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CHAPITRE V

J'entends déjà mes contradicteurs. « Vous cherchez à résoudre le problème par la fédération? me disentils. La fédération serait aujourd'hui un anachronisme. Elle pouvait être bonne quand les nations étaient en enfance, mais non maintenant qu'elles sont adultes. Le monde marche à Tunité, et Thistoire politique n'est ri^i que la série des efforts que font les peuples pour l'obtenir. Voyez! vous voulez détruire l'œuvre lente des siècles et nous faire rétrograder au moyen âge, sinon aux temps de l'ancienne Grèce. Que vous voulussiez réunir par la fédération en un faisceau les nations de l'Europe, — bien qu'utopique et irréalisable, c'est un noble désir! — à la bonne heure! Mais, si vous ne voulez point désorganiser les nations, n'introduisez point la fédération dans le gouvernement d'aucune d'entre elles; n'inoculez pas aux peuples ce genre de dissolution et de mort. Nous pourrions la tolérer chez les peuples qui se forment nouvellement, non chez ceux qui sont formés. La fédération, c'est la faiblesse; l'unité, c'est la force. La fédération est la prédominance des petits intérêts; l'unité est celle des grands intérêts. D

Ces arguments se trouvent dans la bouche d*un grand nombre et passent pour indestructibles. Examinons-les. L*un des peuples les plus actifs et les plus puissants du monde» comme je Tai dit, le premier qui ait réalisé l'idéal de la démocratie, le plus pur représentant de la vie moderne, c'est les États-Unis d'Amérique : ils sont, comme nous venons de le voir, constitués fédéralement. Ils ne comptent pas moins de 30,000,000 d'habitants. Qu'on se rappelle maintenant comme a été résolue la redoutable question de l'esclavage aux Etats-Unis! Quelle nation a montré en cela plus de grandeur, plus d'énergie, plus d'audace? Ils ont dû affronter une des plus sanglantes guerres civiles et n'ont épargné aucun sacriâce pour faire prévaloir leur généreuse, pensée. Et aujourd'hui des millions d'esclaves sont non-seulement hommes, mais citoyens. Et la fédération est un aiiachronisme? et les peuples fédéraux sont débiles et ne s'occupent que de mesquins intérêts?

En dehors des Etats-Unis, sont fédérales, en Europe la Suisse, en Amérique le Mexique, la Nouvelle-Grenade et les républiques de la Plata. Fédérale encore est l'Autriche, au moins en ses relation^ avec la Hongrie. Celle-ci, en 1848, se souleva pour son indépendance et, bien que vaincue, ne cessa d'être pour l'empire un trouble et un péril. L'Autriche, pour éviter avec elle ces éternels débats, ne trouva pas de meilleur moyen que de lui accorder son autonomie, d'aller se faire couronner à Pesth et de ne la laisser unie au gouvernement de Vienne que par des liens fédéraux. Elle lui octroya qu'elle se régirait par ses propres lois, aurait son administration, son Parlement et serait, pour sa vie intérieure, complètement maîtresse d'ellemême. Peut-être le jour n'est pas loin où l'Autriche agira de même avec la Bohême.

£t la fédération est un anachronisme? Quelle nation tenez-vous pour la plus unitaire? La France? Bonaparte, un de ses génies, la Confédération allemande étant dissoute, la rétablit sous le nom de <e Confédération du Rhin ». Louis Bonarparte voulut, après la bataille de Solférino, confédérer les peuples d'Italie. On me dira qu'ils ne voulaient pas de ce régime pour leur patrie : toujours est-il que, puisqu'ils l'ont employé, ils ne Tout pas jugé si contraire à l'esprit de leur temps. La nation môme était, sans le savoir et peut-être sans le chercher, imprégnée de l'idée de fédéralisme. En son plus beau et plus magnifique mouvement de 1789, elle célébrait ses triomphes révolutionnaires dans les brillantes fêtes de la Fédération, les plus imposantes qu'ait conçues l'imagination des peuples. Klle avait, en sa célèbre Convention, un parti qui, s il n'était fédéral, caressait l'espérance de trouver dans l'organisation des provinces un bouclier contre la tyrannie de Paris sur l'Assemblée.

Peut-être le lecteur doute-t-il de la signification de ces faits? La première fête de la Fédération se célébra au Champ-de-Mars le 14 juillet 1789. Là vinrent de tous points de la France plus de 60,000 hommes, groupés sous les bannières de leurs provinces respectives. Ces bannières, tout de même que Toriflamme national, furent bénies par l'évêque d'Autun sur l'autel de la Patrie. Lafayette parla pour les 00,000 délégués comme pour lui et pour l'armée, et jura d'être fidèle à la nation, au roi et aux lois. Ni alors, ni depuis, il ne se donna aux représentants des provinces d'autre titre que celui de confédérés . — Que les Girondins tendissent au fédéralisme, Mme Roland elle-même, qui était girondine et cherche à les disculper de cette accusation, nous le découvre en ses Mémoires. Par elle, nous savons leurs idées sur les départements et les raisons

par lesquelles Bazot défendait ce système de gouvernement. Il résulte de tout ce qu'elle nous dit que, s'ils soutenaient l'unité et l'indivisibilité de la République, c'était seulement parce qu'ils les croyaient nécessaires en ce moment pour faire front à l'Europe. La conduite qu'ils tinrent après leur chute achève de nous le prouver. Ils cherchèrent alors réellement dans la coalition des provinces un moyen d'en finir avec Tomnipotence de Paris.

