‹ Les nations rivales dans l'artChapitre 12 sur 32 · LES ÉCOLES DO NORD · texte numérisé non relu

LES ÉCOLES DO NORD

tableau, dTuD effet ri dramatiqùe et si poigoanl, représenCaDt le Viatique en BrHagm : ud pauvre prêtre

marchant sous Forage, daos la nuit, à travers les laudes coupées de flaques d'eau de mer. Deux notes rouges résonnant dans Tobseurité : le falot mouvant de Tenfant de chœur et la fenêtre lointaine de la cliaumière où gît l'agonisant. M. Baudil, malgré le talent très-réel qu'il a déployé dans ï Approche du soir, n*a jamais rien fait qui ait une puissance d*émolion aussi profonde et aussi, véritablement tragique que ce Viatique, un de nos meiileurs soayenirs de 1859.

Les paysages de M. Gustave Castan sont d*un tout autre sentiment-, il aime, lui, les grands arbres, les futaies transparentes, les ombres vertes, les flèches de lumière que lance le soleil à travers les intérieurs de forêt ou qu'il plonge dans les eaux profondes des rivières et dans les eaux vives de$ torrents.

M. Karl Bodmer expose de nouveau son excellent tableau de sangliers qu'il nous avait déjk montré h Paris. C'est que M. Bodmer est aussi un déserteur h la façon des nombreux Allemands que nous avons précédemment nommés. Son très-beau et très-ferme talent a reculé devant le paysage suisse, si ingrat, et dont aucun artiste n'a encore pu tirer une œuvre véritablement complète. Il a fui les îmmensês horizons, les hauteurs inaccessibles couronnées de neiges éternelles, la perspective des grands lacs d'azur. Il s'enferme dans la futaie sévère aux pieds des «*.hénes géants; il en étudie la formidable structure; il les entoure de cette végétation puissante, robuste, qui croit sous leur ombre ; et, parmi les broussailles, à travers les feuilles desséchées, tantôt il fait bondir le cerf aux longues ramures et les chevreuils élégants, tantùt il

LES h!cOLES ÉTRANGÈRES

ramasse sur eux-mêmes tous les membres d*une famille de sangliers aux poils rudes, à la dent menaçante.

La Suisse, qui a enfanté Léopold Robert, n'a guère aujourd'hui qu'un peintre de genre, M. Benjamin Vaulier, qui se rattache d'ailleurs à U\ petite école du sentiment que la Prusse lance chaque année sur Paris. Bien que né h Lausanne, M. Vautier est un des maîtres de l'école de Dusseldorf. Il nous a renvoyé un tableau déjh connu, les Courtiers et Paysans dans le Wurtemberg, intéressant surtout par le jeu des physionomies, mais en somme d'une qualité de facture assez mince. Son nouveau tableau, intitulé la Traversée sur le lac de Brienz, rappelle les mêmes mérites et aussi les mêmes faiblesses. Maintenant remontons vers le Nord.

DANEMARK. — SUÈDE ET NORVEGE, r- RUSSIE

Madame Jérichau, MM. Riimp, Simon8en,FMBlîch, S. M.Charle»XV, NÎM. Fa^jerlin, Jernbcvtr. Nordenberor, Iloockert, Hansen^H. Onde, Tidemand, MM. Péroff, Popoff, Sokoloiï, Mestohewky, Ayv*ao"Wky, A. KoUebue, Jiorawskj, N. Swertchkoff.

Le Danemark a d'autres préoccupations en ce nM>ment que des préoccupations d'art. Pourtant, parmi les quelques

tableniix et dessins qu'il expose, on peut, on doit même citer avec quelques éloges le Naufrage sur la côte du iuiland^ par madame Jéricbau. Le pinceau de cette artiste, trop souvent inéfijal, a cependant une fermeté rare sous la brosse d'une femme. Le Bois de Frédé^ ricksberg^ de M. Rump, mérite aussi d*étre tiré de Tobscurité où il risquerait fort de rester enfoui si l'on s'arrêtait à la première impression dès rentrée de la galerie danoise. On aura vu aussi dans cette galerie le carton d*nn tableau de M. Simonsen, représentant un combat : h s Danois luttant, contre les Prussiens dans le Sleswii,'. Il faut le dire, finteulion peut être patrioii(|ue, mais Texécution a trahi cette intention généreuse et nous forée, au point de vue de Tart, à nous ranger du parti

LCS KCÛtES "ÉTUANGÈliES

de M. Hunten, un Prussien, dont nousavûnsdéjà nommé les compositions militaires faites dans tin sentiment national nnturelicment tout opposé. Mais il va un artiste vraiment intéressant dans l'école danoise, M. Lorcnz Frœiich, Tauteur des illustrations de IJéro et Léandre^ du Paier Noster^ gravé par lui sur ses propres dessins, d*nn trait libre, plein d'invention, et d'une originalité mystique qui trahit ses origines septentrionales.

