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CHAPITRE lY

LA GUERRE DE TRENTE A?iS ET LA PAIX DE WESTPHALIE

§ 1. L'objet de la lutte.

Nous avons dit ailleurs que la lutte terrible qui ensanglanta l'Allemagne pendant trente ans fut religieuse dans son origine, mais que des intérêts politiques s'y mêlèrent, intérêts qui prirent une importance de plus en plus grande, à mesure que les hostilités se prolongèrent (1). C'est à ce point de vue qu'il faut se placer, si l'on veut apprécier la mission de cette guerre affreuse, et le rôle que les parties belligérantes y ont joué. Elle a eu pour but providentiel d'assurer la liberté religieuse en Europe, en lui donnant des garanties dans la patrie même de la réforme. Ces garanties n'existaient point dans la paix d'Augsbourg ; arrachée à la maison d'Autriche plutôt que librement consentie, ce n'était qu'une trêve. L'Église ne renonça pas à l'espoir de regagner, au besoin par la force, tout le terrain qu'elle avait perdu. Une milice puissante organisa la réaction catholique dans toute la chrétienté. Les jésuites agissaient sur les esprits, en s'emparant des générations naissantes par l'éducation : ce lent travail ne suftit pas à leur ardeur, ils excitèrent à la violence, ici à des conjurations, là à la

•:i) Voyez le tome IX' de mes Études historiques.

guerre civile. Ils échouèrent en France et en Angleterre,, mais en Allemagne leurs progrès menacèrent l'existence même du protestantisme.

Les jésuites trouvèrent un prince qui semblait né pour se mettre à la tète de la réaction catholique, Ferdinand, le chef de la maison d Autriche. Vainement dit -on que les desseins de Ferdinand n'étaient pas aussi gigantesques, qu'il ne songeait pas à détruire la réforme, mais à sauver le catholicisme. Ceux qui croient à la modération du parti catholique, ne connaissent pas la puissance du principe religieux qui fait sa force. Le catholicisme est poussé fatalement à la domination, car l'universalité est de son essence ; il se croit appelé par Dieu même à imposer ses croyances au monde entier. Lors donc qu'il se produit une hérésie dans son sein, il doit l'extirper; ses annales attestent qu'il ne recule pas devant le sang pour atteindre le but qu'il poursuit. Ferdinand, en le supposant vainqueur, eût été entraîné; instrument des jésuites, il serait allé jusqu'au bout, c'est à dire jusqu'à la ruine de la réforme. Détruite en Allemagne, où elle avait ses racines, n'ayant qu'une existence précaire en France, elle aurait succombé nécessairement en Angleterre et dans le Nord, et, avec elle, la libre pensée et la civilisation moderne.

Qui a sauvé le protestantisme et l'avenir de l'humanité? Ceux qui par leurs croyances et par leur intérêt politique étaient appelés à le défendre, les princes protestants ne désertèrent pas précisément sa cause, mais ils la compromirent par leurs divisions, source d'une irrémédiable faiblesse. Dieu leur envoya un sauveur, un héros digne d'être le défenseur de la liberté religieuse. Gustave Adolphe ne trouva pas d'appui chez les princes allemands et il périt au début de sa glorieuse carrière. Ses généraux continuèrent à lutter contre la maison d'Autriche; mais abandonnée par les protestants, la Suède aurait succombé, si elle n'avait trouvé un auxiliaire dans la France. Richelieu poursuivit l'œuvre de Gustave Adolphe, non par conviction religieuse, mais par intérêt pohtique. L'ambition de la maison d'Autriche était liée si intimement à la domination du catholicisme, qu'on ne pouvait attaquer l'une sans ébranler l'autre. L'empereur étant à la tête de la réaction catholique, Richelieu dut se mettre à la tête du parti protestant. Le protestantisme contribua à la victoire, il dut aussi profiter de ses

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