La fédération, bien loin d'être une idée des autres temps, est celle des nôtres. Montesquieu, qui certainement n'appartenait ni à l'antiquité ni au moyen âge, la considérait comme le seul système capable d'obvier aux inconvénients des petites et des grandes nations, de concilier les avantages de la république avec U grandeur de la monarchie, et d'être à la fois la protection de la hberté et la garantie de l'ordre {Esprit des lois^ liv. IX, c. II). Proudhon finit par faire de la fédération son programme de gouvernement. Il la regardait comme la solution de toutes les antinomies politiques, comme le plus ferme rempart contre les usurpations de l'Etat et contre l'idolâtrie des multitudes, comme la plus solennelle expression de la dignité de l'homme, comme l'unique système sur lequel s'appuient en un équilibre indestructible, la paix et la Justice {du Principe fédératif). Gervinus, un des historiens les plus sensés et les plus perspicaces du siècle, croit que par elle seule on peut assurer la hberté et la paix de l'Europe. Déjà, en 1852, il annonçait l'agrandissement actuel et l'actuelle prépondérance de l'Allemagne, et leur donnait pour fin pohtique, dès qu'ils seraient réalisés, de transformer en fédérations les grands Etats, dont l'unité, disait-il, est si exposée aux dangers (Introduction à Vhistoire du xix* siècle^ section V, dernier paragraphe).

Pi y Maroall. 3

Ceux-là seuls qui méconnaissent tout à fait comment les idées se développent et prennent corps peuvent soutenir que la fédération soit une rétrogradation. Toute idée est éternelle et passe par une vaste série d'évolutions avant d'arriver à se réaliser dans toute sa plénitude et dans toute sa pureté. Nous les voyons, pour ce motif, réapparaître fréquemment dans le cours des événements. Les institutions dans lesquelles elles s'incarnent, les faits par lesquels elles se manifestent, les formes qu*elles revêtent, ne sont toutefois pas les mêmes. Elles changent de siècle en siècle et même de peuple à peuple. Elles changent surtout d'après le lieu qu'elles occupent et leur importance parmi les autres idées du même ordre, se montrant, chaque fois, plus parfaites. C'est ce qui est arrivé, et il ne pouvait pas en arriver moins à la fédération, ancienne comme le monde. Nous la distinguons déjà dès les premières lueurs de Thistoire. Nous la trouvons premièrement parmi les Israé- Utes et les Phéniciens; puis, en Grèce et en Italie; plus tard, en Italie encore, en Allemagne, en Hollande; enfin chez les nations qui l'ont aujourd'hui comme base de leur organisation politique. Au moyen âge et dans l'antiquité, elle était loin d'être, comme aujourd'hui, le principe générateur de tout un système ; elle était loin de s'offrir comme applicable à de vastes sociétés et à toute l'espèce humaine. De siècle en siècle, ses horizons se sont agrandis et, à la lumière de la démocratie, sont devenus de jour en jour plus splendides. Dans V histoire de la fédération que je me propose de faire en un autre ouvrage, le lecteur verra les énormes différences qu'il y a, par exemple, entre le conseil des amphyctions de l'ancienne Grèce et le sénat de la moderne Répubhque de Washington, entre la ligue hanséatique du moyen âge et celle qu ont formée et que tendent à réaUser sur le terrain social

et politique les travailleurs d'Europe et d'Amérique.

La fédération est l'idée la plus vive de notre siècle et arrivera à être un fait pour tous les peuples, que l'Aile* magne suive ou non la politique que lui dictent ses intérêts et que lui conseillait Gervinus. Qu'importe que le principe sur lequel se sont formées et s'appuient quelques nations soit autre? Nous l'avons déjà vu, il les a composées et décomposées vingt fois dans le cours prolongé de l'histoire. Quand môme il n'en serait pas ainsi, il est palpable que nous ne devrions pas nous fixer dans une organisation irrationnelle, par cette raison seulement qu'elles l'auraient choisie. Que n'avons-nous pas dit des anciens qui sacrifiaient l'individu à l'État? Dé même que nous avons distingué et émancipé notre personnalité de la personnalité de l'État, il est juste que nous distinguions et émancipions celle de la cité, qui a été le premier et le plus naturel des groupes politiques, et celle des provinces qui furent autrefois des nations. Il est tout au moins illogique de ne respecter l'autonomie que des deux extrêmes de la série : et ce Test encore plus, quand on considère que chaque groupe doit son origine à un ordre différent de nécessités et qu'ils doivent tous se mouvoir dans le même cercle déterminé. L'organisation la plus rationnelle est, naturellement, celle qui permet la libre action, dans leurs cercles respectifs, non-seulement à ces groupes, mais aussi à tous ceux qui se forment en eux pour remplir les diverses fins de notre existence. Et puisque la fédération permet toutes ces choses, nous devons constituer par elle les États même qui se formèrent par l'unité et qui vivent dans l'unité.