Le royaume de Suède est gouverné par un souverain artiste, qui lui-même sVntend parfaitement h fixer les grands horizons, les ciels majestueux, les colorations singulières que la nature accumule dans ces pays si pittoresques; le mérite est rare, car, en général, les artistes suédois réussissent infiniment mieux le tableau de genre que le paysage. La sublimité des spectacles naturels, des effets de lumière imprévus, dans ce voisinage du pôle, semble les écraser.

Par contre, je ne sais rien de plus touchant, sinon comme mérite d'art, au moins comme détail de mœurs locales, que les tableaux de genre, formés de petites scènes d'intimité où se déploient à Taise les grâces can« dides, les physionomies charmantes et naïves de ces jeunes femmes, de ces Jeunes filles aux cheveux d*un blond pâle, aux yeux d'un bleu clair, surprises dans l'intimité de la vie quotidienne. C'est, ici, M. Fagerlin réunissant deux beaux jeunes gens délicatement groupés dans une déclaration d*amour, pltis loin M. Jernberg nous faisant assister à une demande en mariage, ou M. Nordenberg nous montrant les cadeaux de noce d*une jeune fiancée de la province Blékingé, en Suède. Mais le maître entre tous, et malheureusement il vient de mourir, était M. Hœckert. Je néglige son incendie du fahù royal âe

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LES KCÛLES DU NOKD io3

^Siackholm, labteau lourd et» contradiction singulière avec son objet, fort peu lumineux. Je rappellerai de préférence son Inlérieur de lente laponncy déjà exposé en France, mais qui figure de nouveau dans le salon suédois; arrêtons- nous aussi au tableau intitulé : Retour de la noce en Laponie^ excellent paysage où les Hgurcs jouent cependant un. rôle iuiporlant, moins par leur dimension que par leur caractère et Texpression. La jeune femme revient sur une barque avec Tépoux, tonte parée et d*une manière ravissante. Sa cbarniaule tête blonde est couronnée d'un ^iadème de paillon étina*lant avec lequel l'or de sa dievelure rivalise de lumière et d'éclat. Les grands parents sur le seuil de la tente ouvrent leurs bras au couple aimable et raccueillent de façon à ne point laisser dans le coeur de la jeune fille le regret de la tente native. V Intérieur de tente en Lap«inie a un tout autre caractère. Ici, la vie est sombre et dure; ce n'est plus la joie ni la lumière du premier fôbleau ; ce n'est plus le rayon de soleil; c'est Tombre enfumée de la hutte aux jours d'hiver. Le mari, à qui la mer est inaccessible en ses fureurs, raccommode de lourds filets; la femme berce l!enfant enveloppé de bandelettes dans une façon de hamac suspendu à quelques pieds du sol. L*émiuent artiste n'a certainement point cherché le contraste; mais l'opposition s'offre à nous d'elle-même par le rapprochement des deux tableaux dans la mèm galerie.

La Norvège compte aussi deux ou trois peintres de talent : M. Hansen, dont la Visite au chalet et le tableau intitulé Dans laeeAane nous révèlent quelques nouveaux détails sur les moeurs de ce peuple naïf et bon ; M. Hans Gude, paysagiste distingué. Le meilleur tableau de M. Gude estcelui qui représente un Retour des pécheurs d$ bakins^

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Le navire est arrêté en vue des côles par «n calme plat . Ses formes massives et sévères, enveloppées par la lumière dorée du soir, se reflètent et plongent renvensées à de grandes profondeurs dans les eaux immobiles.

M. Tidcmand s*est fait une réputation qui a pénétré jusqu'à Paris dès 1855. 11 aime ii retracer les épisodes de la vie féodale, les mœurs violentes du moyen âge. Son Combat singulier présente le déndûment d'un de ces duels terribles qui laissaient toujours Tun des combat* tants mort sur place, et quelquefois tous les deux; la hache ne pardonnait point. li*œuvre est on peu confîise, mais traitée cependant avec une grande énergie et un sentiment très-juste deTexpression et delà physionomie.

Au total, à part quelques exceptions que nous avons nommées, de beaux paysages du Roi et de M. Hans Gude, Tintérêt réel de l'école de Norvège et de Suède est tout entier dans les tableaux de genre qui nous retracent les mœurs d'une population fine, douce, bienveillante, amie des plaisirs de l'intimité et des joies discrètes de la famille.

Franchissons la Baltique et entrons en Russie.

C'est le même intérêt purement ethnographique qui nous arrête tout d'abord devant les tableaux de MM. Péroff, Popoff et Pierre Sukolofi'. M. Péroff a contre lui une recherche un peu prétentieuse du comique. Le Premier unifùrme, le Peintre amateur, rappellent les plaisanteries de M. Biard. La Troïka nous touche davantage; ce sont trois jeunes enfants traînant sur la neige uu traîneau chargé de tonneaux couverts de givre et de glace. V Enterrement au village est conçu dans un même sentiment d'émotion poignante. C'est une femme, une mère, qui conduit elle-même le traîneau, sur lequel rq>ese, maintenu par deux enfants, la dépouille du père de

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