‹ Les nains et les géantsChapitre 5 sur 46 · Pomponius Mêla, De situ orbis, lib. III, c. vui · texte numérisé non relu

Pomponius Mêla, De situ orbis, lib. III, c. vui

• do NAINS ET GÉANTS

de la zone tempérée dans un état de désavantage ou d'infériorité marquée. Or, cette infériorité ressort avec la dernière évidence des conditions d'existence de la nature éthiopienne et du dénûment dans lequel elle est pour toutes les choses nécessaires à la vie de l'homme. La plupart des Éthiopiens, en effet, mènent une vie misérable; ils vont nus et sont réduits à errer de place en place à la suite de leurs troupeaux. Le bétail qui compose ces troupeaux est lui-même de très petite taille et cela est vrai des brebis aussi bien que des chèvres.... A la rigueur, on pourrait croire que c'est ce rapetissement propre aux races de l'Ethiopie qui a donné l'idée de la fable des Pygmées, car il est notoire qu'aucun voyageur digne de foi n'a parlé de ce peuple comme l'ayant vu*. »

Enfin, un siècle plus tard, Ptolémée (liv. IV, ch. viu) plaçait également en Ethiopie, entre le fleuve Aslopodis et les monts Garbates, une race d'hommes de petite stature qu'il appelle Péchiniens, sur lesquels il donne peu ou point de détails, mais qui ne seraient autres que les Pygmées entrevus avant lui.

Tout ce qui avait été écrit dans l'antiquité sur les populations naines de l'Afrique et des Indes ne trouva que peu de créance auprès des voyageurs et des écrivains du moyen âge, assez portés cependant à ajouter foi aux légendes merveilleuses. Et plus tard, malgré les relations de quelques hardis explorateurs qui affirmaient avoir vu sur les côtes d'Afrique de petits hommes qu'on leur avait dit appartenir à des races naines habitant l'intérieur des terres, les écrivains du seizième et du dix-septième siècle nièrent toujours l'existence de ces peuples, alors qu'ils acceptaient sans contrôle et avec une sorte de complaisance les récits exagérés que leur faisaient sur les géants patagons, les compagnons de

1. Sthabos, Géographie, 1. XVII, c. ii, trad. Amédée Tardieu.

LES NAÎNS li

Magellan. Il leur répugnait sans cloute d'admettre cette sorte de dégénérescence de l'espèce humaine et la plupart prétendaient que ce que les voyageurs avaient pris pour des nains n'étaient, en réalité, que des singes dont les différentes espèces étaient alors peu connues et sur lesquels on racontait des histoires surprenantes.

C'était ainsi, du reste, que Marco-Polo, le plus célèbre voyageur du moyen âge, avait expliqué la fabrication des prétendus nains que l'on faisait voir de son temps en Europe et dans tout l'Orient* : « Je veux aussi vous prévenir que ces petits hommes de l'Inde qu'on vous fait voir n'en sont nullement; mais on les fait dans ce pays (l'île de Sumatra, qu'il désigne sous le nom d'île de Java-la-petite), et voici comment. Il y a en cette île une espèce de singes moult petits et ayant le visage de l'homme. On les prend et on les pelle tout entiers, en ne leur laissant de poils que pom^ la barbe et sur la poitrine, puis on les fait sécher et on les prépare avec du camphre ou autre chose, de sorte qu'on les fait passer pour de petits hommes; mais c'est un mensonge, car nulle part, dans l'Inde ni ailleurs, nous n'avons vu d'hommes d'aussi petite taille ^. »

Avant Marco-Polo, du reste, Albert le Grand^ avait émis cette opinion que les Pygmées d'Aristote n'étaient en réalité, que les singes d'Afrique, opinion partagée plus tard par un grand nombre d'auteurs.

Un écrivain, dont les œuvres ne sont pas assez souvent consultées, Louis Guyon, médecin qui vivait à la fin du seizième siècle*, a résumé tout ce qui avait cours de son temps à propos de l'existence des nains :

1. Edouard Charton. Les Voyageurs anciens et modernes, t. II, p. 389.

2. On fabriquait également ainsi, au moyen âge, des sirènes, des mandragores, etc. (Ibid.)

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