Celui-là se trompe, qui croit qu'il s'agit pour cela de dissoudre les nations existantes. Qu'importerait qu'ici, en Espagne, la Catalogne, l'Aragon, Valence et Murcie, les deux Andalousies, TEstramadure, la Galiicie, Léon,

les Asturies, les provinces Basques, la Navarre, les deux CasUlles, les îles Canaries, celles de Cuba et de Puerto-Rico, recouvrassent leur autonomie si alors comme maintenant elles étaient unies par un pouvoir central, armé de la force nécessaire pour défendre contre les indigènes et les étrangers l'intégrité du territoire, maintenir Tordre si les nouveaux Etats n'y suffisaient pas, décider des questions qui surgiraient entre eux et garantir la liberté des citoyens? Si, de plus, ce pouvoir avait à sa charge les intérêts véritablement nationaux, est-ce que la nation changerait de manière d'être? La nation resterait la même. Et quels avantages n'en résulterait-il pasi Le pouvoir central, délivré de toute intervention dans la vie intérieure des provinces et des communes, pourrait observer avec plus d'attention la politique des autres peuples et poursuivre avec plus de certitude la sienne propre; entendre mieux la nation et lui procurer de meilleures conditions de vie ; organiser avec plus d'économie les services et développer les grands intérêts de la navigation et du commerce ; les provinces affranchies, de leur côté, de la protection et de la tutelle de l'État, pourraient hâter le développement de tous leurs germes de prospérité et de richesse : l'agriculture, l'industrie, l'échange, la propriété, le travail, l'enseignement, la moralité, la justice. Chez les nations fédéralement constituées, la cité est aussi libre dans la province que la province dans le corps général de la République ; TEspagne aurait de véritables foyers de vie jusque dans le dernier de ses municipes. Grâce à l'autonomie dont elles jouirent, beaucoup de nos cités eurent, en d'autres temps, de vastes périodes de grandeur et de gloire.

Il en arriverait autant en France si elle rendait à ses provinces la vie qu'elles possédèrent ; en Italie, si elle déclarait autonomes ses anciens royaumes et républi-

ques, et même en Angleterre si TEcosse et Tlrlande étaient, elles aussi, autonomes. Comme les nouveaux Etats resteraient unis par les liens de la fédération, l'Angleterre, l'Italie et la France seraient toujours les nations qu'elles sont aujourd'hui, mais avec une plus intime cohésion entre leurs divers membres, mais avec plus de centres de vie qu'elles n'en ont jamais eus, mais sans la crainte que là l'Irlande, ici Nice et la Savoie, ici la Toscane et Naples songeassent un jour à leur indépendance.

On dit que, tout au moins, se romprait l'unité des nations; rien de plus inexact. Les nations sont unes tant qu'elles forment un tout organique. Ce n'est point parce que l'organisme change que l'unité se rompt. Elle se rompt seulement quand disparaît la force qui maintenait les parties dans le tout. Ici, en Espagne, par exemple, en 1808, notre organisme politique se décomposa tout à coup. Ses rois, qui étaient tout le pouvoir de ce temps, Tabandonnèrent quand déjà les troupes de Bonaparte l'avaient envahie. Grâce à la force de cohésion qui existait entre les provinces , tant de si extraordinaires événements ne parvinrent pas à briser l'unité de la patrie. La nation se réorganisa d'abord par la junta centrale et puis par des Certes qui modifièrent essentiellement la constitution de TËtat. Avant comme après ce changement, il y eut une Espagne.

Je sais que beaucoup entendent autrement l'unité des nations. Ils ne les«considèrent unes que lorsqu'elles forment un seul corps de citoyens et ont pour tous les mêmes pouvoirs et les mêmes lois; quand les provinces et les peuples ne sont que des entités administratives sans réalité d'aucune espèce; quand l'Etat est la source de toute autorité et de tout droit, et, par les gouverneurs et les maiîes, ses agents, peut étendre son action au hameau le plus écarté et la faire sentir dans tous les

endroits du royaume. Mais cette idée de Tunité est inadmissible. Les peuples et les provinces sont pour le moins aussi réels que les nations. Il est vraiment chimérique de chercher l'unité dans la négation de ces réalités. Si on les nie, sur quoi s*appuiera la réalité des nations mêmes? Pourquoi ne seraient-elles pas à leur tour de simples entités administratives dans les empires comme ceux de Napoléon et de Gharlemagne ?

