‹ Les nations rivales dans l'artChapitre 11 sur 32 · LES ECOLISS ETRANGERES · texte numérisé non relu

LES ECOLISS ETRANGERES

blein6Dt sîDgtilière, traduite d*un pinceau ferme, coloré et sobre tout à la fois.

M. Othon de Thoren, bien connu en France, expose deux tableaux : Tua est un portrait élégaot de rem|»ereur d*Anlriche, Tautre une scène du même caractère que celles qu'il nous a rendues familières à nos ExposiitiQos : des cavaliers hongrois ballant la plaine ou t iiyant devant les patrouilles de troupes régulières. A vrai dire, le talent très-réel de M. de Thoren me paraît s'affirmer plus netleuienl dans les toiles de petite dimension que dans les compositions plus importantes. Aussi, préîérons-nous de beaucoup son petit tableau intitulé : Ih vont venir, au portrait de l'empereur François- Joseph. Mais notre meilleur souvenir est celui de ses Voleurs de chevaux et Voleurs de Imufs, 11 avait su exprimer là, dans Tune de ses innombrables manifestations, l'énergique vitalilé de l'homme et de Tanimai errant dans les vastes plaines de la Hongrie. L'artiste a jeté ces deux épisodes de la vie nomade aux heures extrêmes de la journée. Ses maraudeurs des bords du Danube exercint leur violente ioiusirie avec une audace martiale ; ils n'ont rien dans Texpression ni dans le geste du cynisme, de la pauvre allure des filous de bas étage, espèce particulière aux nombreuses agglomcraiions d'hommes. 11 semble que rimposante nature et la vie à l'air libre étendent h tout ce qui les approche quelque chose de leur grandeur. Poussant devant eux les bœufs aux longues cornes ou pressant le flanc nerveux des chevaux qu'ils ont volés, ils escaladent ravines et fossés, et, guettant rennemi, ils plongent sans ralentir le pas dans le flot mouvant des hautes végétations.

M. de Thoren est quelque chose de plus qu'uu peintre

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d*auiinaux. il counait à fond le bœuf et le cheval; mais, en véritable artiste « il sait les mettre en scène avec

rhomiiTe et en scène dans la naluic. Cet artiste est Autrichien, et il nous initie aux mœurs d'une des vastes ' divisions de Tempire d'Autriche . Ses Brigands hongrois poursuivis par des pandours révèlent chez Tartiste nonseulement Tesprit» le mouvement, Tentente du geste, mais aussi la curiosité pittoresque; il faut louer surtout ^ l'effet de lumière qui enveloppe cette scène et k l'horizon le foyer du hameau incendié qui hrùle en llaiiuncs roses dans un ciel de nacre. (L'image, trop < précieuse, » est pourtant juste*)

Une ou deux mentions encore avant de quitter l'Allemagne : tout d'abord pour un portrait de la comtesse de ^ K...., par M. Boutibonne, œuvre d'une grande élégance \ de composition, et où les accessoires, les perles, les bi- « joux, les broderies du corsage sont traités avec une extrême habileté; la seconde pour M. Edouard Ënder, qui a peint un petit tableau d'intérieur avec une dextérité de touche véritablement merveilleuse ; le livret ne s'est pas mis en peine de traduire le titre de ce tableau pour les visiteurs français^ il se borne à le désigner sous le titre de Schmoltwinkeh C'est une scène qui justifie parfaiteujent le nom familier de boudoir donné à la petite ^ pièce où elle se passe* 11 est tout meublé de satin, garni - de grandes glaces encadrées de moulures sculptées et dorées; un grand seigneur et une belle dame, assis l'un près de l'autre sur un sopha, se tournent le dos de manière k ne laisser aucun doute sur leurs sentiments respectifs; en un mot, ils se boudent de la façon la plus galante. Motif spirituel, spirituellement traité. Je nommerai enfin une œuvre qui n'était point au

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Champ de Mars, mais dont j*ai gardé la meilleure impression, un petit tableau merveilleux de M. Petlenkofen : il représente des cuirassiers traversant un gué (1). La téte ' de la colonne a déjà franchi le cours d^eau qui coule au premier plan; l'escadron a pris pièd sur la rive opposée par un chemin creux ouvert dans le talus à pic de la rivière. Les chevaux lancés au galop soulèvent des nuages de poussière; de légers flocons de fumée qui sentent la poudre montent derrière les berges élevées de la rive. Le ciel étend sur cette scène de combat, que i on devine sans la voir, un long voile de nuages orageux. Cette petite toile est assurément un chef-d'œuvre de composition, de finesse et d'esprit.

Dans toute l'école allemande, si j'en excepte M. Saal, je ne vois point de paysagistes qu'il soit possible de nommer en ce temps-ci où le paysage français a pris une importance et une supériorité qui élèvent ce genre, réputé jadis inférieur, au niveau des genres les plus fertiles en ressources de sentiment et d'émotion.

En Suisse, au contraire, je ne vois guère d'artistes que l'on puisse citer si ce n'est parmi les paysagistes ; non point pourtant les successeurs si froids de Diday et de Cîilame, plus froids (jue leurs glaciers. Non; tout l'honneur de l'école revient à M. Âmédée Baudtt, que les visiteurs du Salon annuel estiment depuis longtemps. Il excelle surtout à rendre les ombres profondes de la nuit et les grands nuages courant dans le ciel, voilant tour à tour et découvrant le disque argenté de la lune. Aucun de ceux qui ont vu l'Exposition de 1859 n'a pu oublier son admirable

(1) (Je tableau fut expoHÛ au ct:rcle du U rue lic Cliuiseul, il y a quelques années.

Diyiiizie

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