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LA FORMATION DES GRANDES NATIONS

Une année après, en 1866, la guerre éclatait entre la Prusse et T Autriche, guerre féroce et sanglante, dans laquelle la Prusse, alliée avec Tltalie, tenait son ennemie entre deux feux. Dans la seule bataille de Sadowa, les Autrichiens perdirent, en morts et en blessés, près de 42,000 hommes; les Prussiens, pas moins de 12,000. Je ne parlerai pas des soldats qui succombèrent dans les combats partiels de Podol, Nachods, Trentenau, Bugersdorf, Skalitz, Munchengraetz, Saromirs et Gitschin, ni de ceux qui périrent dans la campagne du Mein, où la Prusse luttait contre les États secondaires de l'Allemagne. L*Autriche, partout vaincue et l'ennemi aux portes de Vienne, dut capituler avec le roi Guillaume sans rien sauver que ses propres États. Elle déclara dissoute la Confédération germanique, adhéra à la Constitution que se donnerait l'Allemagne, s'exclut de la nouvelle nation, et se réserva seulement le droit d'être consultée sur les liens qui s'établiraient entre les Confédérations du Sud et du Nord. La victorieuse Prusse devint dès lors l'arbitre de celle du Nord.

Une autre guerre, encore plus grande et plus coûteuse, fut nécessaire pour assurer l'unité de l'Allema* gne. La France commençait à s'effrayer des conséquences de son imprévoyante politique vis-à-vis de ritalie : elle ne voyait pas sans inquiétude la formation autour d'elle de si puissantes nations. Elle slnquiéta surtout quand elle vit évanouie l'espérance et peut-être éludée la promesse de pousser jusqu'aux bords du Rhin ses frontières du nord-est. Elle vit alors que, grâce à des traités spéciaux, les troupes des États du Sud composaient la même armée que ceux du Nord, et elle ne put réprimer son dépit ni sa colère. Il manquait seulement un prétexte pour se lancer dans la guerre. Elle laissa passer celui de la question du Luxembourg et profita de celui du traité qui proposait un Hohen-

zollem au trône d'Espagne. Grande et terrible fut cette dernière lutte : tant de batailles perdues par la Franco aussitôt que livrées; des capitulations en masse d'armées formidables; Napoléon, après le désastre de Sedan, courant dans les bras du roi Guillaume ; Metz capitulant avec une garnison de 100,000 hommes; Paris assiégé, bombardé et pris par famine; la pak obtenue par les Français à la condition de livrer les provinces d'Âtsace et de Lorraine et d'avoir Fennemi dans leurs places fortes, en attendant qu'ils payassent cinq mille millions de francs! Que l'on calcule à côté les sacrifices de l'Allemagne pour atteindre à de si brillants triomphes; la nation toute en armes; les richesses de la nation mises au service des armées, le sang de la nation versée à torrents.

Si, avec cela cependant, se trouvait fermée la période des guerres engendrées par la reconstitution de l'Allemagne et de ritalie 1 Ni l'attitude ni le caractère de la France ne permettent de le croire. Elle répare ses forces, elle refait ses armées, elle approvisionne ses arsenaux et ses parcs. Il n'est pas aisé qu'elle se résigne ni à se voir raillée ni à perdre la suprématie qu'elle exerçait en Europe. Pour ne pas la perdre, elle se défit de Louis-Philippe et a jeté bas le second Empire.

Eh quoi ! Tunité de l'Italie et de T Allemagne valaitelle de si grandes et de si calamiteuses guerres!

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