Cette idée de l'unité nous mène, au reste, comme par la main, à l'absolutisme. Pourquoi la multiplicité des pouvoirs? Pourquoi cet antagonisme entre les rois et les Parlements? Pourquoi pas, alors, un seul Dieu, un seul monarque et une seule loi pour toutes les nations? Cette idée, quoiqu'ils ne la poussassent pas jusqu'à ses dernières conséquences, a déterminé la marche de quelques peuples. Les effets en ont été désastreux. C'est elle qui a attiré dans les capitales la vie des provinces; c'est elle qui a paralysé l'initiative des cités et les a habituées à tout attendre de l'omnipotence des gouvernements; c'est elle qui a mis à la merci des armées la liberté des citoyens et la dignité de la patrie; c'est elle qui a condamné les nations à fluctuer entre la réaction et la révolution, et qui les maintient en un perpétuel état de guerre.

Les éléments constitutifs des nations sont aujourd'hui l'individu, le peuple et la province. Ce n'est pas en les détruisant ni en les privant des conditions naturelles de leur existence, qu'on les fera parvenir à l'unité, mais en les subordonnant, tels qu'ils sont, à une force qui les oblige à se mouvoir dans la vie de la nation à laquelle ils appartiennent. Les planètes, de ce qu'elles tournent autour du soleil et en reçoivent lumière et chaleur, n'ont point les mêmes mouvements ni la môme vie. Chacune d'elle est une variété dans l'unité du système. Cette variété dans l'unité ou, ce qui est la môme chose,

cette unité dans la variété est générale dans la nature, où tous les êtres, excepté l'esprit de l'homme, obéissent à la seule loi de la nécessité. Et nous voudrions nous opposer à la variété, en tentant de réduire à l'unité des êtres qui naquirent libres 1

L'unité dans la variété, voilà la seule unité possible dans l'organisation des sociétés. La variété, après tout, existe, et ce serait folie d'entreprendre de faire abstraction d'un fait. Malgré les invasions, le mélange des races, les efforts faits pour effacer toutes les différences de peuple à peuple, il y a dans chaque nation des provinces à physionomie et à caractère personnels, que l'homme le moins observateur distingue sans peine quand il a l'occasion de les comparer. Ni par la langue, ni par les habitudes, ni par l'habillement, ni par les manières, il n'est possible de confondre ici un Castillan • avec un Catalan, ni unValencien avec unAragonais, ni un Andalou avec un Basque. Où manque la diversité des lois, demeure celle des usages et des coutumes. Personne, non plus, ne confondra en France le Provençal avec le Breton, ni les Gascons avec les Parisiens, ni en Angleterre les Irlandais avec les Anglais, ni en Autriche les Allemands avec les Bohémiens et les Hongrois, ni en Russie un Finlandais avec un Cosaque. Non-seulement la nature, mais l'histoire séparent ces peuples et cent autres que nous pourrions citer.

On dit que le monde marche à l'unité ; voyons sur quel terrain : ce n'est pas certes sur le terrain religieux, où chaque jour la division se fait plus grande et où la liberté des cultes s'impose comme un élément d'ordre à tous les gouvernements. Aux mille et une sectes qui se disputent les consciences, il faut ajouter celle du scepticisme, qui dissout tout. Le doute tue les antiques croyances, et la raison ne les remplace pas : la discorde augmente. Ce ne sera pas non plus sur le terrain phi-

losophique, où, sous cent formes et noms, luttent éternellement le spiritualisme et le matérialisme, sans qu'aucun des deux s'avoue jamais vaincu ni manque de force pour se remettre de ses défaites. En chacun des deux camps, ladivision est infinie : Toi capita tôt sensus. Aujourd'hui, ni la religion ni la philosophie ne réussissent à établir môme chez le même peuple l'unité de sentiments et d'idées. Ce n'est pas sans raison que ceux qui tournent leurs regards vers les bons temps du catholicisme ont dit que les sociétés étaient dissoutes. Cette môme dissolution des sociétés a contribué à ce qu'il n'y ait plus d'unité môme sur le terrain politique. Dans l'impossibilité d'unir les esprits par un dogme ou par une doctrine, on en est venu à reconnaître presque partout l'autonomie de l'homme, et on en a fait la • pierre angulaire de la constitution de TÉtat. Sans doute la hberté de pensée et le droit de suffrage ne sont pas soumis partout aux mêmes règles, et il n'en manque pas qui le nient en Europe, et à plus forte raison en Asie. On ne peut dire encore qu'aucune forme de gouvernement prévale : ici, on vit sous la monarchie, là sous l'empire, ailleurs sous la république; ici, le régime absolu; là, le régime démocratique, ailleurs le régime mixte. Et dans chaque nation il y a des partis et des fractions de partis.

