Un vol. in-16. — Paris, Hachette et C
amené d'Arabie; il avait neuf pieds, neuf pouces (2"", 871). Sous le divin Auguste; il y en eut deux qui avaient un demi-pied de plus (5'», 015); on en conservait les corps par curiosité dans le tombeau des jardins de Salluste. Ils se nommaient Posion et Secundilla. »
Nous pouvons citer, à propos du premier de ces géants mentionnés par Pline, un exemple de la facilité avec laquelle certains esprits, plus ingénieux que précis, peuvent tirer des inductions d'un mot ou d'un fait souvent insignifiant. Pline ayant rapporté que Gabbara avait vécu du temps de Claude, sous le règne duquel la parlie méridionale delà Grande-Bretagne fut érigée en province romaine que l'empereur vint visiter en l'an 45, un savant anglais du dix-septième siècle, le D"" Plot, auquel on doit uue histoire très sérieusement écrite cependant et pleine de détails souvent intéressants, du comté d'Oxford [HisioryofOxfordshire, 1676) affirme « qu'il est fortement poussé à croire que les ossements gigantesques trouvés de bon temps en Gornouailles, sont ceux de ce Gabbara qui aurait accompagné Claude dans son voyage et qui serait mort pendant son séjour sur la terre étrangère où il aurait laissé ses os^ » Malheureusement il ne nous donne pas les raisons qui le poussent à avoir celle idée.
Après les géants cités par Pline, nous en trouvons un autre que l'historien Josèphe nous dit avoir fait parlie des otages que le roi de Perse envoya à Rome après la conclusion de la paix: « c'était, dit-il, un Juif, nommé Eléazar, qui avait à peu près sept coudées de haut (environ 5 mètres). »
Mais le plus étonnant de tous les hommes d'une taillo giganlesque dont l'histoire ancienne nous ait laissé le
t. « I am rather inclined lo believe that Claudius brought this G;ib baïas itito Britaiii wilh him, Avbo possibly might dye and lay bones tbere.... »
souvenir est certainement l'empereur Maximin P"" [C Ju- Uus Verus Maximinus), qui régna pendant trois ans (de 255 à 258 après J.-G.) et sur lequel Julius Capitolinus nous donne dans ÏHistoria Augusta^ des détails tellement extraordinaires que nous hésiterions à les rapporter ici si leur authenticité, au moins pour la plupart d'entre eux, n'avait pas été confirmée par d'autres écrivains.
Fils de. parents harbares, Maximin naquit dans un village des frontières de la Thrace en l'an 17o ; dans sa première jeunesse il fut berger et se distingua de bonne heure parmi ses. compagnons, dont il était devenu le chef et dont il préservait les troupeaux contre les déprédations des brigands, par sa taille colossale, son courage et sa mâle tournure. « Il était, dit Capitolin, de mœurs sauvages, farouche, arrogant, souvent juste toutefois. » Aux jeux que Septime Sévère donna à ses soldats à l'occasion de la naissance de son fils, le jeune pâtre thrace demanda à se mesurer avec les plus vigoureux lutteurs et en vainquit seize sans reprendre haleine. Cet exploit le fit remarquer par l'empereur qui lui donna une place dans l'armée et bientôt après l'admit au nombre des gardes
1. VHistoria Augustu est un recueil de trente quatre biographies vilœ) d'empereurs romains (de 119 à 284 après J. G.) dont une grande partie est due à Capitoi.ix ou Gapitolimis, historien qui vivait vers la lin du troisième ou le commencement du quatrième siècle et sur la vie duquel on ne sait absolument rien de précis. Quoique écrite avec une très grande négligence de style et uu manque absolu de méthode, VHisloria Augusla contient des détails extrêmement curieux, que l'on chercherait vainement ailleurs et qui caractérisent tout à la l'ois les hommes et les mœurs de leur temps. G'est ainsi qu'elle rapporte qu'Antonin le Pieux, qui était très grand, presque un géant (et c'est à cause de cette particularité que nous mentionnons ce fait), voyant sa taille se voûter à mesure qu'il vieillissait, avait eu l'idée de se garnir la poitrine d'une sorte de corset en tablettes de tilleul :ifin de pouvoir se tenir debout en marchant {liliaceis tabulis in pcclore pos'dis fasciabalur, ut reclus incederet) ; d'où il résulte que le corset a été inventé par un des plus graves empereurs romains.. VHistoria Augusla est rempli de détails semblables.
