Ceci est une allusion à Tom Pouce
2. Les C/uricaunes sont les nains légendaires, les Elfes de Tirlande. On les représente comme ayant six pouces de haut; ils sont généralement méchants et passent leur temps à boire et à fumer. On trouve quelquefois en Irlande de petites pipes grossières — assez communes également en France — et les paysans croient qu'elles ont appartenu aux Cluricaunes.
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est décrit dans les Légendes Irlandaises de Crofton Croker. — Prix : 1 schelling; les enfants et les domestiques, moitié prix. — Lecteur! Le Don est exactement quatre fois plus grand que cette annonce que vous lisez en ce moment. — Un superbe portrait du Don, au tiers de sa grandeur réelle, se vend dans la salle du Cosmorama, »
Enfin, dans le courant de l'année 1848, on pouvait voir encore au même Cosmorama — c'était décidément sa spécialité — un nain né en Frise, Jean Hannema^ auquel on avait donné le nom sonore d'Amiral Van Tromp, le Phénomène de la Frise. Il avait trois pouces de moins que Tom Pouce (28 pouces := 0'",70) et ne pesait que seize livres. Il était extrêmement vif, intelligent et bien portant. C'était un comédien consommé et il contrefaisait à ravir, ou l'amiral Van Tromp, ou un bourgmestre hollandais fumant gravement sa pipe, ou bien encore un avocat en robe et en perruque. Il dansait, chantait, faisait de l'escrime comme un maître d'armes, jouait aux cartes et fabriquait lui-même très adroitement de petits objets, des boîtes et autres souvenirs qu'il vendait à ses visiteurs; il écrivait bien et était passionné pour la musique. Il recevait du roi de Hollande une pension « en rapport avec ses proportions homœopathiques » Ainsi que ses prédécesseurs, il fut présenté à Buckingham-Palace devant la reine et la famille royale, le prince et la princesse de Parme, le prince d'Orange, le roi et la reine de Ho^Hj lande, etc., etc. Nous ne savons ce qu'il est devenu. ^||
Un des êtres les plus extraordinaires qui aient jamais paru en public est certainement la petite naine désignée dans les annonces sous le nom de Reine des Fées et dont Vlllustrated London News a donné le portrait dans son numéro du 2 mai 1851. C'était une petite fille de deux ans à peine, qui ne mesurait que seize pouces de hauteur (0'°, 40, mesure anglaise), et qui pesait seulement cinq livres. Ses pieds avaient à peine cinq centimètres de long et quand elle vint au monde elle ne pesait
qu'une livre et demie. Après avoir été montrée dans une réunion de plus de cinq cents médecins à VUniversity Collège, elle fut exhibée en public avec sa mère, et tous ceux qui la virent furent émerveillés de sa gentillesse, de son intelligence précoce et de l'admirable proportion de sa petite personne. C'était, dans toute l'acception du mot, une véritable miniature humaine. Son père était un fermier de Blean, prés Ganterbury, nommé Gibbs.
Fig. 28. — La Reine des Fées, d'après un croquis de VlLlustrated London News.
Nous citerons également, dans cette courte revue rétrospective, les fameux Aztecs que nous avons vus à Paris il y a vingt-cinq ans et qui ont parcouru toute l'Europe, où leur présence avait excité partout la curiosité des savants et donné lieu à bien des controverses qui eurent alors MU certain retentissement.
Ces deux nains étaient arrivés à Londres venant de N.'w-York, au mois de juin 1855. On racontait alors
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qu'ils avaient été trouvés, dans les hasards de ses courses aventureuses, par un Espagnol, nommé Vélasquez, à Iximaya, ville mystérieuse et tout à fait inconnue située au centre de l'Amérique du Sud, et dont les habitants conservaient, en les entourant d'un culte religieux, et en quelque sorte superstitieux, les individus qui existaient encore de cette race lilliputienne. On ajoutait que ces Aztecs étaient les malheureux descendants d'une de ces tribus qui, avec d'autres peuplades venues au treizième siècle des régions du nord-ouest, avaient apporté avec elles les arts et la civilisation, et avaient construit les anciennes cités, autrefois si riches et si florissantes, du Mexique.
