‹ Les nains et les géantsChapitre 3 sur 46 · Journal des Savants, février · texte numérisé non relu

Journal des Savants, février

Nous reviendrons plus loin sur les renseignements transmis par Hérodote relativement à cette race de petits hommes qui sont évidemment ceux que Miani et Schweinfurth ont découverts récemment, bien que la position géographique qu'ils occupent actuellement ne soit pas la même que celle mentionnée dans le récit de l'historien grec.

Ctésias, voyageur grec contemporain de Xénophon, dans sa Description de VInde, dont Photius, patriarche de Gonstantinople au neuvième siècle, nous a conservé des extraits dans le Myrobiblion, parle également, et avec assez de détails, des Pygmées qu'il place dans les Indes : « Il y a, dit-il, au milieu de l'Inde des hommes noirs qu'on appelle Pygmées. Ils parlent la même langue que les Indiens et sont très petits. Les plus grands n'ont que deux coudées ; la plupart n'en ont qu'une et demie. Leur chevelure est très longue; elle leur descend jusqu'aux genoux et même encore plus bas. Ils ont la barbe plus grande que tous les autres hommes; quand elle a pris toute sa croissance, ils ne se servent pas de vêtements; leurs cheveux et leur barbe leur en tiennent lieu. Ils sont camus et laids. Leurs moutons ne sont pas plus gros que des agneaux; leurs bœufs et leurs ânes le sont presque autant que des béliers. Leurs chevaux, leurs mulets et toutes leurs autres bêtes de charge ne le sont pas plus que des béliers. Les Pygmées accompagnent le roi de l'Inde; il en a trois mille à sa suite. Ils sont très justes et se servent des mômes lois que les Indiens. Ils vont à la chasse du lièvre et du renard. Au lieu de chiens, ils se servent pour cette chasse de corbeaux, de milans, de corneilles et d'aigles^ »

Aristote croyait également à l'existence des Pygmées; mais bien qu'il en parle à propos de l'histoire naturelle

i. Edouard Charton, I^s Voyageurs anciens et modernes, t. I, p. 160

des grues, il n'ajoutait pas foi aux prétendues luttes qui ont fourni à Homère son terme de comparaison et qui ont été si souvent racontées après lui. Comme Ctésias, il leur donne des animaux en rapport avec leur taille, mais il les place dans l'Afrique centrale (lib., VIII, c, 12) :

« Les grues passent des plaines de la Scythie aux marais de la Haute Egypte, vers les sources du Nil. C'est ce canton qu'habitent les Pygmées dont l'existence n'est point une fable. C'est réellement, comme on le dit, une espèce d'hommes de petite stature, et leurs chevaux sont petits aussi. Ils passent leur vie dans des cavernes. »

Aristote, on le voit, laisse bien loin derrière lui les exagérations d'Homère, et ses hommes de petite stature ne ressemblent aucunement à ces races d'êtres minuscules chez lesquelles les grues allaient porter ta destruction et la mort; mais, ainsi que nous l'avons remarqué dans le récit d'Hérodote, l'endroit où il place l'habitat de ses Pygmées diffère d'une façon assez sensible de celui où Schweinfurth a découvert les peuples nains dont nous parlerons plus loin.

Pline, beaucoup plus crédule, rapporte toutes les fables qui avaient cours de son temps, et nous retombons avec lui dans les exagérations et les incertitudes. Il place les Pygmées, tantôt dans la Thrace près de la côte du Pont- Euxin : « Gérania, où l'on rapporte qu'était jadis la nation des Pygmées; les Barbares les appellent Cattuzes et croient qu'ils ont été mis en fuite par les grues*; »... tantôt en Carie, dans l'Asie mineure : « Seleucie ou Antioche, baignée par l'Eudon, traversée par le Thébaïs (quelques-uns rapportent que là fut le séjour des Pygmées) ^...; » puis, ainsi que l'avait fait Ctésias plusieurs siècles avant lui, il leur donne, à deux reprises diffé-

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