Les diverses leçons de Louys Gdyon. Loc. cit
Merlin, Maudricart, Pélavine, Rodomojit et Majoski ou plutôt Majoskij. Ce dernier pour lequel on paraît avoir eu des soins tout particuliers était en pension chez Adam Charles qui recevait pour les soins qu'il lui donnait et pour son entretien une somme de « cinquante escus sols ». Il suivait également les cours d'un collège. On trouve en effet dans les Archives curieuses la mention suivante : « A Adam Charles, maistre écrivain demeurant à Paris, la somme de trente-cinq escus pour la pension du petit Majoski, naynde ladite dame pendant le mois de octobre, novembre et décembre, et pour menues parties fournies pour l'entretien dudit Majosky, tant en habillement, livres, papiers, plumes et ancre (sic), que à son régent au collège, la somme de trente livres tournois. » Ces nains avaient en outre un gouverneur, Noël Cochon, qui recevait par an cinquante-trois escus de gage, et un tailleur spécialement attaché à leurs petites personnes ainsi qu'il ressort d'un payement fait à la date de 1585 : t( Pour ilondeau, tailleur des nayns, tant pour ses gaiges, façons d'habits, que fourniment de fil, de soie à couldre, et toutes aultres de doubleures qui ne sont pas de soie, LXVI liv. t. »( Arch. curieuses.)
Jusqu'à la fin de sa vie, Catherine de Médicis parait avoir conservé ce goût si prononcé pour les nains. En 1558 elle avait auprès d'elle une naine dont le nom est inconnu, mais dont la présence se trouve constatée dans le Mémoire particulier de ce qui se passa à Paris au jour des Barricades (Bibl. nat. Manuscrits Dupuis, n° 47, fol. 2.) : (( Le bruit aussy tost alla partout que M. de Guyse estoit arrivé et continuant son chemin vint descendre à l'hostel de la Royne-Mère, laquelle advertie par sa nayne, qui d'aventure regardoit par la fenestre que M. de Guyse estoit à la porte, ne voulut croire, disant qu'il falloit bailler le fouet à ceste Nayne qui mentoit; mais à l'instant elle cogneut que la nayne disoit vray. »
LES iNALNS
Callierine avait sans doute apporté d'Italie cette affection exagérée qu'elle portait aux nains. Dans l'Italie du quinzième et du seizième siècle, en effet, les nains
3^ del'
■Pig. 13. — Fragment d'une fresque de Mantcgna représentant Louis XIlI de Gonzague, duc de Manloue, entouré ds sa famille et des principaux personnages de sa cour.
furent très à la mode ; à défaut d'autres preuves nous en aurions pour témoins la quantité considérable de nains qui se trouvent dans les œuvres des peintres et des gra-
veurs les plus célèbres de l'époque. Raphaël a mis des nains dans les Histoires de Constantin; il en existe un très beau dans les superbes carions de Mantegna, qui sont à Hampton-Court et qui représentent le triomphe de César et on en trouve un grand nombre dans les tableaux de Véronèse et dans ceux du Dominiquin, notamment dans la suite de l'empereur Othon, à Grotta Ferrata; Jean Stradan qui, bien que né à Bruges, peut être considéré jusqu'à un certain point comme appartenant à l'école italienne puisqu'il passa presque toute son existence à Florence où il mourut en 1604, a fait entrer des nains dans beaucoup de ses compositions, surtout dans celles qui étaient destinées à la gravure.
Presque tous ces nains, il faut bien le dire, sont courts, laids et difformes, et l'on s'explique difficilement que les Italiens du seizième siècle, au goût artistique si pur et si élevé, aient pu admettre dans leur domesticité et rechercher autant qu'ils paraissent l'avoir fait ces spécimens peu brillants de l'espèce humaine. Beaucoup de grands seigneurs, cependant, en avaient constamment autour d'eux, et Biaise de Yigenère, que nous avons déjà cité, nous raconte, dans ses Annotations des tableaux de Philostrate (^. 485), qu'il en a vu plusieurs pendant son séjour en Italie : « Je me souviens, dit-il, de m'estre trouvé en 1566 à Rome, en un banquet du feu cardinal de Vitelli, où nous fusmes tous servis par des nains iusques au nombre de trentre-quatre, de fort petite stature, mais la plupart contrefaits et difformes. »
En 1592 on présenta au duc de Parme, qui l'attacha à sa personne, Jean Etrix^ de Mechlin, qui était alors âgé de trente-cinq ans, avait une grande et belle barbe, et dont la hauteur ne dépassait pas trois pieds. Quoique bien conformé et marchant assez facilement, ce petit homme ne pouvait pas monter les escaliers, ni rester assis, et un domestique, chargé de le porter, l'accompagnait toujours. Il avait une intelligence très développée,
parlai
parlait trois langues, était instruit, ingénieux et très in-
I^duslrieux.