Où donc est cette marche vers l'unité, dont on se vante tant? Sous le triple point de vue d'où je viens de considérer les sociétés, il est indubitable qu'il n'y a jamais eu moins d'unité qu'à présent. L'absence d'une croyance commune ou d'une commune doctrine ne pouvait manquer de se réfléchir actuellement dans toutes les manifestations de notre vie. Mais on me dira peut-être qu'on entend l'unité dans le sentiment de congrégation et d'union de tous les peuples. En ce FJècle môme, nous avons vu la moitié de rÂmérique se

séparer de l'Espagne et se diviser, non sans guerres, en une multitude de nations. Quelques années auparavant, les États-Unis s'étaient dégagés de l'Angleterre. L'empire napoléonien a duré encore moins que celui d'Alexandre; ici, l'empereur a survécu à son empire, ï^a Belgique a cessé de faire partie de la Hollande. L'Autriche a été arrachée de l'Allemagne. La Turquie se démembre. La Norwège n*a fait que passer des mains du Danemark à celles de la Suède, les duchés de l'Elbe de celles du Danemark à celles de la Prusse, la Finlande de celles de la Suède à celles de l'autocrate russe.

Quels sont, enfin, les peuples qui se sont recher>chés?De ceux d'Allemagne, on pourrait dire qu'ils ont resserré les liens qui les unissaient, mais qu'ils ne les ont pas établis; avant 4866, la Confédération germanique existait plus vaste môme que maintenant. L'Italie s'est reconstituée; c'est la seule tendance à l'unité qui se soit, dans notre siècle, révélée par des faits, et suffit-elle pour dire pompeusement que le monde marche à l'unité? Voyez toutes les nations, de la plus petite à la plus grande, elles sont toutes jalouses de leur indépendance et les unes pour les autres pleines de rivalités et de méfiances. Le patriotisme est encore ce qui fait vibrer avec le plus de force les fibres du cœur de l'homme, ce qui nous élève le plus à l'héroïsme et au sacrifice. Ici, dans notre péninsule même, sur les confins de l'Espagne et de France, sur les versants des Pyrénées Orientales, il y a une minuscule république qui n'arrive pas à compter plus de mille kilomètres carrés de territoire. Placée entre deux grandes nations, elle s'est vue souvent menacée de mort. Elle a fait des prodiges d'habileté pour ne pas tomber dans les mains de ses voisins. Ne lui parlez pas de s'incorporer à la France ni à FEspagne : Tidée de perdre son autonomie la révolte.

Toute agrégation de peuples est-elle, d'ailleurs, un bien? Nous devons alors applaudir à la conduite de la Russie, qui sans cesse va étendant son empire sur les peuples de ses frontières. Nous devons encourager les czars à réaliser la monarchie universelle et à mettre tout d*abord sous leur sceptre toutes les nations d'Europe. Nous ne prétendons pas, répondra- t-on, qu'elles soient réunies par Tépée : mais, si elles ne veulent point renoncer à leur indépendance, quel autre moyen que la fédération? Nous Tadmettons, répondra-t-on peut-être, pour réunir les nations ; mais, avant 1859, n'étaient- ce point des nations que beaucoup de peuples qui font aujourd'hui partie de lltalie? N'étaient- elles point des nations, Naples, Parme, Modène, la Toscane, la Sardaigne? Il faut bien convenir que le principe fédératif était applicable à la reconstitution de l'Italie : mais comment ne* voit-on pas que les provinces d'Angleterre, de France, d'Espagne, d'Autriche, de Russie furent des nations comme l'étaient, il y a quinze ans, la Sardaigne et Naples? Le fait prime-t-il le droit? Toutes ces provinces furent incorporées à leurs nations respectives, ou par la force, ou sous la condition de se gouverner, dans leur vie intérieure, par leurs institutions et par leurs lois. Pourquoi la fédération pour les unes et pas pour les autres?

Je suis d'avis que le monde doit marcher — s'il n'y marche en effet — vers l'unité , non à cette unité absurde qui consiste en la destruction de toute variété , mais à cette unité dans la variété, — que nous découvrons dans la nature. Et c'est justement parce que je désire cette unité, que je suis partisan de la fédération et ai en elle une foi absolue. Assurément, il ne se présentera, en politique, aucun autre principe qui soit, comme elle Test, d'universelle application. Le même sert à réunir les cités comme à lier les nations. Le môme

s'adapte aux monarchies et aux républiques : nous pouvons l'employer également pour l'organisation sociale et pour Torganisation politique. Par exemple, en chaque fédération politique peuvent se confédérer sans difficulté les diverses catégories du travail : ragricultare, le commerce, Tindustrie, la science et les arts. L'unité se forme de bas en haut par Téchelle graduelle des intérêts locaux, provinciaux, nationaux, continentaux, européens, humains. Et elle se réalise sans violence et sans effort, parce que, en ce qui regarde ses intérêts particuliers, chaque groupe conserve son indépendance.

