Or Westminster Meg
With lier long leg... etc.
Un géant qui nous paraît moins légendaire, mais sur lequel nous ne savons rien de précis, est celui qui portait la gigantesque armure, l'épée et la lance que l'on voit à la Tour de Londres. Bien qu'elle offre tous les caractères d'un travail du commencement du seizième siècle, la tradition attribue cette armure à Jean de Gaunt, duc de Lancastre, qui vivait au quatorzième siècle,
Nous ne croyons pas utile de citer toutes les légendes — et elles sont nombreuses — qui se rapportent aux autres géants anglais et qui ont trouvé une forme, pour ainsi dire vivante, dans les deux statues colossales de Gog et de Magog qui, depuis le seizième siècle, ornent les angles de la grande salle du Guildhall, à Londres.
Les souverains anglais auprès desquels, ainsi que nous l'avons vu, les nains étaient en si grande faveur, recherchaient également les géants, mais c'était pour leur donner la place de portier dans leur palais. Tel était celui dont on voit le portrait dans la chambre des gardes à Hampton-Court et que Zucchero a peint vêtu à l'espagnole. C'était, dit le catalogue, un Hollandais dont la taille mesurait sept pieds six pouces (2"%278, mesure anglaise).
Nous citerons encore Walter Parsons, le portier de Jacques ^'. FuUer, dans ses Worthies, nous apprend qu'il était né dans le Staffordshire et qu'il avait commencé par apprendre le métier de forgeron, mais qu'il de\int si grand que l'on avait été obligé de creuser un trou à l'endroit où il travaillait afin qu'il fût à la hauteur de ses compagnons d'atelier. Il était bien proportionné et, si nous en croyons Fuller, « sa force égalait sa hauteur, son courage était en rapport avec sa force et la douceur de son caractère aussi grande que son courage. » 11 avait sept pieds sept pouces de haut (2", 505) suivant certains auteurs et sept pieds deux pouces (2"', 178) suivant d'autres. Son portrait a été gravé en 1656, plus de dix ans après sa mort, par G. Glover.
11 continua ses fonctions de portier sous Charles l*"" et eut pour successeur dans sa charge Guillaume Evans, né dans le comté de Montmouth, et dont nous avons déjà parlé à propos de Jeffery lludson. Evans avait deux pouces de plus que Parsons, mais il était loin de l'égaler en vigueur.
Cromwell eut également pour portier un géant nommé Daniel qui avait sept pieds et demi de haut, mais dont le cerveau fut troublé par les événements de l'époque à laquelle il vivait et surtout par la lecture des livres de fausse philosophie religieuse et de mysticisme exagéré qui inondèrent alors l'Angleterre. Il devint tellement exalté qu'il prêchait en public avec une ardeur enthousiaste; on prétend même qu'il s'attribuait le don de prédire l'avenir et qu'il annonça plusieurs événements importants, entre autres le grand incendie qui détruisit une partie de la Cité. On fut obligé de l'enfermer à Bedlam, mais par une singulière faiblesse, on laissa à sa disposition les livres qui lui avaient tourné la tête, ce qui ne contribua pas peu à l'empêcher de se guérir.
