‹ Les nains et les géantsChapitre 17 sur 46 · Les Médailleurs de la Renaissance · texte numérisé non relu

Les Médailleurs de la Renaissance

les deux lyons avec des chaînes d'argent bien fortes chaque costé.

« Auprès avoit de ce perron De chacun costé un lyon, Un nain dedans le pavillon Qui l'escu là pendu gardoit....^ »

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Le successeur de Triboulet fut sans doute un nain nommé Phélippe ou Phélippot que l'on trouve sur YÉtat des dépenses de 1476 et auquel le roi René accordait une gratification à Pâques « pour soy confesser et soy ordonner ».

Les nains étaient communs également à la cour de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne; aux fêtes brillantes qui furent données lors de son mariage on vit paraître un nain qui menait un géant enchaîné, et la naine de sa sœur, désignée sous le nom de Dame Beaiigran^ parut à ces mêmes fêtes habillée en bergère.

Au seizième siècle les documents abondent, sans être pour cela très explicites. D'après le témoignage de Biaise de Vigenère, dont nous parlerons plus loin, François P" avait un nain « des plus petits qui se put voir » et que l'on appelait Grandjean, et son épouse, la reine Claude de France, celle que ses contemporains avaient surnommée la bonne Reine, possédait une naine qui s'appelait Marie Darcille ou Dareille, dont il est fait mention dans les extraits des Comptes de dépenses de François P% publi(5^ dans les Archives curieuses de Vhistoire de France (I""^ série., t. III) : « Décembre 1529.... à Marie Dareille, nayne de la feue Royne, xli liv. t. » La princesse Charlotte, leur fdle, morte le 8 septembre 1524, avait également une naine à laquelle on semble avoir conservé pendant de longues années l'affection que sa jeune maî- Iresse lui portait; on trouve, en effet, dans les comptes de 1553, c'est-à-dire neuf ans après la mort de la prin-

1 . De Qi'ATREbARBEs, Œuvi'es complètes du roi René, 1. 1", p, XXYIl.

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cesse, la curieuse mention suivante : « Don à la petite nayne de feue Mademoiselle de la somme de cent escus d'or soleil pour luy aider à se marier. »

Catherine de Médicis ava^t une prédilection marquée pour les nains. En 1545, alors qu'elle n'était que Daupliine, elle donnait à la naine de la reine de Hongrie qui avait accompagné sa maîtresse en France « une robe de toile d'or doublée de taffetas blanc et bordée d'une tresse d'argent ». En 1556, il y avait à la cour trois nains au moins : Merville, qui semble avoir appartenu ^lus spécialement à Henri II et auquel on donna alors un trousseau complet et les deux nains de Catherine, Bezon et Augustin Romanesque; ces deux derniers nous paraissent avoir été des personnages assez importants puisque l'un, Bezon, avait pour gouverneur un moine, de très petite taille lui-même, et que les comptes de l'Argenterie nomment le petit Nonneton, et que le second, le petit Romanesque, « eut, cette même année, un superbe habillement des couleurs grise et jaune et d'un quart de velours gris et un haut bonnet à la turque dont le rebras (la partie retroussée) était de panne de soie jaune » . Merville, qui vivait encore en 1558, était passé au service de la reine et avait également un gouverneur, Richard Hubert, dit Noblesse. Il est fait mention de ce nain dans les comptes du mois de septembre 1558 : « A Marville (szc), nain de la Royne pour faire sa despence au deuant du Roy où ladicte dame l'enuoya, 50 sols tournois. » En 1559, Romanesque avait pour lui tenir compagnie un jeune garçon nommé Hannibal et tous les deux étaient sous la direction de Mauguichon qui leur servait de gouverneur. Ce Romanesque était assez riche pour pouvoir prêter de l'argent (14: liv. tournois) à « celui qui avoit la charge du grand léopard du roi, à Saint-Germain ». Il se les fit rembourser, ud reste, en 15tj0 et sut en même temps se faire donner par le Roi « 69 liv. tournois pour avoir ung cheval pour suivre ordinairement

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ledicl seigneur )). 11 mourut ou quitta la cour, dans le courant de cette même année 1560, puisque, au commencement de 1561, on ne trouve plus qu'un nain dans les comptes de la maison du Roi, le petit La Roche, qui, lui aussi, avait un cheval qui figure dans la nomenclature des chevaux de l'écurie de la reine-mére en 1561. Il accompagna sa maîtresse dans le voyage qu'elle fit à Orléans après l'assassinat du duc de Guise en 1565; la reine avait à sa suite dix pages, plus La Roche « qui comptait comme onzième » et parmi les choses que ces onze serviteurs emportèrent dans ce voyage, on voit figurer « unze paires d'Heures » ce qui prouve que le nain, aussi bien que les pages, savait lire.