Les intérêts 1 s'écriera peut-être quelqu'un; je comprends d'abord sous ce même nom les intérêts moraux et les matériels. Seulement ils tombent encore sous l'action des gouvernements. Ignore-t-on par hasard quelle a été l'origine des peuples? Celle de la tribu fut le lien du sang; celle des cités, réchange. L'échange groupa les familles en peuples ; quel fut l'objet de l'autorité qui, plus tard, naquit avec eux? Premièrement^ de régulariser les conditions de ce même échange, puis de l'étendre aux autres services. L'autorité se chargea de ceux qui étaient communs à tous les voisins, et ceux-ci les lui payèrent avec une partie de leurs produits. De là les services publics; de là les impôts. De là le gouvernement; de là la justice. Les provinces et les nations sont cela et rien de plus sur une plus grande échelle ; c'est cela que serait demain la confédération européenne.

Qu'on observe maintenant ce qui aplanit le chemin ^ la future union des peuples. Ce sont principalement les intérêts. Le commerce abat les frontières, et le chemin de fer unit ce que séparent les haines de nation à nation et les préventions de race. La poste et te télégraphe enlacent les peuples les plus éloignés.

Les expositions universelles appellent en une seule capitale les produits de rindustrie du monde. Personne n'est plus étranger pour bénéficier de la richesse des autres peuples. Les traités de navigation et d'échange se multiplient. Les nations se mettent d'accord pour les sémaphores.

Il reste encore beaucoup de barrières à détruire, et les intérêts réclament encore beaucoup plus ; mais qui ne voit déjà, en ce qui se fait et même en ce qui reste à faire, la nécessité de créer un pouvoir supérieur à chacune des nations ? Les intérêts unissent même ce que la guerre désunit, et, pour moi, je tiens que tôt ou tard la diplomatie devra prévaloir sur l'épée, le droit sur la force, les arrêts des tribunaux sur les jugements de Dieu.

Je n'oublie pas que les'intérêts ont été une des principales et^plus puissantes causes de la guerre; je ne cesse pas de croire pour cela qu'ils puissent empêcher demain ce qu'ils ont hier occasionné et fomenté. Au fond de toutes les guerres de l'antiquité, on voit réelle* ment la convoitise. On combat pour accumuler des richesses, faire des esclaves, gagner des terres qui accroissent tantôt le patrimoine de la cité, tantôt la fortune de ceux qui l'habitent.

Quand un État, lit-on dans Platon, a crû de telle sorte que ni ses pâturages ni ses champs ne lui suffisent plus pour la vie des citoyens, il n'a' qu'à en voler aux voisins; telle est, ajoute-t-il, l'origine de ce funeste fléau que nous nommons la guerre (livre II, de la République), Dans le moyen âge, celle-ci n'offrait pas, d'habitude, un autre aspect. Les barbares descendaient simplement pour chercher des terres où s'établir. Déjà, avant Jésus-Christ, les Cimbres avaient envahi le midi de l'Europe, venant du cœur du Danemark. Us offraient la paix à Rome, qu'ils réussirent à

épouvanter, à la condition qu'on leur donnât des terres en Italie. Elle demandait des terres, seulement des terres, cette multitude de. peuples qui, cinq siècles après, abandonnèrent, comme eux, en quête de meilleurs climats, les forêts et les montagnes du Nord. Plus tard arrivèrent, dans le même but , d'abord les Mongols et les Tartares, puis les Turcs. Puis vinrent les Arabes, mus par le sentiment religieux, mais non moins aiguillonnés par la soif des jouissances et Favidité du lucre. Je n'ai que faire de parler des guerres féodales, véritables guerres de pillages.

Au moyen âge, les intérêts politiques commencèrent à prévaloir sur les intérêts matériels. Pour satisfaire l'esprit de domination et de convoitise, on alla sur d'autres continents chercher des champs de bataille. La guerre eut là principalement pour objet la constitution des nationalités et la prépondérance ou l'indépendance d'un peuple, ou le triomphe d*un prince. La Réfornie, les rivalités entre les grandes nations et la Révolution française ont été les semences de presque toutes les guerres de l'âge moderne. L'intérêt parti* culier est entré chaque jour pour une moindre part dans ces déplorables luttes. On n'a qu'à voir quels ont été le caractère et la fm de celles qui sont survenues depuis la mort de Napoléon Bonaparte. Les intérêts y ont un peu gagné, mais plutôt les intérêts généraux que ceux des peuples qui les soulevèrent. Je citerai deux exemples : la Russie, pour des services prêtés à la Turquie pendant l'insurrection d'Egypte, avait obtenu du Sultan qu'il fermerait la mer Noire aux autres nations. La guerre de Crimée eut pour résultat le libre passage du Bosphore et des Dardanelles, non-seule* ment pour les alliés, mais aussi pour tous les peuples. La Chine, comme on sait, ne communique point avec le reste du monde : elle tenait ses ports fermés à nos

navires. L* Angleterre et la France ont été par deux fois les ouvrir à coups de canon, et les ont ouverts pour tous les Européens.