Pour appuyer ce récit on rappelait ce qu'avait raconté au commencement de ce siècle un prêtre espagnol sur l'existence de cette ville fortifiée d'iximaya, dans laquelle aucun Européen n'était jamais entré, d'où, enjout cas, aucun n'était sorti vivant, et qui renfermait, disait-il, dans ses murs, les descendants des Aztecs qui vivaient complètement séparés du reste de l'univers. Vélasquez, allant plus loin encore, prétendait même les avoir trouvés accroupis sur un autel, comme des idoles, et adorés par les habitants d'iximaya qui devaient peu de temps après les marier ensemble ; ce mariage était, disait-il, une tradition religieuse, et il expliquait ainsi la dégénérescence physique de ces malheureux êtres.
Quoi qu'il en soit, ces deux Aztecs, amenés à New-York en 1849, y avaient été considérés comme de véritables curiosités ethnologiques et le président Fillmore leur avait même offert l'hospitalité à la Maison Blanche. Conduits ensuite en Angleterre, ils avaient été montrés en grande pompe à la reine Victoria et aux membres de la famille royale qui leur avaient fait de nombreux présents. L'importance scientifique qu'on leur donnait n'empêchait pas cependant de les exhiber en public conjme de simples phénomènes et ils furent promenés pendant longtemps
dans les grandes sallea de Londres, et, ensuite, dans les principales villes de l'Angleterre.
Ils visitèrent successivement la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Autriche, la Russie, la Suède, la Hollande, etc., et, partout, ils furent reçus par les souverains et présentés aux académies et aux sociétés savantes. Nous ne rapporterons pas ici toutes les dissertations dont ils furent l'objet et qui eurent pour résultat de prouver que ce qui avait été dit ou écrit sur leur compte était de pure invention et que, bien loin d'être des Aztecs, c'està-dire des descendants de cette race si pure et si forte qui avait autrefois peuplé le Mexique, c'étaient tout simplement deux malheureux enfants arrêtés dans leur croissance et offrant une forme particulière de crétinisme. Le savant professeur Owen et plusieurs physiologistes éminents furent d'accord à cet égard; l'un d'eux, même, se chargea de prouver qu'ils étaient nés d'une négresse africaine et d'un Portugais idiot; devant l'affirmation si catégorique des savants anglais, l'administration du Palais de Cristal, qui avait déjà fait exécuter, par ses plus habiles artistes, des reproductions en cire de ces deux nains afin de les faire figurer dans la section d'ethnologie, dut renoncer à ce projet.
Ces deux pauvres êtres ne parlaient aucune langue et c'est avec la plus grande difficulté que l'on parvint à leur faire prononcer quelques mots anglais; ils étaient incapables de suivre une idée ou de s'appliquer à quoi que pe soit, et la mémoire leur faisait entièrement défaut. Malgré leur extrême petitesse, ils étaient assez bien proportionnés, et la vivacité de leurs gestes et de leur allure, aussi bien que l'exiguïté de leur taille, leur donnait une apparence fantastique qui les faisait ressembler, avec leur énorme chevelure crépue, aux lutins et aux gnomes dont sont peuplées les légendes allemandes et bretonnes. Cependant ils étaient tellement loin d'être beaux que leur nom d'Aztec servit pendant bien long-
temps dans le langage parisien à désigner un être laid, chétif, malingre et méchant.
Ils revinrent en Europe dix ou douze ans après leur premier voyage et bien que, dans le principe, on les eût présentés comme des jumeaux, on ï\e craignit pas, lors de cette seconde tournée et afin de piquer la curiosité du public, de faire annoncer leur mariage à Londres, mariage qui, réel ou feint, fut tout au moins suivi d'un banquet et d'un bal qui attirèrent un grand nombre de spectateurs payants et d'invités. Nous ignorons ce que sont devenus depuis cette époque ces deux tristes échantillons du monde des nains, mais nous doutons qu'ils existent encore.
Nous terminerons enfin celte série en mentionnant les Midgets américains que l'on a montrés^ avec un si grand succès à l'ancienne salle Yalentino, rue Saint-Honoré.