^Bi II existe encore dans l'ancien Palais ducal, à Mantoue, ^^ix appartements microscopiques communiquant les uns avec les autres et que l'on dit avoir été construits par un duc dont nous ignorons le nom, pour servir de logement à ses nains ; ils ont à peine six pieds de hauteur et à peu près huit de surface. Aujourd'hui ils sont complètement abandonnés, les murs sont nus, les portes manquent et les meubles ont été enlevés il y a longtemps; il ne reste plus qu'une sorte d'escabeau à marches qui se trouve dans la cuisine; on accède. à ces appartements par un ou deux escaliers dont les marches sont en rapport avec les petites dimensions des appartements. La passion des grands pour les nains fut poussée à un tel point en Italie que l'on chercha à s'en procurer pour ainsi dire artificiellement, c'est-à-dire à empêcher des enfants de grandir, non pas comme autrefois, dans l'ancienne Rome, par les moyens mécaniques que nous avons signalés plus haut, mais à l'aide de certains onguents. Quelque invraisemblable que cela paraisse, nous en avons trouvé la preuve dans un recueil scientifique du dix-septième siècle, recueil grave, sérieux et auquel les plus célèbres médecins de l'époque envoyaient leurs observations*. Nous traduisons littéralement l'observation lxxix, publiée par le docteur J. Wenceslas Dobrzensky, di Nigroponte, sous le titre Artificialis Pygmœorum efformatio : « Notre Esculape de Prague, qui heureusement vit encore, le docteur Joannes Marcus MarciâKronland, philosophe, mathématicien et médecin des plus célèbres, entre autres sujets dont il m'entretint à son retour d'Italie, me raconta qu'il avait été consulté par un religieux (à viro religioso), afin de savoir si le moyen dont on se servait
i. Miscellanea curiosa ntedico-physica academiœ naturœ curiosorum, etc. — Lipsite, anno 1670, pet. in.-4".
108 NAINS ET (JKANTS
pour faire des nains était naturel ou inventé par le démon, ennemi du genre humain, afin d'avilir ainsi la figure humaine. II connaissait, en effet, un homme pauvre, qui avait coutume, le jour même de la naissance de ses enfants, de leur enduire l'épine dorsale et les articulations d'un certain onguent dont il avait la recette; il répétait cette opération jusqu'à ce que la moelle épiniére fût desséchée et les linéaments assez durcis pour empêcher la croissance; de cette façon les enfants restaient nains et en les offrant gracieusement aux grands seigneurs il se conciliait leurs bonnes grâces en même temps qu'il y trouvait un grand profit. Cet onguent était composé, disait-il, d'un triple mélange de la graisse des plus petits animaux de la création, tels que les loirs, les chauves-souris, les taupes, etc. » Nous donnons cette recette aux fabricants de phénomènes^ telle que nous l'avons découverte, en avouant humblement que notre science médicale ne nous permet pas d'en garantir l'efficacité.
La mode des nains au seizième siècle n'était pas particulière à la France et à l'Italie; nous la trouvons dans beaucoup d'autres contrées de l'Europe, surtout en Angleterre et en Espagne.
L'Angleterre semble, du reste, avoir été de tout temps le pays privilégié des nains; nulle part on ne les a autant choyés ni entourés de plus de soins, on pourrait presque dire de considération. Tom Ponce (Tom-Thumh), le nain légendaire de l'Angleterre, descendait comme notre petit Poucet de la Scandinavie ; c'est le même que le Thaumliny Tamlane ou Tommel Finger (Tom-Doigt) qui, sous différents caractères, figure dans les légendes du Nord. Mais en Angleterre il s'est mêlé à la légende une sorte de tradition historique qui l'a un peu modifiée. Tom Pouce comptait, dit-on, parmi le meilleur des chevaliers de la Tahle-Ronde, ainsi que le dit une ancienne pièce de vers intitulée Tom Pouce, m vie et sa mort : « Tom
Pouce vivait à la cour du roi Arthur ; c'était un homme d'une grande vaillance et le meilleur de toute la Table- Ronde; c'était même un chevalier redoutable, et cependant sa taille n'était que d'un pouce, ou du quart d'un empan*; ne croyez- vous pas en conséquence, que ce petit chevalier a prouvé qu'il était homme de beaucoup de courage?... » Suivant une croyance populaire, Tom Pouce mourut à Lincoln, une des cinq cités danoises de la Grande-Bretagne, et dans un ancien couvent de cette ville on montrait aux visiteurs crédules une petite dalle en granit bleu, sur laquelle se trouvait une inscription indéchiffrable, et que l'on faisait passer pour sa tombe ; cette pierre a disparu lors des bouleversements nécessités par des constructions qui datent d'une époque relativement moderne. Fielding, qui était presque un géant (sa taille dépassait six pieds), s'était pris d'une vive affection pour la légende du petit Tom Pouce et, en 1750, avait écrit sur ce sujet une tragédie qu'il remania plus tard, à laquelle il donna de plus grands développements et qu'il appela Tragédie des Tragédies ou la vie et la mort de Tom Pouce le Grand^.