Cette décadence des guerres d'intérêt particulier et cette prédominance des intérêts généraux, unies à une conscience plus grande et plus claire que Ton a d'eux, sont ce qui me fait espérer que, ici, en Europe, les intérêts mêmes mettront enfin terme à la guerre. Que .manque-t-il pour que cela arrive? Je l'ai dit et je le répète : qu'il existe un pouvoir politique qui les représente et les défende; qu'il y ait une confédération de nations, outre les confédérations des provinces et des peuples.

Mais, pourra-t-on finalement me répondre, parce que vous cherchez l'unité par Torganisation des intérêts ; parce que vous désirez Tunité dans la variété et non cette unité par laquelle on prétend tout couler dans le même moule, deoianderez-vous que ranarchie actuelle continue dans la monnaie, dans les poids et les mesures, et surtout dans le droit? Si aujourd'hui, sous un pouvoir autoritaire, les provinces s'opposent à ce qu'elle disparaisse , que vont-elles faire demain quand elles ne seront unies que par les seuls liens de la fédération?

C'est une erreur de croire que la fédération sera une difficulté à ce que les peuples et les provinces arrivent à un même droit, à un même système métrique et à un même système monétaire. En Grèce, près du golfe de Corinthe, il y eut autrefois une fédération qui avait le nom de Ligue achéenne. Elle se composait en principe de douze cités, mais elle s'étendit peu à peu à tout le Péloponèse. Au temps de l'historien Polybe, qui appartenait à la Ligue, les confédérés s'étaient déjà si bien confondus que non-seulement ils avaient les mômes lois , les mêmes me-

sures, les mômes poids et la même monnaie, mais aussi les mêmes magistrats, les mêmes sénateurs et les mêmes juges. Pour que le Péloponèse ne paraisse qu'une seule ville, dit cet. écrivain, il ne manque hen qu'une muraille qui Tentoure {Histoire générale^ lib. II, cap. xxxiii).

Qu'on tourne maintenant les yeux vers l'Espagne. Il y a environ quatre siècles déjà que toutes les provinces, à Texception du Portugal, forment un seul royaume. Il y en a quatre qui vivent encore sous la protection de leurs antiques fueros. Il y en a quinze qui se régissent par le droit de Gastille. L'unité monétaire est un fait récent. Celle des poids et mesures n'a pas descendu des régions officielles. Bien plus, on a écrit, il y a vingt-cinq ans, un projet de Code civil pour toute l'Espagne. Aucun gouvernement n'a même osé le soumettre à la délibération des Certes.

Non : la difficulté ou la facilité de ces réformes n'est ni dans l'unitarisme ni dans le fédéralisme, mais dans le caractère de ces réformes mêmes. Celles qui affectent la propriété et le commerce sont et seront toujours difficiles. Elles touchent à la vie intime des peuples, modifient plus ou moins les intérêts généraux, altèrent les habitudes et les coutumes; et la société, troublée comme elle ne le sera jamais par les réformes politiques les plus transcendantales, leur oppose une résistance aussi vigoureuse qu'obstinée. Allez dire à TAragonais et au Navarrais qu'ils renoncent à leur liberté de tester et se soumettent au régime de la succession forcée; ils vous répondront que ni leur autorité comme chefs de famille, ni leurs droits de citoyens ne le permettent. Allez leur dire que leurs veuves ne pourront dorénavant jouir de l'usufruit de leurs biens; ils vous répondront que vous dissolvez la famille, en rompant les. liens qui la maintiennent unie, à la mort du père.

Allez leur dire qu'en revanche ces \euves s'approprieront la moitié des biens qulls ont gagnés pendant le mariage; ils trouveront cela injuste et le considéreront presque comme une usurpation sur leurs fils. Allez dire maintenant à la généralité des Espagnols qu'ils comptent par kilogrammes et non par livres, par mètres et non par varas^ par hectares et non par fanégas^ par centimes et non par cuartos. Il se passera des anné^ et des années avant qu'ils arrivent à comprendre la relation entre les anciens et les nouveaux systèmes ; et dans un demi-siècle ils n'auront pas cessé de compter par les anciens. Il y a soixante et dix ans que le système décimal fait loi en France ; le peuple, surtout dans les départements, est resté fidèle aux anciennes pratiques.