A la même époque, nous trouvons un autre géant qui eut une certaine célébrité. Il se nommait Antoine Payne et était fils d'un fermier de sir Beville Granville de Stowe, dans le comté de Cornouailles. De bonne heure, Antoine Payne se fit remarquer par sa haute taille et sa force prodigieuse; il élait tellement large que l'on raconte que son maître d'école s'amusait souvent à se servir de son dos comme d'un tableau sur lequel il écrivait à la craie les exemples qu'il donnait aux autres élèves. 11 était d'une vigueur et d'une adresse peu communes à tous les jeux et, ce qui n'est pas moins extraordinaire, son intelligence et son esprit se développèrent en môme temps que son corps. Il prenait un grand plaisir à choisir deux de ses plus robustes camarades qu'il appelait « ses petits chats » et en emportant un sur chaque bras, à gravir une falaise voisine afin de « leur faire voir le monde, » suivant soi
expression. Son souvenir s'est conservé dans )e pays et aujourd'hui encore, les enfants de la Gornouailles quand ils veulent donner l'idée d'une chose de grande dimension, disent : « C'est grand comme le pied de Tony Payne. » A l'âge de vingt-et un ans il entra au service de sir Beville qui lui donna la direction de ses chasses; il avait alors sept pieds quatre pouces (2™, 228). Parmi les exemples plus ou moins dignes de foi que l'on donne de sa force prodigieuse, nous n'en citerons qu'un. Un soir de Noël on avait envoyé un jeune garçon chercher, avec un âne, une provision de bois ; comme il tardait à revenir, Payne se mit à sa recherche et, l'ayant rencontré qui s'amusait en route, il prit sur ses épaules l'âne et sa charge de bois et rentra promptement à la maison- Dés le commencement de la révolution, sir Beville rassembla une petite troupe et prit parti pour le roi contre le parlement. Antoine se constitua le garde du corps de son maître et montra dans toutes les circonstances un courage et une bonne humeur qui ne se démentirent jamais. Après quelques rencontres dans lesquelles la petite troupe eut le dessus, elle rejoignit l'armée royale et prit part à la bataille de Lantdown où sir Beville fut tué. Payne, qui n'avait cessé de combattre à ses côtés, voyant le découragement s'emparer des soldats privés de leur chef, fit monter sur le cheval de son père le' jeune fils de sir Beville, alors âgé de seize ans, et, se mettant près de lui, ramena la troupe au milieu de la bataille. On conserve encore à Stowe la lettre qu'il écrivit à Lady Beville après la bataille, lettre par laquelle il exprime dans un langage assez élevé les regrets et la douleur que lui causa la mort de son maître.
A la Restauration, le jeune sir Beville fut nommé par Charles II gouverneur de Plymouth, et Payne eut alors un grade dans l'artillerie. Le roi, qui l'avait en grande estime, fit peindre de lui, par Kneller, un portrait qui après être resté pendant longtemps dans la grande galerie du ehâ-
teau de Stowe, devint la propriété de l'historien Gilbert, qui le fit graver en tête du second volume de son Histoire du comte de Cornouailles.
Payne conserva aux Stuarts une fidélité qui ne se démentit jamais. On raconte qu'un sous-officier de son régiment, le jour de l'anniversaire de la mort de Charles I", fit servir à table une tête de veau en commandant qu'on la mît dans un de ces plats en faïence, si communs alors, et sur lequel étaient peints les portraits de Guillaume 111 et de Marie. Quand Payne entra dans la salle et qu'il se fut rendu compte de l'allusion grossière qu'avait voulu faire son camarade, il prit le plat et son contenu et jeta le tout par la fenêtre. 11 s'ensuivit un duel dans lequel après un court engagement Payne blessa légèrement son adversaire en disant gaiement : a Maintenant voici la sauce pour la tête de veau. »
Quand il devint vieux, il quitta le service et se retira dans son pays natal où il mourut quelques années après; il fut enterré dans un caveau de l'église de Stratton.
Si la vie de Payne, ainsi que nous venons de le voir, offre des particularités relativement intéressantes; il n'en est pas de même de celle des nombreux géants que nous trouvons mentionnés après lui; à quelques exceptions près, ce sont des phénomènes plus ou moins grands et montrés avec plus ou moins de luxe dans la mise en scène, ou d'intelligence et surtout d'audace dans les réclames qui les annoncent au public. Nous ne croyons pas utile de citer ici tous ceux dont nous avons trouvé les traces , cette longue énumération ne pouvant avoir que la sécheresse d'un catalogue ; aussi nous bornerons-nous à parler seulement de ceux auxquel leur grandeur ou un détai particulier donne un intérêt quelconque.
