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HENRI IV ET LA RÉFORME. ÎG

compter sur la transmission de sa couronne à ses descemdants ? Que n'osera-t-on pas, s'il est libre à chacun des partisans du pontife de Rome de s'emparer, moi vivant et ayant des héritiers, de nos biens, de nos héritages (l)?))La grandeur de l'entreprise qu'il proposait aux princes allemands, n'eflfrayait pas Henri lY : « Si divisés, dit-il, nous avons pu lutter contre nos ennemis avec succès, une fois unis et d'accord d'esprit et de volonté, nous pourrions aisément les écraser (2). « Henri IV savait très bien l'obstacle qui s'opposait à son grand dessein, les misérables disputes des luthériens et des calvinistes. II s'impatientait contre ces niaiseries théologiques, qui compromettaient l'existence même de la réforme ; il n'y voyait que l'esprit d'orgueil de quelques théologiens (3). Henri IV essaya d'apaiser ces dissensions, il demanda la convocation d'un synode de toutes les Églises prolestantes afin de les unir en la foi et de former une ligue contre l'antechrist romain (4). Il faut avouer que cette union était, à la fin du xvi" siècle, la plus irréalisable des utopies. Les princes luthériens s'enquirent avant tout de la croyance des calvinistes français sur la présence réelle, puis ils répondirent à Henri IV qu'il ne pouvait y avoir d'alliance entre eux et un prince calviniste; pour le salut de son àme, ils lui envoyèrent la formule dite de la concorde: si le roi et les églises réformées de France la signaient, alors on pourrait traiter de l'union.

Voilà à quoi aboutit le projet de ligue chrétienne conçu par Henri IV. Le roi de France ne rencontra qu'inintelligence chez les uns et égoïsme chez les autres. Les princes allemands subordonnaient tout à la foi, et ils ne comprenaient pas même les vrais intérêts de leur foi. Elisabeth n'était rien moins que fanatique, elle considérait les difficultés de religion dont on faisait tant de bruit comme des bagatelles (5) ; chez elle la politique dominait la foi, mais c'était une politique égoïste, redoutant avant tout la grandeur de la France. L'égoïsrae est un mauvais conseiller.

(1) Lettres de Henri IV au duc de Saxe, 1585. (Recueil, T. H, p, 101, 106.)

(2) Lettre de Henri IV au roi de Danemark, 1589. {Recueil^ T. 1, p. 560.)

(3) Lettre au duc de Sudermaiiie, 1583. {Recueil des lettres de Henri lY, T. I, p. 546.)

(4) Lettre au roi de Suéde. {Recueil, T. I, p. 530.)

(3) Ce sont les paroles qu'elle adressa, en 1397, à l'ambassadeur de France. (Séances de l'Acadé mie des sciences morales et politiques, 1856, T. I,p. 163.)

Faute de s'unir, l'Angleterre et la France manquèrent de succomber sous les coups de leur terrible adversaire; quant aux protestants d'Allemagne, ils payèrent bien cher, au xvii'^ siècle, l'imprévoyance des rélbrmés du xvr.

Ps'o 2. Lutte de Philippe II contre l'Angleterre et la France.

Jusqu'à la mort de 3Iarie Stuart, Philippe II fit la plus odieuse des guerres h Elisabeth, une guerre de noirs complots qui tous tendaient à enlever à la reine d'Angleterre le trône et la vie. Nous avons dit dans notre Étude sur les Guerres de religion, que le roi d'Espagne trama la conjuration de Norfolk, de complicité avec le pape. Des documents authentiques constatent que le saint-père et le roi catholique prêtèrent la main à un projet d'assassinat! Le fanatisme catholique ne se décourageait pas du mauvais succès de ces tentatives de meurtre. Que dis-je? les assassins étaient aux yeux de Rome des martyrs ! Les zélés avaient soif de ce baptême de sang; ils ourdissaient tous les jours de nouveaux crimes à Reims, séminaire de traîtres soldé par le roi d'Espagne. La dernière conspiration coûta la vie à l'infortunée Marie Stuart; des témoignages irrécusables attestent que Philippe II fut complice. Il importe de s'y arrêter un instant pour montrer quelle était la moralité d'un prince dont les catholiques de nos jours voudraient faire un saint.

Mendoza, l'ambassadeur de Philippe II à Paris, était, sinon l'instigateur, du moins le protecteur de tous les complots contre Elisabeth. Le 12 mai 1386, il chiffra de sa main une dépêche à son maître, honte éternelle de la politique espagnole : On m'a donné avis d'Angleterre que quatre hommes de marque, et qui ont leurs entrées dans le palais de la reine, ont résolu de la tuer; qu'ils se sont promis tous les quatre, par serment, de le faire ou avec le poison ou avec le fer; qu'ils m'avertiront du moment pour que j'écrive à Votre Majesté, en la suppliant de vouloir bien les secourir, lorsque la chose sera effectuée, et qu'ils ne s'ouvriront à autre homme qu'à moi, a qui ils ont taxt d'obligations, et dans qui ils ont tant de CONFIANCE. Philippe II avait un intérêt personnel dans cette tentative d'assassinat; car Marie Stuart lui avait transféré ses droits

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