Plusieurs rois d'Angleterre, au moyen âge, eurent, diton, des nains; mais nous n'avons rien trouvé de bien certain à cet égard et nous n'oserions l'affirmer. Le premier nain dont il soit fait mention est John Jervis qui était page d'honneur de la reine Marie. Granger qui en a parlé dans son Biogrdphical Dictionary, dit de lui : « Le portrait de ce petit personnage nous a été conservé dans une statue, admirablement sculptée en chêne et peinte en couleurs naturelles. Tout ce que l'on sait de son histoire c'est qu'il avait trois pieds huit pouces de hauteur et qu'il était attaché à la reine Marie en qualité de page
1. Span, espace compris entre le pouce et le bout du petit doigt écartés.
2. The Tragedyof Tragédies, or thehife and Dealh ofTom Thumh the Great.
d'honneur. Il mourut en 1558 âgé de cinquante-sept ans, ainsi que l'indique l'inscription peinte sur le socle de sa statue, aujourd'hui (1824) en possession de George Walker, esquire. »
La reine Elisabeth avait, elle aussi, une naine, et parmi les cadeaux qu'elle fit, à Greenwich, à l'occasion du premier de l'an en 1584, figurent « pour Mistress Tomysen, la naine, deux onces de vaisselle dorée ».
Mais c'est surtout au dix-septième siècle que nous trouverons en Angleterre des nains dont nous parlerons plus loin, et dont deux, entre autres, ont acquis une certaine célébrité.
Les rois d'Espagne paraissent avoir eu également une grande affection pour les nains. Nous savons par le tableau de François ïorbido* qui fait partie de la galerie du Louvre, que Charles-Quint en possédait un nommé Corneille de Lithuanie; il est représenté dans ce tableau avec une armure de chevalier et la main gauche appuyée sur un gros chien qui sert ainsi à donner par comparaison une idée approximative de la taille de son petit compagnon. Les Mémoires manuscrits de Van de Nesse analysés par le baron de Reiffenberg dans le huitième volume des Nouveaux Me'moires de V Académie royale de Bruxelles rapportent que « le dimanche 1" jour de février 1545, à Bruxelles, fut faicte une jouste en court... où le deuxième prix fut donné au nain de Sa Majesté pour avoir esté le premier sur les rangs et le plus gallant ». Ce nain est nommé dans les états de la cour de Charles- Quint pour les années 1547 et 1548.
Vélasquez a peint un grand nombre de nains qui tous figuraient à la cour d'Espagne ; un de ses plus beaux tableaux, aujourd'hui au Musée de Madrid, représente l'infante Marguerite, avec son nain et sa naine, Nicolasino Pertusano et Maria Borbola; un autre portrait de cette
1 . Ce tableau a été pendant longtemps attribué à Antonio Moro.
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Fig, 1 ', — Don Antonio el Inglès, d'après Velasquez
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LES NAINS u;
Iirnière, également attribué à Vélasquez, se trouve au usée d'Auch; la naine Barbola y est représentée de face, de grandeur naturelle et tenant un petit chien sur son bras droit; ses cheveux tombent dans toute leur longueur; elle est vêtue d'un corsage vert à basques et d'une jupe noire; elle est affreusement laide et on s'explique difficilement, en voyant son portrait, comment des femmes jeunes et belles ont pu s'entourer de pareils petits monstres, à moins que ce ne soit — pour employer un terme de peintre — afin de leur servir de repoussoh'.