Ces deux nains, remarquables par leur extrême petitesse, leurs proportions à peu prés parfaites et leur gentillesse, se nomment — au moins sur l'affiche — le général Mite (mite, en anglais signifie un rien) et miss Millie Edwards. Le premier — toujours d'après les annonces — a dix-neuf ans, vingt pouces de haut (0™,50, mesure anglaise) et ne pèse que neuf livres; la seconde, âgée de seize ans, est haute de dix-huit pouces (O*", 45) et pèse sept livres. En réalité ce sont des enfants qui ont tout au plus de huit à dix ans, mais qui n'en sont pas moins extraordinaires.
Le général Mite fut d'abord montré en public à New- York et, plus tard, à Londres, dans Piccadilly, en compagnie é'une naine de sa taille nommée Lucia Zarate^nèek San- Carlos, près de la Vera-Gruz (^Mexique), de parents espagnols qui ont eu d'autres enfants ne présentant rien d'anormal. Elle était fort laide, et sous bien des rapports, ressemblait aux Aztecs dont nous venons de par-
1, Avril 1883.
1er; elle en différait cependant par son intelligence et sa facilité à s'exprimer en espagnol et parlait même un peu d'anglais qu'elle avait appris pendant le long séjour qu'elle fit à New- York. On raconte que quand elle vint
Fig. 29. — Le général Mite et Miss Millie Edwards.
au monde on la plaça avec de la laine dans une boîte à bijoux et qu'elle pesait alors deux livres et demie; elle avait atteint en un an la taille qu'elle a conservée. Lorsqu'on l'exhiba avec le général Mite, ils étaient
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accompagnés de deux autres nains, miss Jenny Quigley de Glascow, et le Commodore Joob, des États-Unis, qui leur servaient, pour ainsi dire, de domestiques et auxquels ils donnaient des ordres avec dureté.
Après avoir obtenu un assez grand succès à Londres, ils retournèrent en Amérique, d'où le général revint deux ou trois ans après, avec sa compagne actuelle, plus petite que lui ; ils s'installèrent à V Impérial Théâtre à Londres, et, comme la plupart de leurs prédécesseurs dont nous avons parlé dans les pages précédentes, ils furent présentés à Sa Majesté la Reine Victoria à Buckingham-Palace et furent reçus trois fois par le prince de Galles, à la grande joie des jeunes princesses.
Le général Mite, né dans le comté de Shenandoah, près de New-York, est blond et merveilleusement conformé : il a le nez assez développé et ressemble d'une façon assez frappante à Bébé, à en juger au moins d'après le moulage en cire que l'on conserve au Musée de la Faculté d»' Médecine ; il paraît fort intelligent, très vif, et surtout très gai ; il mime à ravir et joue avec un véritable talent plusieurs scènes d'imitation, entre autres une scène d'ivresse américaine et une imitation des gestes et de la démarche d'un dandy de New-York. Il est regrettable cependant que l'on ait cru devoir ajouter à son répertoire le chant de la Marseillaise avec accompagnement de piano. Rien n'est plus ridicule, et plus triste aussi, que de voir ce petit être enfler sa voix grêle, aiguë, et déjà cassée, et se hausser sur la pointe de ses pieds ou frapper du talon en tirant avec des gestes d'automate une minuscule épée qu'il ne sait comment remettre au fourreau. Nous préférons de beaucoup l'entendre causer ou le voir jouer gaiement avec sa petite compagne, véritable merveille semblable à celle qu'a chantée Loret (v. p. 116) et qui serait charmante si, pour la faire paraître plus âgée, on ne l'affublait pas d'une robe à queue et surtout d'une lourde perruque blonde, avec chignon.
Fig, 30. — Les Américains Midgets présentés à la reine Victor! et à la famille royale (d'après une lithographie anglaise).
