LES PROTESTANTS DALLEMAGNE
défendre la liberté religieuse et l'équilibre politique également menacés par la prépondérance de la maison d'Autriche. Quel parti les princes protestants devaient-ils prendre dans ce gigantesque débat? Ils devaient courir aux armes et les conserver en main, pour contrebalancer l'influence des puissances étrangères, pour arracher à l'empereur une paix qui sauvegardât leurs droits religieux et politiques. S'ils avaient agi ainsi, la guerre n'aurait pas duré 'trente ans, et la Suède et la France n'auraient pas dicté les conditions de la paix. Pourquoi les étrangers dominèrent-ils à Munster et à Osnabrùck ? Parce qu'ils occupaient seuls les champs de bataille. Les princes allemands furent sans influence, parce que les uns, alliés de l'empereur, étaient vaincus et épuisés comme lui, et que les autres, c'était le plus grand nombre, en embrassant la neutralité, s'étaient eux-mêmes condamnés à l'impuissance. C'est là la grande faute que nous reprochons à l'électeur de Saxe et aux protestants qui accédèrent à la paix de Prague.
Les protestants, assemblés à Heilbronn, écrivirent au roi d'Angleterre que leur ligue avait pour seul objet la défense de la religion et de la liberté (1). Comment pouvaient-ils atteindre ce but? Il n'y avait qu'un seul moyen, c'était de contraindre l'empereur h une paix qui garantît les droits et les intérêts pour lesquels la guerre avait été entreprise. Or il ne fallait pas un grand sens politique pour voir que l'union seule de tous les protestants leur donnerait la force de vaincre la maison d'Autriche. C'est ce que Gustave-Adolphe ne cessa de représenter aux princes protestants. Déjà, de son vivant, il y eut des négociations entre le duc de Saxe et l'empereur. Le roi de Suède dit à ses alliés qu'ils devaient se garder de faire des paix particulières avec Ferdinand; qu'en traitant séparément, ils se diviseraient en face d'un ennemi puissant, et qu'ils lui fourniraient eux-mêmes des armes pour les ruiner (2). Après la mort de Gustave-Adolphe, les protestants avaient un motif de plus de rester unis et de resserrer encore leur union, puisque le grand homme qui les avait sauvés leur faisait défaut. Le chancelier Oxenstiern leur dit très bien qu'ils
(1) Chemnilz, Der grosse schwedische Krieg, T. II, p. 81.
(2) /(/., j&td.,T.l,p.319,363.
ne devaient avoir qu'une âme et qu'une volonté (1). Richelieu parla et agit dans le même sens : « Rien, dit-il à l'électeur de Saxe, n'est plus capable de l'empêcher de faire une bonne paix, que s'il manque à se maintenir en autorité et puissance ; pour obtenir une paix solide, il faut se tenir sur les armes et se mettre en état de se rendre considérable (2). ))Dira-t-on que c'étaient des conseils intéressés, que la Suède et la France voulaient éterniser la guerre, afin de détruire la maison d'Autriche et de s'en partager les dépouilles? Sans doute, Richelieu et Oxenstiern désiraient la continuation de la guerre; mais les protestants avaient le même intérêt, car tant que la puissance de l'Autriche n'était pas abaissée, ils ne pouvaient espérer une paix sérieuse; d'un autre côté, s'ils étaient restés armés, ils auraient tenu en échec la France et la Suède, et ils les auraient empêchées d'imposer la loi à l'Allemagne.
L'électeur de Saxe avoua lui-même qu'une paix générale pouvait seule sauvegarder les intérêts communs (3); il demanda que la paix consacrât la liberté religieuse et politique des princes allemands. L'électeur de Brandebourg alla plus loin ; il voulait l'égalité des deux confessions dans l'ordre civil et politique, seul moyen d'assurer la liberté dans l'ordre religieux. Pour obtenir ces garanties, il insista sur la nécessité de l'union : divisés, dit-il, et séparés de la Suède, ils seraient accablés inévitablement. L'électeur ajouta qu'il fallait se défier des propositions de paix émanées de l'empereur, parce qu'à ses yeux les princes protestants étaient des hérétiques et des rebelles, et qu'il ne traitait avec eux que sous la réserve mentale de ne pas observer ses promesses (4). Rien de plus vrai, rien de plus sensé. Pourquoi donc le duc de Saxe prit-il l'initiative de la défection? et pourquoi l'électeur de Brandebourg signa-t-il la paix de Prague? Un historien allemand a voulu réhabiliter le duc de Saxe; il célèbre sa prudence et ses sentiments honnêtes, il exalte son patriotisme et sa haine de l'étranger (o). Singulier type d'un patriote que le prince qui, au dire unanime des contemporains, avait beaucoup plus de
(1) Chemnilz, Der grosse schwedische Krieg.T. H, p. 365.
(2) Négociations de Feuquières, T. I, p. 10, 12, 60.
(3; Chemnitz, Der grosse schwedische Krieg, T. 1, p. 397; T. II, p. 16.
(4) Id., ibid.,\T. U, p. 17, 23,28-32, 147, 409.
(5) Darlhold, Der grosse deutsche Krieg, T. I, p. 157, 162, 222, 223.