Les fils de Catherine de Médicis paraissent avoir partagé avec leur mère ce goût pour les nains; dans un tournoi que Charles IX donna en 1565, il fit paraître son nain en compagnie de Montagne, nain de la reine d'Espagne, et Henri III en 1577 entretenait Jeaii de Crésoqui, dit Dominé et don Diego de Portugal. Leur prédilection pour ces petits êtres était tellement connue que les souverains étrangers leur en envoyaient en présents. En 1572, le roi de Pologne, Sigismond-Auguste, donna à Charles IX quatre nains lui qui furent amenés et présentés par Grégoire le Blanc « vallet de chambre de la sœur du roi de Pollongne )) auquel on fit remettre comme récompense cent vingt livres tournois. Un mois après Claude La Loue vint en France accompagné de trois autres nains, également polonais, qu'il offrit au roi de la part de l'empereur d'Allemagne, Maximilien H. Ainsi dans cette seule année 1 572, sept nains vinrent augmenter le personnel lilliputien de la cour de France, et, ce qui est assez singulier, c'est que ces nains étaient tous d'origine polonaise; en 1556, du reste, Catherine de Médicis avait déjà reçu en présent du roi de Pologne, deux nains que les documents désignent sous les noms du Grand Pollacre et du Petit nain PoUacre ou Petit nain Pollaçon. Il semble que la Pologne

ait eu, à cette époque, le triste privilège de produire une assez grande quantité de nains ,et, si nous en croyons Camerarius, que nous avons déjà eu occasion de citer, ces nains étaient assez vigoureux et ne devaient pas manquer d'un certain amour-propre : « Nous avons veu, dit-il S des nains amenez de Pologne en France, fort petits, mais courageux et robustes à merveilles, l'ay entendu de gens dignes de foy, qu'es dernières guerres de France se trouva un nain Polonois, Capitaine de gens de pieds, homme merveilleusement adroit à tirer harquebuzades : lequel outre plus se vantoit, si l'on vouloil fournir aux frais nécessaires, d'avoir le moyen de faire levée et dresser une compagnie complette de nains Polonois tous braves arquebuziers et de les amener en France. »

Les nains qui figuraient à la cour n'étaient cependant pas tous étrangers, et parmi eux, il y en avait qui étaient parfaitement français, malgré les costumes dont on les affublait pour leur donner une apparence exotique. Ce que dit Louis Guyon à ce sujet ne laisse au • cun doute : « Catherine de Médicis, Royne de France, de mon temps, avoit trois^ masles et trois femelles de ces nains que l'on avoit mariez ensemble, mais il n'en sortit aucune lignée : ie les ay veu souvent danser en rond, voltes et gaillardes : et les gens de ladite dame voyans beaucoup de personnes admirer la petitesse de ces créatures (car le plus grand d'iceux n'excédoit la hauteur de deux pieds et demy) donnnoyent à entendre qu'elle les avoit recouvers à grands frais du pays des Pygmées, par le moyen d'aucuns AUemans; mais i'ay bien sceu le contraire parce qu'il y avoit un qui estoit de Sancerre, l'autre Breton, l'autre Normand, et ainsi des femelles ^ et avoient

1. Us Méditations historiques de M. Philippe Camerarids, tournez du latin en françois par S. G. S. — Lyon, 1610, 5* vol. I, p. 544.

2. Biaise de Vigenère (loc. cit.) cite également « vne fille de Normandie, qui estoit à la Reyne, mère de nos l\oys (Catherine de

tous esté ramassez dedans l'enclos du Roïaume de France^ »

^■Nous n'avons aucune relation détaillée du mariage des trains dont il est ici question : les Mémoires du temps que nous avons consultés sont muets sur ce sujet, mais le fait paraît néanmoins bien certain. Outre l'affirmation de Louis Guyon, nous en trouverions une preuve dans un dessin de Du Moustier que possédait la Bibliothèque Sainte- Geneviève et que M. Jal a cité dans son article sur les Du Moustier.... « C'est, dit-il, un croquis bistré et rehaussé de blanc. Deux Du Moustier y figurent à côté de Catherine deMédicis, de Mme de Sauves et de deux petits personnages en costume de cérémonie dont la présence ne paraît pas avoir étonné les curieux qui ont connu l'esquisse dont je parle. Ils ne sont autres qu'un des nains de la reine et sa future, une naine, dont Catherine va signer le contrat de mariage, avec une plume, que lui présente un jeune homme en manteau court.... Au bas du dessin était écrite à l'encre une ligne presque entièrement effacée par le temps, mais où l'on peut lire cependant : « Le lia in cV... ».

Les Comptes de la maison du Roi font, du reste, à plusieurs reprises, mention des naines de Catherine de Médicis. En 1559 nous trouvons : « dix-huit aulnes de toiles de lin pour faire trois paires de linceuls (draps) pour servir au lict de la nayne; » en 1579 : « pour la façon de trois fraises pour servir aux naynes de ladite dame tloyne... », et nous savons en outre que Yves Bourdin, variât des Naynes, recevait à titre de gages cinquante écus par an.

En 1578 et 1579, Catherine avait encore cinq nains dont les noms nous ont été conservés et qui étaient :

Médicis) laquelle en l'aage de sept à huict ans n'arrivoit pas à dix huit poncées (0,56) ».

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