les héros de Marathon : malgré leur infériorité numérique et la défection de leurs alliés, ils acceptent la lutte, et vainquent les Atlantes, épargnant ainsi une odieuse servitude, non seulement à leur cité, mais à tous les peuples méditerranéens ^.

9. Mythes eschatologiques. — A part les juges des morts du Gorgias ^, les fleuves infernaux du Phédon et divers personnages homériques qui servent de figurants, les mythes eschatologiques ne doivent presque rien à la mythologie courante. Et il n'y a pas lieu de s'en étonner, car les mythes de cette sorte ont pour objet la destinée supraterrestre de l'âme immortelle. Or la mythologie pour ainsi dire officielle des Grecs, celle d'Homère et d'Hésiode que Platon critique si durement dans la République, est l'expression d'une société qui ne concevait rien d'autre, après la dissolution du corps, que la vie diminuée et inconsistante de

1 Tim. 25 b-c, à rapprocher de Mene.v. 239 c-242 a, et Le^g. 698 b- (;<J9 d. — Cette analogie a été déjà signalée i)ar Suskmihl (P/a<. Phil. II, p. 486-488), qui relève aussi des ressemblances entre les chars de guerre des Atlantes {Criti. 119 a) et ceux dont se servaient les Perses, entre les membres de la famille royale qui gouvernent chacun une partie du pays {Criti. 113 e-114 c) et les satrapes, enfin entre la citadelle de l'Atlantide, avec ses nombreuses enceintes concentriques {Criti. 115 d-116 c) et Ecbatane telle qu'elle est décrite par Hérodoti: (I, 98). Cf. aussi Tavlor, Plato, p. 439 sq., et Comment, on PL Tim. p. 50 sq. : Friedlander, Platon, 1, p. 232-235, 273-275. — Ces analogies sont trop manifestes et trop précises pour pouvoir être contestées, comme l'a tenté Ki:rn {Zu lier plat. Atlantissage, Arch. fur Gesch. der Phil. 2, 1889, p. 175-179). Mais rien n'empêche d'admettre, avec Kern, que Platon s'est m of//r<? inspiré de la guerre mythologique entre Athènes sous le règne d'Erechthée et Eleusis sous le command'ement d'Eumoli)US, guerre à laquelle Platon lui-même fait allusioji dans un autre dialogue {Mene.r. 239 b ; cf. Isocr. Or. XII, Panath, 193, et Thuc. II, 15, 1), et qui, elle aussi, met aux prises Athéna et Poséidon, car ce dieu est le père d'Eumolpus comme il est l'ancêtre des rois Atlantes. « Encore Minos, dans O^/. XI, 568-571, n'est-il qu'un juge chargé de régler les différends qui peuvent surgir entre les morts, et non pas, comme dans le Gorgias (où Platon cite justeriient le vers 569 en le détournant de son sens), et même dans Apol. 41 a (voir plus haut, p. 1 40, n. 3), de se prononcer sur les actions commises durant la vie terrestre.

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