Nous avons vu plus haut que la reine de Hongrie, était, elle aussi, accompagnée d'une naine quand elle vint en France en 1543, et nous trouvons dans l'histoire du Danemark un fait qui prouve que la mode des nains était générale dans les cours d'Europe. Lorsque, en 1542, le roi Christian II, ce prince dont les incontestables qualités disparaissent sous des actes de cruauté tels qu'ils lui ont valu d'être appelé le Néron du Nord, tomba entre les mains de son ennemi, Frédéric I•'^ on l'enferma au château de Sondeborg, dans une chambre dont on mura la porte en laissant seulement l'étroite ouverture nécessaire pour faire passer les aliments et qui n'était éclairée que par une petite fenêtre à larges barreaux de fer. Il n'eut pour tout compagnon de sa misère que son nain favori, dont nous regrettons de ne pas savoir le nom, et qui consentit avec un dévouement que l'on ne saurait trop admirer, à partager la dure captivité de son maître.
Après un certain temps, Christian engagea son nain à simuler une maladie et à demander à quitter la prison afin de pouvoir recouvrer la santé, le priant, en cas de réussite, de faire tous ses efforts pour se rendre en Suède oîi il croyait avoir encore des partisans. Le dévoué serviteur obéit, et son stratagème eut d'abord un plein succès; il fut mis en liberté; mais on le surveillait, et au mo-
ment où il allait quitter le territoire du Danemark, il fut pris et remis en prison.
Au dix-septième siècle nous trouvons encore en Franco un certain nombre de nains ; Henri IV en possédait trois qui sont restés pendant un assez long temps à la cour et qui figurent sur les comptes de 1599 à 1623; c'étaient Albert de Xanica — un Espagnol dont le nom est quelquefois transformé en Albert de Janiche, — Merlin et Marin Noël qui, en 1599 reçurent chacun, 100 livres tournois et 300 en 1623; Marin Noël est porté sur les comptes de celte dernière année comme « nain huissier du cabinet du Roy ». La reine avait également pour huissier de son cabinet un nain, nommé Jean Manderon, dit Mandricart ; peut-être ce Mandricart est-il celui que nous avons déjà signalé parmi les cinq nains qui appartenaient à Catherine de Médicis en 1579; dans ce cas il ne devait plus être jeune; nous ne supposons pas cependant que ce soit son fils, puisque tous les exemples de nains qui se sont mariés et ont eu des enfants s'accordent pour nous montrer ces enfants comme étant d'une taille normale ou tout au moins de beaucoup supérieure à celle de leurs pères. Marin Noël vivait encore en 1642. Anne d'Autriche avait également, en cette même année 1642, un nain nommé Baltliazar Pinson qui figure ainsi sur l'état de 1644 « Louis Pinson, dit Balthazar » ; on le trouve encore sur les registres de 1650 et de 1656, mais il était alors nain « ad honores » et ne recevait pas de gages. 11 avait eu pour compagnon Roger Noël qui, à sa mort, ne fut pas remplacé comme nain en titre d'office, et à la place duquel on entretint un huissier des ballets. Quand Balthazar mourut en 1662, la charge de nains fut définitivement abolie et il y eut alors deux huissiers des ballets, Jean Brunet et Pierre Pièche. Cependant on en trouve encore un, Lutel, qui figure sur les comptes de 1664 à 1668, mais ce fut, au moins à la cour de France , le dernier de ces petits
personnages que les rois entretenaient à côté de leurs bouffons et sur lesquels nous regrettons de n'avoir pu trouver d'autres renseignements malgré toutes nos recherciies*.
Les princes du sang et les courtisans suivaient l'exemple qui leur était donné par le souverain; c'est ainsi que Henri de Bourbon, prince de Condé (le père du Grand Condé), avait un nain nommé Jean Verjus, né à la Charitésur-Loire dans les premières années du dix-septième siècle et qui mourut rue du Bac, au Dauphin, le 13 juin 1658, à l'âge de cinquante-six ans; il est porté sur les registres de la paroisse Saint-Sulpice comme « nain de Monseigneur le prince de Condé ».
On trouve sur les registres de la même paroisse le nom de « Don Pedro, nain du marquis de Boufflers (Joseph- Marie), alors général des Dragons » mort le « 29 avril 1680, rue de l'Université, à l'hôtel dudit seigneur, âgé d'environ trente-six ans ».