LES NAIXS 2Ô0
peigne, etc. Tous les deux, du reste, sont agiles et gracieux et c'est plaisir de les voir se promener bras dessus, bras dessous, dans la salle où on les montre, le général se faisant faire un chemin au milieu des spectateurs en criant gravement un : « Place, Messieurs ! de la place, Mesdames ! )) que ne désavouerait pas l'huissier le plus correct ^
Nous ne parlerons que pour mémoire des nombreuses Princesses Colibri, des Blanche de Gannat, la miniature vivante"^, et autres pauvres enfants que l'on exhibe dans les baraques des foires, et nous terminerons cette revue des nains montrés en public par le récit de la mort affreuse d'un pauvre nain, victime de la rapacité d'un Barnum de bas étage. Voici le fait tel qu'il a été raconté dans plusieurs journaux au mois de juillet 1882 :
(( La police a arrêté dans un hôtel, rue Saint-Pierre, à Lille, un saltimbanque poursuivi pour avoir causé par son imprudence et sa cruauté, un drame véritablement affreux.
(( II y a six mois, il louait à des cultivateurs des environs de Saintes, les époux T...., leur fds, un enfant de dix-sept ans qui n'avait que 62 centimètres de hauteur. C'était, à coup sûr, un des nains les plus extraordinaires que l'on eût vus depuis longtemps. Il avait un embryon de corps fluet, des mains et des pieds relativement énormes et un nez très grand. Avec cela une pauvre petite figure douloureuse et niaise qui faisait peine à voir.
1. Depuis qu'ils ont quitté Paris, les Midgets sont allés à Berlin où ils ont eu un grand succès et nous les avons revus à Munich pendant l'impression de ce livre.
2. On montrait dernièrement dans la rue de Rennes, à Paris, cette naine, enfant rachitique, que l'avis distribué à la porte de la baraque annonçait comme « étant sans pareille et la plus mignonne du monde, » et qui « oiTre toujours à sa rivale 10 000 fi^ancs ». Elle était accompagnée de La belle Gabrielle, sorte de géante, « dont la taille, la beauté, la grâce, et surtout sa jeunesse a fait jusqu'à ce jour l'admiration de la France.... Ces demoiselles ont le sourire gi-acieux, la voix agréable et une tenue qui ne laisse rien à désirer... », ajoutait l'avis.
(( Le nain Joseph — c'est le nom qu'il portait — eut un succès fou dans les foires où on l'exhiba. Mais le saltimbanque pensait à ajouter à son spectacle un attrait nouveau et, un jour, il eut l'idée de transformer son bout d'homme en dompteur ; pas en dompteur de lions, mais en dompteur de tigres minuscules, qui n'étaient autres que des chats aux fourrures teintes.
(( II choisit une demi-douzaine de chats qu'il zébra de raies fauves et noires, et, au grand effroi du petit dompteur improvisé, il leur apprit à bondir autour de lui tandis que le nain agitait une cravache.
« Ce qu'il fallut de claques et de coups de pied pour décider le malheureux à jouer son rôle, c'est inimaginable, car il avait une peur et une horreur toutes particulières des chais. Mais enfin il dut se résigner et donna quelques représentations qui attirèrent la foule. Il s'enhardit bientôt et en arriva à cingler ses chats de coups de cravache, comme les Bidel et autres en donnent à leurs lions.
(( Le 12 juillet dernier, à la foire de Beaupré-sur-Saône, Ton vit tout à coup un des chats s'élancer à la gorge du petit dompteur et le renverser sous son poids.
« En une seconde, tous les autres tigres improvisés furent sur lui et, avant que l'on pût intervenir, le nain étranglé, les yeux crevés, la figure arrachée, était mort. Quand on retira de la cage le cadavre encore chaussé de ses bottes molles et vêtu de son habit noir, il était méconnaissable.
« Ce jour-là le public voulut tuer le saltimbanque, mais il disparut à temps. Le parquet de Lyon lança un mandat d'amener, et c'est ce mandat qui vient d'être mis à exécution. »
De pareils faits, heureusement pour l'humanité, sont rares et les exploiteurs de curiosités vivantes ménagent généralement davantage les phénomènes dont ils tirent profit. Le sort de ces pauvres êtres est néanmoins fort à
plaindre et il serait à souhaiter, dans l'intérêt de la morale publique, que l'autorité étendît un peu sa protection sur ces petits souffreteux dont l'existence malheureuse est presque toujours abrégée par ces exhibitions malsaines.
