LA SÉCULARISATION
gieuse; à Rome on devait savoir le contraire. Son successeur lui donna un démenti, en refusant de signer les traités de Weslphalie; si la guerre avait été étrangère à la religion, conçoit-on que le saint-siége eût protesté contre la paix au nom de la religion? Il est vrai que la guerre avait aussi pour but d'abaisser la puissance de la maison d'Autriche; or la domination espagnole pesait aux papes pour le moins autant qu'aux rois de France, parce que plus faibles, ils souffraient davantage de l'orgueil des maîtres de l'Italie. Voilà pourquoi Urbain VIII ne prit pas parti pour l'empereur contre ses ennemis. L'intérêt politique dominait l'intérêt religieux. Si la politique pontificale s'inspirait de considérations séculières, faut-il s'étonner que l'Église se soit sécularisée?
N** 2. Sécularisation de V Église.
Au moyen âge, l'Église était un pouvoir politique; possédant une grande partie du sol , elle participait à la souveraineté que donnait le sol dans le régime féodal. En France, la féodalité fut absorbée par le pouvoir royal, et par suite les évêques y perdirent leur puissance en même temps que les autres possesseurs de fiefs. En Allemagne, les vassaux devinrent des demi-souverains, et les prélats profitèrent de cette révolution. La paix de Westphalie apporta un grand changement à la condition de l'Église allemande; elle commença l'œuvre de la sécularisation qui fut achevée au xix'= siècle, sous l'influence de la révolution française; des évêchés et des abbayes furent cédés aux Suédois et à des princes protestants à titre d'indemnité territoriale. Nous avons déjà appelé ailleurs l'attention sur la gravité de cet acte (1) : l'Église fut dépouillée, et elle le fut au profit du protestantisme ! Les biens ecclésiastiques étaient chose si sacrée, que l'on punissait comme sacrilèges ceux qui osaient s'en emparer; et voilà qu'à la fin d'une guerre entreprise pour rendre à l'Église son antique domination, on abandonna, du consentement de l'empereur, et sans se soucier des protestations pontificales, des principautés entières aux ennemis de l'Église !
(1) Voyez le tome IX' de mes Éludes historiques.
Un iiistorien de la paix de Weslphalie dit « qu'à Munster et à Osnabrùck l'on jouait avec les évêchés et les abbayes, comme les enfants avec les noix et les osselets (1). » Qui prit l'initiative de cette spoliation? Ce fut l'empereur, le champion de l'Église, le défenseur du saint-siége. Les Suédois réclamaient la Silésiepour leur satisfaction; il tenait à l'empereur de sauver les biens de l'Église, en faisant ce sacrifice; mais Ferdinand III préféra payer les Suédois en monnaie ecclésiastique (2). Le duc de Longueville écrit, en 1647, au roi de France : « Les Impériaux font bon marché des biens de l'Église ; pourvu que l'on ne touche pas au patrimoine héréditaire de la maison d'Autriche, ils n'ont guère soin de celui de saint Pierre (3). » On conçoit que les évêques aient résisté vivement h. ce qu'ils appelaient une spoliation ; ils dénièrent à l'empereur le droit de consentir à la cession des principautés qui étaient la propriété de Jésus-Christ ; ils firent appel aux sentiments religieux de tous les États catholiques, et ils les rendirent responsables de la perte des âmes dans les territoires qui seraient cédés à des hérétiques (4). A toutes ces plaintes, l'empereur opposait la nécessité : « Les catholiques demandaient la paix à cor et à cri ; la France, au lieu de prendre en main la cause de la religion, la désertait; les Suédois menaçaient, si l'on ne cédait pas, de pousser plus loin leurs succès, et de protestantiser l'Allemagne entière ; que restait-il à faire à l'empereur, sinon de plier sous la force (5)? » L'excuse du chef de l'empire était une triste vérité; les Suédois et les Français dominaient à Munster et à Osnabrùck. Or les Suédois étaient des ennemis déclarés du catholicisme, et les Français, des alliés perfides; en apparence ils s'opposaient à la sécularisation, sous main ils déclaraient que c'était pour la forme, et pour sauver la réputation du roi très chrétien (6). L'Église subissait la loi que le vainqueur gaulois avait proclamée dans Rome païenne : malheur aux vaincus!
La perle de quelques principautés était peu de chose, mais elle
(i) Ailanii, Episcopi Hierapolitani, Relalio historica depacificalione osnabrugo-monasleriensi, c. XXIV, § 1, p. 454.
(2) Jd., ibid., c. XI, § 1, p. 205.
(3) IS'éf/ono fions secriHes toHcliant la paix de Munster^ T. IV, p. 76.
(4) Adnmi, Relalio hislorica, c. XXIV, §§ 8 et 21.
(5) Id., ibid., c. XXIV, § 23 ; c. XXV, §§ 5 et 6.
(6) iXégociations secrètes louchant la paix de Sliinsterj T. lU, p. 5.