On montrait à Londres, en 1664, un géant qui étaî annoncé sur une sorte de prospectus ou avis, portant en tête son portrait et celui de sa femme avec la légende : « Véritable portrait du géant allemand que l'on vo
maintenant au Cygne, près Charing-Cross, dont la stature est de neuf pieds et denii de liaut (2^,888, mesure anglaise). Il va de ville en ville accompagné de son épouse qui est d'une taille ordinaire et qui reçoit l'argent que l'on donne pour voir son mari. »
Parmi les soldats de l'armée turque, qui assiégea Vienne en 1685, se trouvait un géant dont la haute taille attirait tous les regards; blessé dans une sortie et fait prisonnier, il fut recueilli dans un couvent de Franciscains de la ville, soigné avec la plus vive sollicitude et converti au christianisme. Le comte Hunyadi, qui le vit pendant sa convalescence, le prit à son service comme heiduque et en fit ensuite le portier de son palais de Vienne.
Au commencement du dix-sepliéme siècle nous trouvons à des distances assez rapprochées l'une de l'autre deux géants, tous les deux fils de rois, et qui étaient annoncés au public londonnien avec un luxe inouï de détails fantaisistes.
Le premier, que l'on montrait dans Fleet Street, était le Prince Giolo, fils du rai de Moangis ou Giolo ; on l'appelait également le Prince peint à cause des dessins finement exécutés dont tout son corps, à l'exception de la figure, des pieds et des mains, était tatoué. On rapporte même qu'il portait sur son large dos la carte des États de son auguste père et des pays environnants, en tout un quart de l'univers entier. 11 était « âgé de trente ansj très bien fait, élégant et bien proportionné, gracieux, extrêmement modeste et poli, quoique ne parlant pas anglais. » Il se rendait en voiture au domicile des personnes qui lui faisaient l'honneur de demander sa visite et on pouvait acheter à sa demeure son portrait gravé par Savage.
Ce fils du roi de Moangis pourrait bien être le même que « le Prince Indien, surnommé le Grand Noir », exhibé un peu plus tard au Lion d'or dans Smithfield, moyen-
nant deux pences (20 centimes) ; suivant l'avis distribué au public, « ce malheureux prince indien avait été traîtreusement livré à un pirate anglais, traité avec la plus grande barbarie par le capitaine Waters et les hommes de son équipage et mis aux fers. On l'avait conduit à la Jamaïque où il avait été vendu comme esclave et racheté quelque temps après par un négociant de Londres qui l'avait ramené avec lui en le traitant suivant son rang. Mais à la suite de circonstances malheureuses, il était obligé de se montrer en public dans son costume de prince indien, et, du reste, on n'avait jamais vu son semblable en Angleterre, etc.... »
Nous citerons encore un autre géant nègre surnommé , lui aussi, le Prince Noir et qui, en 1686, faisait partie de la domesticité de la famille Glifton ; il avait été converti au christianisme et s'appelait Joseph. Une inscription, accompagnant une marque^ qui se voyait sous le porche de l'église de Glifton, près Nottingham, constate qu'il avait ':ept pieds de haut.
Un des plus beaux géants qui aient jamais été vus en public est certainement Maximilien Christophe Miller, dit le Géant allemand. Dès son enfance, il se faisait remarquer par sa haute taille et sa force, et aussitôt qu'il eut atteint à peu près toute sa croissance on le montra comme curiosité, d'abord dans son pays natal et, ensuite, dans toutes les principales villes d'Europe. On conserve au British Muséum l'avis suivant qui annonce son arrivée à Londres.
« Ceci est pour donner avis à tous les gentlemen, ladies, et autres, qu'il vient d'arriver de France et que l'on peut voir au Grand Verre, près Gharing-Cross, un géant né en Saxe, qui a plus de huit pieds de haut et qui