‹ Les nains et les géantsChapitre 33 sur 46 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Les Géants dans l'Écriture Sainte, la Mythologie et les historiens de l'antiquité; — les peuples géants.

Dans les traditions primitives de tous les peuples, on trouve le souvenir lointain de générations entières ou de jaccs d'hommes doués d'une taille colossale ou d'une Ibrce surprenante, et la plupart des poètes et des historiens de l'antiquité, partageant les croyances que leur avait léguées la tradition, ont affirmé l'existence, à une époque antérieure, d'une nation de géants. Peut-être fautil, suivant l'opinion émise à ce sujet par Leroux de LincyS attribuer cette croyance « au temps qui grandit tout et, surtout, à la vanité des peuples vaincus qui se sont appliqués à exagérer les forces et la taille d'ennemis auxquels ils n'ont pas su résister. » C'est dans les mythologies orientales, en effet, que nous rencontrons les premières traces de l'existence de ces êtres dont l'organisation supérieure et la vigueur colossale tiennent en échec la

1. Cf. Leroux de Li>cy : Introduction au Livre des Légendes, § 9, p. loi.

puissance des dieux, qui, lour à tour, les suppriment ou les réduisent par la métamorphose, et c'est surtout chez les peuples de l'Asie, cette terre si souvent conquise, que cette croyance à une nation gigantesque a pris naissance.

Les premiers géants de l'histoire sont Hébreux et Phéniciens, mais il est probable que c'est de la Mésopotamie qu'ils arrivèrent en Syrie avec les fondements des plus anciennes religions polythéistes, et, s'il nous restait autre chose jusqu'ici que de vagues conjectures sur les premières religions mésopotamiennes, ce serait là qu'il conviendrait de chercher l'origine de ces traditions dont on ne trouve aucune trace en Egypte; il est vrai de dire que, sous l'influence de la classe sacerdotale, la rehgion égyptienne des premiers âges a subi trop de transformations, même dés les dynasties de l'ancien empire, pour que la théogonie qui nous est livrée par les monuments porte l'emgreinte de son origine. Quoi qu'il en soit, on ne trouve aucune trace de géants en Egypte, et cette lacune est d'autant plus singulière que les Égyptiens ont eu, plus qu'aucun autre peuple la conception du colossal^ ainsi que le prouvent les sculptures de Karnac, de Louqsor de Thébes.

C'est dans la Genèse (vi-4f) que nous trouvons la première mention des géants : « Or, il y avait des géants sur la terre en ce temps-là. Car après que les enfants de Dieu eurent épousé les filles des hommes^ il naquit d'elles des enfants qui devinrent puissants et fameux dans le siècle. ^

1. Il nous semble nécessaire de bien formuler ici la différence qu sépare le colossal du gigantesque. On doit entendre par colossal l'interprétation d'une forme sous des dimensions systématiquement sa périeures à la forme réelle, dans le but de répondre, soit à des e gences décoratives, soit à la qualification excessive d'une idée gigantesque, au contraire, est colossal de son essence même, c'est-àdire, indépendamment de l'interprétation plastique.

2. Suivant la commune interprétation des Pères, les Fils de Dieu sont les enfants de la race pieuse de Seth, et les Filles des homm sont les filles de la race maudite de Caïn

Le Beutéronome, les Nombres et le Livre de Josué parlent également et, î\ plusieurs reprises, de ces races de géants que les Israélites devaient vaincre et exterminer. Lorsque sur l'ordre qu'il avait reçu de Dieu, Moïse conduisit son peuple vers la terre de Chanaan, il envoya douze hommes choisis dans chacune des douze tribus pour connaître le pays ; à leur retour, ils dirent* :

« 28 .... Nous sommes allés dans ce pays....

« 29. Mais il a des habitants très, forts et de grandes villes fermées de murailles. Nous y avons vu de la race d'Enac^..

« 35. Et ils décrivirent devant les enfants d'Israël le pays qu'ils avaient vu en disant : La terre que nous avons parcourue dévore ses habitants ; le peuple que nous avons vu est d'une taille extraordinaire ;

« o4. Nous y avons remarqué des monstres, des fils d'Enac, de la race des Géants, auprès desquels nous paraissions comme des sauterelles....»

Og, roi de Basan, était un de ces géants : « Il était resté seul de la race des géants. On montre encore son lit de fer dans Rabbath, ville des enfants d'Ammon; il a neuf coudées de long et quatre de large ^, selon la mesure d'une coudée ordinaire*. »

« Et le Seigneur dit à Moïse : « Ne le craignez pas : je

i. Les Notnbi-es, c, xiii.

2. D'après les traditions arabes Enac ou Anak était un de ces géants de la Palestine que les Hébreux nommaient Ana/cim; il les surpassait tous en grandeur et a prolongé sa vie jusqu'à l'âge de trois mille ans. Il descendait, lui et son peuple, d'Ad, petit-fils de Ilam ou Cham, tils de IS'oé; c'est pourquoi ces géants sont aussi appelés quelquefois Adian ou Adites. Ad et Schedad étaient aussi des rois fabuleux de Syrie et d'Arabie, dont il est fait mention dans un des chapitres du Coran, et leur stature était si élevée qu'il fallut employer les plus liauts arbres des forêts pour dresser leurs tentes. — Cf. d'Herbelot, Bibliothèque orientale.

3. En prenant pour mesure la coudée d'un homme de taille ordinaire cela ferait environ 4-", 375 de long sur 2",05 de large.

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