Les ecclésiastiques eux-mêmes possédaient des nains. Artus de Lionne, qui fut depuis évêque de Gap et vicaire apostolique en Chine, avait parmi ses domestiques un nain qui fut enterré à Saint-Germain-l'Auxerrois : « Jacob, surnommé le nain de M. Vabhé de Lyonne. » 11 mourut âgé de quarante ans, à une heure après minuit, le 6 octobre 1682, aux Grandes-Écuries du roi.
Marie-Thérèse, fille de Philippe VI, roi d'Espagne, avait
1. On raconte, toutefois, mais nous n'en avons aucune preuve réelle, que Louis XIV avait fait venir de Bretagne un nain âgé du trente-cinq ans et qui n'avait que quatorze pouces de hauteur (à peine quarante centimètres). C'est pour lui qu'auraient été faits les vers suivants :
« Non je ne me plains pas de ce que la nature
M'a fait de petite stature;
C'estun honneur pour moi qui partout retentit.
Je n'aurois pas la gloire sans seconde
D'être au plus grand homme du monde
Si je n'étois le plus petit. »
116 MINS ET GEANTS
amené de son pays lorsqu'elle épousa Louis XIY, un certain nombre de femmes qui lui étaient fort attachées et parmi lesquelles figurait une naine. Mademoiselle de Montpensier, Anne-Marie-I.ouise d'Orléans, si connue dans l'histoire du dix-septième siècle sous le nom de Mademoiselle, nous en parle dans ses Mémoires : « La reine, dit-elle, avait aussi amené une naine qui était une monstrueuse créature ; il y en a pourtant quelquefois de jolies, j'en ai eu plusieurs qui l'étaient fort*. »
C'est sans doute parmi ces dernières qu'il faut ranger celle dont Loret nous a conservé le souvenir dans sa Gazette^ à la date du 15 février 1655. Nos lecteurs nous sauront gré de reproduire ici ces vers amusants dans leur exagération, mais qui prouvent bien que la petite merveille dont il est question était loin de ressembler à la monstrueuse créature de la Reine :
« Ces jours passez vint à mourir (Sans que rien la put secourir), Une mignonne incomparable.
Qui passoil pour choze admirable.
Qui l'on alloit voir tour à tour Et que jadis (mesme) à la Cour On ne voyoit qu'avec merveille Personne enfin de grand renom.
Étoit-ce une baronne? Non.
Une marquize, une duchesse,
\ . Mémoires de mademoiselle de Montpensier, fille de Gaston d Orléans, frère de Louis XIII, roi de France. — 8 vol. in-12. Amsterdam, MDCCXXXV (t VII, p, 10).
2. Loret (Jean), né à Carentan, se distingua par son esprit et sa facilité à faire des vers ; il commença au mois de mai 16oG uiio Gazette Rimée qu'il adressait chaque semaine à mademoiselle de Longueville, devenue plus tard princesse de Nemours, et qu'il continua jusqu'au 28 mars 1664 : c'est le document le plus original, le plus complet et certainement le plus sincère que nous aient laissé les auteurs contemporains sur les quinze premières années du règne de Louis XIV. Les vers de- Loret, bien que peu poétiques, sont faciles, spirituels, naïfs et quelquefois même burlesques, mais toujours pleins de bon sens et empreints de respect pour la vérité.
Une comtesse ou vicomtesse?
Elle n'éloit rien de cela.
Que diable étoit celle-là?
C'étoit (ô fortune cruelle !)
La naine de Mademoizelle,
Dont le très-chétif petit corps
Est maintenant au rang des morts.
Jamais près de Roi ny de Prince
On ne vid de naine si mince.
Quand une puce la mordoit
Et qu'icelle se défendoit,
La puce, pour finir la guerre,
La metoit aizément par terre,
Et la moindre haleine du vent
La iaizoit tomber bieii souvent.
Enfin elle étoit si petite
(Quoy qu'aucunement favorite)
Que dans un petit balancier*
De cuivre, d'airain ou d'acier,
Étant par plaizir un jour mise
Avec robe, jupe et chemize
Et de plus sa coiffure encor
Tout ne pezoit qu'un louis d'or.
Or, en faveur de la princesse Qui fut son illustre maîtresse J'ai fait ce huitain, laid ou beau Pour être mis sur son tombeau :
« Dans cette fosse souterraine
Git une naine plus que naine;
Mais j'ay tort de parler ainsi :
Elle n'est plus gizante icy.
Ce tombeau rien d'elle n'enserre,
Car deux très-petits vers de terre
En firent un maigre repas
Le propre jour de son trépas. »
Il est regrettable qu'aucun artiste du temps ne nous ait conservé les traits de cette mignonne incomparable à