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HENRI IV ET ÉLISADETH

par ses armes continuelles, et artifices accoutumés, nous devons joindre aussi nos efforts et les moyens que Dieu iious a donnés pour rompre ses dessseins (1). » Les ouvertures du roi de France ne furent pas mieux accueillies que ne l'avaient été celles du roi de Navarre (2). Après la ruine de Vannada, Philippe II avait cessé d'inquiéter l'Angleterre; Elisabeth se croyait à l'abri de tout danger, et elle ne se souciait guère d'entrer dans une lutte, dont l'issue devait' être de grandir la France et de lui donner la suprématie qui jusque-là avait appartenu à la maison d'Autriche. Henri IV ne trouva pas plus de sympathie en Allemagne ; les calvinistes lui étaient favorables, mais par cela même les luthériens lui étaient hostiles. Les princes protestants ne comprenaient pas combien Henri IV disait vrai en leur représentant « que leur conservation était conjointe au bien de ses affaires et de son royaume (3) ; » ils s'excusèrent en alléguant qu'ils ne pouvaient, comme membres de l'empire, prendre part à une alliance étrangère. Henri IV chercha des ennemis à l'Espagne, partout où il y avait communauté d'intérêts contre la domination de la maison d'Autriche. Il s'adressa au sultan, non sans se plaindre de l'indifférence des princes chrétiens, et surtout d'Elisabeth, sur l'appui desquels il avait compté (4) ; mais l'alliance avec les infidèles n'avait jamais été profitable à la France : Henri IV n'en reçut aucun secours efficace. Au bout de ses négociations, il resta seul dans la lice.

Philippe II n'avait pas renoncé à l'ambition de toute sa vie; malgré les échecs qu'il avait essuyés en Angleterre et en France, il poursuivait les desseins de la monarchie universelle sous le drapeau du catholicisme; comptant sur les intelligences qu'il conservait avec la Ligue, il fit une rude guerre à Henri IV. La prise de Calais effraya les Anglais. Quand ils se virent menacés eux-mêmes, ils consentirent à faire une ligue oftensive et défensive avec la France. Les Provinces-Unies entrèrent dans l'alliance. Cette coalition des puissances maritimes avec un État militaire aurait pu devenir fatale à TEspagne, si Elisabeth avait

(1) Lellres missives de Henri I , T. IV, p. 419.

(2i FlassoUj Histoire de la diplomatie française,!. II, p. 126, ss.

(3; Letlres de Henri 1 V, T. IV, p. 462,

(4) Id., ibicL, p. 475-478, 937.

mis toutes ses forces à la disposition de Henri IV ; mais elle lut alliée tiède du roi de France, comme elle avait été défenseur peu zélé des huguenots. Henri lui écrivait les lettres les plus suppliantes : « Je ne puis croire, dit-il, que vous permettiez jamais et moins vouliez la ruine de votre meilleur frère et plus tldèle ami, la conservation duquel sert comme de trophée à votre bonté non moins que de votre prudence... Je ne vous affligerais de mon affliction, si je n'avais entière confiance en vous, et si je pouvais, sans vous, sortir de la perplexité en laquelle la prise d'Amiens a réduit mes affaires (1). » La défiance perce au milieu de la flatterie, et elle était légitime. Dans une lettre confidentielle adressée à son ambassadeur à Rome, le roi avoue que ses voisins, sur l'assistance desquels il avait compté, ne semblaient pas trop tristes de sa peine, qu'ils espéraient plutôt profiter de sa nécessité, principalement la reine d'Angleterre. En effet, Elisabeth n'eut pas honte de demander Calais, au cas que la ville fût reprise, et de surbordonner ses secours à cette restitution; Henri IV, indigné, répondit que s'il devait être dépouillé, il aimait mieux que ce fût par ses ennemis que par ses amis (2). Le roi écrivit à son ambassadeur à Constantinople ces paroles amères : « Quelque amitié qu'il y ait entre les princes, ils ne cèdent guère rien les uns aux autres de ce qui importe à leur grandeur, comme ceux qui font profit de tout ce qui se présente, sans avoir égard h. l'intérêt de leurs plus chers amis : ce que pratiquent les Anglais plus que toutes les autres nations (3). »

Henri IV s'était promis une assistance sérieuse de sa puissante voisine, quand il s'engagea dans la lutte contre l'Espagne. Réduit pour ainsi dire h ses seules forces, il fut heureux d'accueillir les propositions de paix que lui fit Philippe II et qui aboutirent au traité de Vervins. La France, épuisée par un demi-siècle de guerres civiles, n'était pas en état de briser la puissance de la maison d'Autriche, et Henri IV apprit à ses dépens que les Provinces- Unies et Elisabeth ne tenaient à la guerre que dans leur intérêt. Lors des négociations de Vervins, les rôles chang:èrent subitement.

(1) Lrtlres de Henri IV, T. IV, p. 770.

(2) Jd., ibid., p. 751. — De Thou, Histoire universfilie, livre CXVI.

(3) Lellresde Henri IVj T. IV, p. 861.

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