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HENRI IV ET LA RÉFORME

cour qu'elles sont, et ne voulais croire qu'on eût si peu de soin de les effectuer... Je ne sais à quoi il sert à la reine votre souveraine de publier par toute la chrétienté qu'elle a un extrême soin du roi de Navarre, et qu'elle lui veut aider, exhortant un chacun à faire de mieux, et cependant elle est la première qui nous refuse ce que Dieu lui donne d'abondance, et ce qu'elle a promis si souvent; il eût été beaucoup meilleur, si elle n'avait volonté de nous aider, qu'elle n'en eût fait tant de démonstrations... Après avoir demeuré trois mois en Angleterre, je n'en rapporte que des paroles sans effet (4). » L'annaliste anglais Cambden nous apprend qu'Elisabeth envoya des ambassadeurs en Danemark, en Allemagne et enÉcosse, pour unir les protestants contre les catholiques (2); mais c'était à elle, qui se vantait d'être le défenseur de la réforme, à prêcher d'exemple, au lieu de n'être prodigue que de paroles. Ces vaines négociations devaient échouer. Au fond, la reine d'Angleterre se souciait médiocrement de faire de Henri IV le capitaine général d'une ligue prolestante; c'est à peine si la jalousie nationale lui permit de lui accorder de faibles secours, qu'il fallait arracher par importunité, et qu'elle refusait souvent par un caprice de femme (3).

En même temps qu'il s'adressa à Elisabeth, Henri IV envoya des ambassadeurs aux princes protestants d'Allemagne. Il y avait plus de foi chez eux que chez la reine d'Angleterre, mais aucun esprit politique. On remit sur le tapis l'idée d'enlever la couronne impériale à la maison d'Autrichequi menaçait « d'engloutir la chrétienté,» au grand danger de la foi protestante. Les amis de Henri IV se berçaient de l'espoir qu'il serait élu roi des Romains : « Je n'ignore pas les difficultés, disait du Plessis, et presque les impossibilités qui s'y rencontrent ; mais quelles étaient-elles en l'élection de Pologne ? Ce n'est pas peu à qui veut ruiner et arracher la grandeur d'Autriche de lui mettre en tète un prince de valeur, et de la

(1) Groen tan Prinsterer^ Archives de la maison d"Orange, 2' série, T. 1, p. 32.

(2) Cumbden, .annales ad a. 1385, p. iOO, 401.

l3) Ea 1392, Henri IV assiégeait Rouen; le duc de Parme allait arriver avec ses vieilles Landes pour le forcer à lever le siège; le roi demanda avec instance i,000 hommes. Elisabeth refasa obstinément, malgré tout son conseil. Et le motif? C'est que son favori, le comte d'Esstx, qtii commandait jes auxiliaires anglais , refusait de revenir, et la reihe craignait que, si elle envoyait un nonvean secours, le comte, se voyant assisté de belles troupes, ne prît plaisir d'y demeurer. Ce sont les propres termes de l'ambassadenr français. {Du Plessis Morna>j, Lettres et mémoires, T. V, p. 174.)

maisonde France, et irréconciliable ennemi de ceux d'Autriche(l).)) Projets en l'air qui ne tenaient aucun compte des défiances, de l'irrésolution, de la pusillanimité des princes allemands! La réaction catholique avançait à grands pas ; les protestants auraient certes dû s'unir contre l'ennemi commun, et l'ennemi était la maison d'Autriche ; mais ils n'avaient pas la force de vouloir ce qu'ils désiraient. D'ailleurs, pour vouloir, il eiît fallu un esprit commun, et l'Allemagne était profondément divisée par les querelles du luthéranisme et du calvinisme : comment espérer l'union entre deux confessions qui se haïssaient plus qu'elles ne détestaient l'antechrist de Rome ?

Henri IV proposa aux princes allemands une ligue de tous les États réformés. Il écrivit au duc de Saxe : « Il est de l'intérêt des princes qui suivent la religion purifiée de toutes les superstitions, que ceux qui sont déjà étroitement réunis par la communauté de religion, le soient également par une bienveillance et une affection réciproque. Ces liens ne doivent pas être brisés par les différences d'opinion qui régnent entre les nôtres, puisque nous sommes tous d'accord sur les principaux articles de foi, et que nous avons des ennemis communs qui nous poursuivent de leur haine... La concorde et l'unité de doctrine sont les meilleures armes contre les embûches et les attaques des sectateurs de la cour de Rome (2). » Henri IV éveilla les craintes de ses coreligionnaires sur les dangars dont les menaçait l'alliance du pape et de l'Espagne; il leur montra le pape établissant sa tyrannie dans toute la chrétienté, et Philippe II usurpant pièce à pièce, l'empire du monde : « L'ambition espagnole, dit-il, n'est retenue que par la France, comme par un obstacle élevé entre elle et sa proie; cet obstacle une fois enlevé, que n'oseront pas les Espagnols, eux dont nous voyons les yeux avides tournés vers l'Allemagne, bien qu'ils en soient séparés par la France entière? » Le pape excommunia Henri IV et le déclara déchu du trône comme hérétique ; sur cela le roi de Navarre écrit au duc de Saxe : « Si nous sommes exclu de notre hérédité pour avoir abandonné l'Église romaine, qui des princes chrétiens sera à l'abri de pareils actes d'injustice ? Qui d'entre eux pourra

(1) Du Plessis Mornay, Lettres et mémoires, T. II, p. 2i6, s.

(2) Lettres de Henri IV, T. I, p. 533.

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