11 ne nous reste plus à parler maintenant que des nains aisés, c'est-à-dire de ceux qui, nés dans une position indépendante, ont pu vivre librement et sans être obligés de tirer parti de leur infirmité corporelle. Ceux-là sont rares ou, du moins, il en est peu dont l'existence ou la constitution aient présenté des particularités assez intéressantes pour mériter d'être rapportées. Généralement, du reste, ces pauvres déshérités de la nature tiennent peu à se faire voir et leur triste vie se passe tout entière dans l'intérieur de leur famille. Nous n'avons donc que bien peu d'exemples à ajouter à ceux que nous avons cités dans un précédent chapitre.
Nous mentionnerons cependant tout particulièrement un petit artiste qui, comme Richard Gibson, ne manquait pas d'un réel talent et dont nous avons vu plusieurs tableaux à Dûsseldorf où s'est écoulée son existence. Il s'appelait Jacques Lehnen, et était né le 17 janvier 1802 à llinterveiler, dans la province de Trêves. Jusqu'à l'âge de quatre ans, rien ne le distingua des autres enfants; il était fort, d'une excellente santé et d'une taille ordinaire ; mais à partir de ce moment il cessa de grandir et pendant toute sa vie sa taille resta ce qu'elle était alors, haute de trois pieds et dix pouces (l'".026), sans aucune déformation et surtout sans aucune disproportion entre les différentes parties de son corps.
Très actif et très intelligent, le petit Lehnen s'instruisit assez rapidement et ses parents l'envoyèrent à dix-sept ans à Coblentz pour y terminer ses études. C'est alors qu'il fit la connaissance de Zick, peintre assez médiocre, mais excellent professeur qui développa chez lui le goût
très prononcé qu'il avait pour tous les arts d'imitation. 11 se rendit ensuite à l'Académie des Beaux-Arts de Dusseldorf et, dès l'âge de vingt-deux ans, il pouvait exposer dans cette ville des toiles qui commencèrent à le faire connaître. Il peignit surtout des natures mortes et plus particulièrement des oiseaux et du gibier.
Nommé membre de l'Académie de Dûsseldorf, Lehnen s'y fit remarquer, non seulement par son talent de peintre, mais aussi par la franchise et la gaieté de son caractère. « C'était, dit un de ses biographes, un joyeux compagnon, aimé de tous les artistes, ses camarades, et dont la société était partout recherchée; si, dans un salon, on ne le voyait pas de bien loin, on l'entendait et surtout on l'écoutait. A chaque instant son rire clair et un peu moqueur dominait le bruit des conversations. Il se glissait adroitement dans la foule des invités et, grimpant lestement sur une chaise, il se faisait vite remarquer par ses joyeux propos et ses saillies spirituelles. Il avait si bien conquis à Dûsseldorf ses droits de citoyen, que personne ne paraissait plus s'apercevoir de l'exiguïté extraordinaire de sa taille, et si, parfois, quelque enfant, dans les rues, le prenant pour un enfant comme lui, lui faisait quelque malice, Lehnen, loin de se fâcher, jouait et courait avec lui. Il mourut le 25 septembre 18-47 à Coblentz, où il s'était rendu pour y voir son ancien maître, et l annonce de sa mort causa une pénible impression aux nombreux amis qu'il avait su se créer dans sa ville d'adoption. »
A la même époque vivait à Londres un autre nain aussi misanthrope que Lenhen était communicatif. Pendant de longues années il se promenait seul, tous les jours, à la même heure, dans Saint-James Park, sans adresser la pas rôle à qui que ce fût et sans permettre qu'on lui parlât. Il avait le teint jaunâtre, était vêtu d'une façon bizarre et excentrique et disparut un jour sans que personne l'ait connu autrement que sous le nom du Petit Inconnu.