spécialement attachés à sa personne. Il conserva également la faveur de Caracalla, qui l'éleva au grade de centurion. Dans cette première partie de sa vie, il s'acquit l'estime de ses camarades et celle de ses chefs par sa vaillance et son exactitude à remplir ses devoirs militaires. Sa haute taille, sa force, la grandeur de ses yeux et la blancheur de sa peau, ce trait caractéristique des guerriers Scandinaves, l'avaient fait surnommer par ses compagnons Milon, Hercule, Antée, etc. « Il était si démesurément haut, dit Capitolin, qu'il passait d'un doigt la taille de huit pieds; il avait le pouce d'une telle grosseur qu'il se faisait un anneau d'un bracelet de sa femme. Ce sont d'ailleurs des traditions vulgaires qu'il arrêtait un char avec la main, qu'à lui seul il mettait en mouvement une voilure chargée, que d'un coup de poing il fracassait la mâchoire d'un cheval et lui cassait la jambe d'un coup de pied. C'est un fait certain qu'il vida })lus d'une fois en un jour une amphore capitoline^ qu'il mangea souvent quarante livres de viande et même, suivant Cordus, soixante, et qu'il transpirait tellement qu'il recueillait dans une coupe jusqu'à trois seliers de sueur par jour, qu'il montrait à ses amis. »
Après la mort de Caracalla il quitta l'armée, ne voulant pas servir sous les ordres du meurtrier du fils de son empereur, et se retira dans son pays natal où il acheta des propriétés assez considérables.
Une reprit de service qu'après la mort d'Héliogabale, sous Alexandre Sévère qui le nomma tribun et le chargea de réprimer les soulèvements de plusieurs tribus germaines; c'est alors que, poussé par l'ambition et enorgueilli autant par ses succès que par l'influence qu'il exerçait sur l'esprit ,de ses soldats, il fomenta une ré-
1. V Amphore Capitoline ou Amphore légale était appelée ainsi parce que c'était au Capitule qu'étaient déposés les étalons de tous les poids et mesures en usage dans tout l'empire. Elle contenait une mesure de 25',895.
volte dont le résultat fut l'assassinat de Sévère après a mort duquel il se fit nommer empereur.
Nous n'avons pas à retracer ici l'histoire des trois années du règne de Maximin qui se rendit bientôt odieux à l'armée par ses exactions, ses violences et ses cruautés. Il fit périr près de quatre mille personnes à propos d'un complot qui n'eut pas même un commencement d'exécution, et bientôt aux anciens surnoms qu'ils lui avaient donnés, ses soldats substituèrent les noms les plus exécrés que leur fournirent la mythologie et l'histoire : c'est ainsi qu'ils l'appelèrent successivement Cyclope, Phalaris^ Sciron'^, Typhon^, etc. Lui-même, du reste, disait que « le pouvoir ne peut se conserver que par la cruauté ( erat enim ei persuasum nid criidelitate imperiumnon teneri). » Il fut assassiné par ses soldats devant Aquilée qu'il assiégeait, vers la fin du mois de mars de l'année 258, laissant à l'histoire le souvenir d'un des plus vaillants soldats qui défendirent l'empire romain et, malheureusement aussi, d'un des plus cruels tyrans qui l'opprimèrent.
Nous rangerons également parmi les géants, un autre empereur romain, Jovien^ bien que nous ne possédions pas sur sa taille des détails aussi explicites que sur celle de Maximin et que nous ne puissions nous appuyer que sur le seul témoignage d'Ammien Marcellin.
Jovien {Jovianiis Flavius Claudius)^ né à Singidunum, dans la Haute-Mésie, en l'année 551, suivit l'empereur Julien dans son expédition contre les Perses; lorsque
1. Tyran d'Agrigeiile; il régna de 570 à 564 et périt dans une émeute soudaine du peuple irrité; rien n'est plus connu sur son compte que le taureau d'airain dans lequel il faisait brûler vivantes les victimes de sa cruauté.