Que faut-il principalement pour que ces réformes soient acceptées? Que ceux qui ont à les recevoir les reconnaissent justes et utiles; qu'elles naissent de la spontanéité sociale; que les lois et les systèmes qu'il s'agit d'abroger aient été, entre ceux mêmes qu'ils régissent, matière de discussion et de controverse, et qu'il y ait au moins parmi eux un parti qui soutienne la nécessité du changement. Sous le régime unitaire, il est impossible que ceci arrive dans celles de nos provinces qui ont leurs privilèges spéciaux. Comme elles n'ont point la faculté de modifier leurs codes, ni la nation celle de les corriger, sinon par des lois générales, il n'y a ici et ne peut y avoir aucun mouvement sur le terrain du droit. On pense à conserver le fueroy non à le réformer, et la législation est, pour ainsi dire, pétrifiée. Par la fédération seule, on peut revenir à la vie et la faire entrer dans les voies du progrès. Dès lors ces provinces, étant maîtresses d'accommoder leurs lois et leurs idées aux nécessités du siècle, ne tarderont pas à vouloir les amender, et ouvriront la carrière à la contra-

diction et au débat. Leurs délibérations et leurs réformes retentiront dans toute TEspagne, et on fera plus en peu d'années pour Tunité du droit qu'on ne fit en des siècles d'unitarisme. Je ne parle pas encore de la métrique ni de la monnaie, parce que, en tant que loi de la nation, ce n'est que par l'œuvre du temps qu'elles arriveront à descendre dans les dernières têtes du peuple.

La fédération, au lieu de compliquer la solution d'aucun problème, la facilite. J'ai parlé plus haut de la tendance générale des ouvriers à se substituer aux classes moyennes et à s'emparer du gouvernement. On se trompe beaucoup de croire que Ton puisse d'un coup refondre une société comme dans un moule; mais il est indubitable que^ en dénonçant les injustices dont ils sont victimes, ils ont soulevé de redoutables questions qu'il est urgent de résoudre si Ton veut éviter de grands dangers et peut-être de très-prochains conflits. Ces questions, bien qu'étant les mêmes partout, présentent un aspect différent non-seulement dans les diverses nations du monde, mais aussi dans les diverses provinces. Ici, par exemple, la question de la propriété de la terre, une des plus ardues que, comme je viens de le dire, on puisse agiter, est loin de se poser dans les mêmes termes au nord et au midi, à l'occident et à l'orient. Cela ne dépend pas seulement de ce que les provinces se régissent par loi commune ou par /ueros; cela dépend de causes dont les unes sont naturelles et les autres historiques. Ici, la terre est excessivement concentrée et là extrêmement divisée. Ici domine le principe individualiste, et là il lutte avec le principe communiste. Ici, le bien-fonds se conserve intact, et là il est rompu par le fermage et par l'emphytéose. Ici, la terre est aux mains des colons, et là aux mains de propriétaires. Ici, elle a été répartie avec justice, et là elle

a été l'objet d'usurpations qui soulèvent l'âme. Ici enfin, ilsufOtd'un demi-hectare pour la vie d'une famille et là deux hectares ne suffisent pas. Qui pourra avec le plus de certitude résoudre le problème? la nation ou les provinces? Est-il possible de dicter des règles gênéraies? Le mal n'exige*t-il pas, selon ses diverses causes, divers remèdes?

La fédération ensuite est le meilleur moyen non-seulement pour déterminer et constituer les nationalités, mais encore pour assurer en chacune la- liberté et l'ordre, et élever au-dessus de tous un pouvoir qui, sans porter en rien atteinte à leur autonomie, tranche \eé différends qui pourraient les amener à la guerre, et qui connaisse des intérêts qui leur sont communs. Je ne comprends pas à la vérité pourquoi tant l'ont si facilement abandonnée qui hier l'exaltaient, ni pourquoi d'autres la présentent comme un monstre qui menace de dévorer la patrie. Le girondin Buzot s'étonnait que les montagnards la considérassent comme une hérésie politique : que dirait-il s'il entendait aujourd'hui le concert d'imprécations que se permettent contre elle des gens même qui se vantent d'être libéraux et sensés? Si une cause pouvait se discréditer par les désordres et même par les crimes qui se commettent à sa faveur, la plus sainte mériterait l'anathème général. Nous aimons aujourd'hui la liberté, bien qu'elle ait servi de torche aux plus épouvantables incendies et d'épée aux plus sanglantes hécatombes. C'est une véritable puérilité de condamner la fédération pour des faits que je suis le premier à regretter, mais qui sont loin d'être aussi graves que ceux qui servirent au triomphe d'idées moins fécondes.

Qu'on ne croie pas d'ailleurs que je donne ceci comme la défense achevée de mon principe. Je le développerai et le systématiserai dans la seconde partie de

fia ce même livre, et ce sera là sa meilleure défense. Je

tlj vais répondre maintenant à une demande qui me fut

lui faite dès que j'entrepris l'examen de la théorie des

le? nationalités : Devons-nous être pour la reconstitution

lé- des peuples en petites républiques?

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