Nous pouvons citer également un autre nain dont il a
^'ip^ 51. — Jacob Lehncn, peintre
LKS NAINS 241
été question au moment des guerres de l'indépendance de l'Italie. Quand Garibaldi était en Sicile avec ses volontaires, il vit venir un jour un petit homme inconnu, un véritable nain, qui lui demanda instamment, mais sans succès, de vouloir bien l'enrôler. A la suite d'un des premiers engagements, ce même petit personnage se présenta de nouveau devant le général en criant : « Général, vous n'avez pas voulu de moi, mais vous n'avez pas pu m'empécher de vous suivre et de me battre avec vous. Je me suis bien batlu, allez, et j'ai même été blessé! — Bravo! dit Garibaldi, qui le reconnut, et où as-tu été blessé? » Après quelque hésitation, le nain lui montra une petite blessure à l'épaule. « Oh! û\ une blessure dans le dos! Tu ne seras jamais un bon soldat! » Le pauvi'c petit volontaire se rtitira confus au milieu des rires moqueurs de l'assistance. Mais après la bataille suivante, il se présenta de nouveau, se traînant avec peine. « Général, dit-il, je suis encore blessé, mais cette fois c'est par devant ! » Et montrant sa poitrine déchirée par les balles, il tomba mort aux pieds de Garibaldi, touché de voir une telle énergie et un si grand courage dans un si petit corps.
En 1859, les journaux anglais rapportèrent la mort d'un nain, nommé Caivert, appartenant à une famille aisée de Skipton et qui, bien que très jeune, se livrait tellement à la boisson qu'il abrégea son existence et mourut à peine âgé de dix-sept ans. Il n'avait que 0"%90 de hauteur et pesait seulement vingl-qu,;lre livres. Il était vif, intelligent, agréable et passait son temps à visiter les familles les plus aristocratiques de son voisinage où il était toujours bien accueilli grâce à son réel talent de violoniste et de danseur; il excellait surtout dans l'imitation du chant des oiseaux et du cri de certains animaux. On devait le présenter à la reine Victoria et on avait même commandé pour lui à cet effet, un habit de cour, quand il mourut presque subitement. On raconte que lorsque Tom Pouce passa par
Skipton, Calvert le fit venir chez lui, et que Tom Pouce, très fier de la petitesse de son pied, ôta ses bottes en déliant son rival de les mettre; mais son outrecuidance lui réussit peu, Calvert, en effet, les chaussa très facilement, et l'orgueilleux Tom Pouce fut obligé de constater qu'elles étaient même un peu trop grandes.
Nous terminerons enfin cette trop longue revue en citant un très petit vieillard, maniaque, à la démarche vive, aux yeux brillants et aux longs cheveux gris, que l'on rencontrait toujours en omnibus, il y a une quinzaine d'années. Il parcourait ainsi, de sept heures du matin jusqu'au soir, tous les quartiers de Paris, et la plus grande partie de son temps se passait certainement dans les voitures publiques de la capitale. Tous les soirs il prenait le dernier omnibus qui conduisait du Palais-Royal à la Barrière du Trône. Il se tenait toujours près des conducteurs avec lesquels il causait et dont beaucoup, encore aujourd'hui, se rappellent l'avoir connu. Il se croyait inspecteur de la Compagnie des Omnibus, et une de ses manies était de demander des correspondances dont il ne se servait jamais et qu'il gardait avec un si grand soin, qu'à l'inventaire qui fut fait chez lui après sa mort on en trouva plus de quinze cents. Il mourut subitement un soir dans un restaurant des Batignolles, où il avait dîné et où ils'était en dormi après avoir dit au garçon qu'il prendrait la dernière voiture; quand on vint pour le réveiller, il ne donnait plus signe de vie. L'enquête ouverte à son sujet fit découvrir qu'il était originaire de Nantes et qu'il avait quitté cette ville après avoir fait, d'une façon inespérée, un héritage assez considérable ce qui lui avait un peu d rangé l'esprit.
C'est le dernier nain dont nous nous occupero Nous en connaissons quelques autres vivant actuellement, et que nous rencontrons souvent, mais la plupart n'offrent aucune particularité digne d'être rapportée, si ce n'est, dans les traits et la physionomie, des poin
un
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constanls de ressemblance avec beaucoup de nains dont les maîtres du seizième et du dix-septième siècle nous ont conservé les portraits. H y aurait là une étude de physiologie comparée assez intéressante à faire, mais nous devons laisser cette étude à de plus compétents que nous.