VI INTRODUCTION
j'ai toujours soutenu qu'il ne pouvait y avoir fédération, c'est-à-dire pacte, tant qu'il n'y aurait pas en Espagne d'États autonomes, et que par conséquent le mouvement devait commencer par la constitution des anciennes provinces en États. » C'était ce que Proudhon appelait a provoquer un mouvement en sens inverse p du mouvement unitaire et centraliste qui lui parais* sait enfin épuisé, a C'est aux provinces, disait^il, à faire entendre les premières leurs voix. » D'ailleurs ce mouvement, aux yeux dé Pi y Margall comme à ceux de tout homme sensé qui veut se donner la pensée de la réflexion, ne saurait entraîner la dislocation de l'Espagne, c où les provinces ont entre elles des liens trop forts pour jamais prétendre à se désagréger en rompant l'unité nationale. » Tout au plus pouvait-on craindre des conflits d'un moment, une anarchie passagère pendant laquelle les provinces, encore incertaines de l'étendue de leurs droits, auraient fini « par déterminer spontanément l'orbite où devraient se mouvoir leurs autonomies », et le contrat mutuel qui devait garantir leurs autonomies associées. Cette perspective d'une transition laborieuse, et qui pouvait avoir ses désordres, inquiétait et intimidait Pi y Margall, tant ce fédéraliste était soucieux d'épargner à son pays les transes et les incertitudes d'une révolution 1 II nous raconte que ses amis et lui étaient tombés d'accord « qu'aux premiers moments de la révolution fédérale on créât, n'ayant qu'un caractère tout transitoire, un pouvoir central fort et robuste qui maintint partout Tordre et Funité nationale, jusqu'à ce que, les provinces étant réorganisées, on arrivât à la constitution régulière des pouvoirs fédéraux. »
Là est, à mon sens, l'explication de sa conduite comme homme de gouvernement. Ce ne fut pas le principe d'autorité en soi qu'il défendit contre la cantonalilé, comme un vulgaire dictateur, mais l'action d'une force qui lui semblait capable de hâter et de faciUter la reconstitution fédérale de l'Espagne. Les fédérahstes, qui ne sauraient supporter l'idée d'une dictature, même temporaire, comprendront la situation exceptionnelle où se trouvait alors la répubhque espa-