LA FORMATION DES GRANDES NATIONS
décision ni le même élan. Il chercha à convoquer un parlement national et se laissa gagner la main à Heidelberg par une réunion des représentants de divers États germaniques. Il convoitait la couronne de l'empire; et, quand on la lui offrit, il hésita à la prendre. Bien plus, il refusa de la recevoir quand il apprit que la Russie s'interposait, par les armes, entre les hostilités de TÂutriche et de la Hongrie. Mais, cependant, le Parlement allemand s'était ouvert à Francfort et avait rédigé une constitution allemande; comme en Italie, l'idée de Tunité était entrée dans les voies de fait. Gomme en ItaUe, l'entreprise se brisa, ici, grâce à la couardise du roi de Prusse et à la résistance des autres souverains à se soumettre à l'œuvre du Parlement, grâce enfin à la réaction qui suivit, en Europe, la chute des Italiens et des Hongrois. Le même Frédéric se chargea d'éteindre dans le sang les protestations armées qui se firent, à cette occasion, en son royaume et au dehors.
On resta quelque temps sans parler de la reconstitution des deux nations. L'idée, toutefois, travaillait les esprits de l'un et de l'autre peuple, et, chez tous deux, trouva enfin des hommes d'État capables, par leur habileté et leur énergie, de la réaliser : le comte de Cavour en Itahe, le comte de Bismark en Allemagne; le comte de Gavour parvint à intéresser la France en faveur de sa pensée et lui dut ses premières victoires contre l'Autriche; le comte de Bismark sut l'endormir; et aujourd'hui Tltalie est un fait, l'Allemagne un autre fait.
Mais que de sang et de larmes pour arriver à ce résultat ! L'unité de TltaUe a coûté trois guerres avec l'Autriche : une sans profit, celle de 1848; une autre pour gagner la Lombardie, celle de 1859; une autre pour délivrer la Vénétie, celle de 1866, dans laquelle Victor-Emmanuel fut victorieux en perdant deux com-
i2 DE LA RÉORGANISATION DES NATIONS
bats. Dans la première, les Italiens luttèrent seuls; dans la seconde, alliés avec les Français, ils livrèrent les terribles batailles de Magenta et de Solférino; dans la troisième, protégés par les Prussiens, ils combattirent à Lissa et à Custozza. Garibaldi envahit avec ses volontaires les deux Siciles et appela à son aide les armées du roi pour expulser de Gaëta François de Naples; et, par la force des armes, il chassa les deux ducs de Parme et de Modène et occupa les États du pape.
L'unité de T Allemagne ne fut pas moins coûteuse; en 1848^ la Prusse intervint déjà dans la question des duchés de Schleswig-Holstein avec le Danemark, prenant pour motif le principe des nationalités et travaillant avec rinstrument et le bras de la Confédération germanique. Si elle fut heureuse sur terre, elle souffrit sur mer de grands désastres; et encore sur terre ne réussit-elle pas à décider la victoire en sa faveur à la bataille de Plensburg, qui fut la dernière. Elle dut se retirer enfin devant l'activité menaçante de la Suède et la médiation de TAngleterre et de la Russie, sans obtenir autre chose que la faculté de nommer deux des cinq commissaires qui devaient constituer désormais le gouvernement des deux duchés.
En d863, la guerre se renouvela. La Diète d'Allemagne se prononça pour l'indépendance du Schleswig- Holstein ; et la Prusse se risqua de nouveau à la lutte, dans le but d'affirmer de plus en plus 1* unité de la patrie. Elle fut aidée contre les deux duchés par l'Autriche, qui la regardait avec envie et cherchait à la tenir subordonnée; et ainsi elle se mit encore à lutter vigoureusement et bravement pour les arracher au Danemark. Elle les arracha ; et si, en principe, elle les partagea avec TAutriche, elle les possède depuis exclusivement par le traité de Gastein, signé en 1865.