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pense pas de même; et c'est le système de sobriété, de sagesse excessive dans l'exécution qui a prévalu. Je ne crois point, par conséquent, qu'il y ait d'ici longtemps quelque possibilité de renaissance pour l'art catholique. Dès qu'il exige des artistes une soumission étroite à certaines formules de convention, il fera plutôt appid aux hommes de talent qu'aux hommes de génie. Les hommes de talent ne manquent point dans Técole, et ils pourront se mouvoir h l'aise dans le réseau de cette convention. Il se trouvera toujours, de généraiion en génération, un groupe de peintres n'ayant point de grandes ambitions d'artiste, ayant fait de sérieuses études et applicjuant à coup sûr les règles apprises, en bons élèves. Mais de maîtres, dans cet ordre, il n'en faut plus attendre.
J'écris celte dernière phrase avec quelque appréhension. En elTet, il y a de l'imprudence à engager ainsi Tavenir. Mais l'état des choses étant donné, étant dçnné cet amour du convenable si voisin du convenu qui préside (pour d'excellentes raisons, je n'en disconviens pas) à la décoration des églises, on ne peut espérer qu'un maître réussisse, le voulût-il, à assoiq)lir sa personnalité jusqu'à la faire entrer dans les cadres qui lui seraient tracés d'avance. •
* IN'avons-nous donc en fait de peinture religieuse aucune œuvre vraiment originale à signaler ? Si, nous en avons une. Un effort très-remarquable a été fait dans cet ordre. Il est vrai que ce n'est point un peintre qui a eu cette audace, mais un jeune" architecte, M. Lameire. Depuis bien des années il ne nous a rien été moniré qui eût plus de grandeur, de style, de noblesse, d'élévniion, qui témoignât d'un sentiment religitnix plus profond, formulé avec plus d'éloquence, que l'esquisse des peintures
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entrant dans le projri de décoration intérieure d'une é£;lise exposé par M. Lameirc. L'arliste a puisé ies uotifs de ces peintures daos V Apocalypse de saint Jean. Dans l'abside, au milieu de la coiiqiiL*, domine le Christ vainqueur. Au centre de la voûte, représentant la mer de verre, figure Fagneau aux sept cornes accompagné des quatre animanx symboliques. Sur les arêtiers, les quatre ancres retiennent les vents capiit's aux quatre coins du monde. Sur les murs de l'arc triomphal apparaissent les vingt-quatre vieillards, Tautel de Dieu, la femme vainqueur, du drai^on, la nouvelle Jérusalem qui descend du * ciel. Sur les pieds droits, les douze apôtres. Sur les tympans, les quatre cavaliers. — Tous ces détails, toutes ces fiî^nires ont une beauté, une majesté véritablement imposai) te. Quant h la composition de la frise qui surmonte la galerie du triforium, je la considère comme im cbefd*œuvre dMnspiration. Cette frise représente les invasions des barbares et l'empire de Byzance. M. Lameire, dans l'exécution de ces divers motifs, qui n'est d'ailleurs qu'indiquée, a beaucoup emprunté aux monuments assyriens. 11 leur à demandé la somptuosité barbare du détail, la sévérité et la simplicité du trait caractéristique, la majestueuse allure et la noblesse d'attitude qui s'est maintenue dans les mœurs des souverains de l'antique Orient. M. Lameire a donné dans cotte œuvre le témoignage d'une des facultés les plus rares dans l'art moderne, l'audace et la grandeur de la conception. Il est vrai que ce projet emprunte une bonne partie de sa puissance au développement total de l'ensemble. Aujourd'hui que Ton a pour habitude de morceler le travail, de partager l'exécution d'une façade entre plusieurs statuaires, la décoration d'une église entfe plusieurs
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peintres, il est bien impossible de se rendre compte de Foriginalité de chacun d'eux. Ne faut-il pas en effet qu'ils se soumettent tous à une loi uniforme, qu'ils éteignent de leur propre mouvement les saillies de leur personnalité, afin que l'ensemble du monument décoré par tant de mains différentes conserve une certaine apparence d'unité? Le moyen est infaillible pour engendrer la médiocrité. Confiez à M. Lameirc une chaj)elle à Saint-Augustin ou ailleurs, et sans aucun doute nous n'y rencontrerons plus toutes ces qualités imprévues qu'il a déployées dans le projet exposé, ou bien son œuvre, comme celle de Delacroix à Saint-Sulpice, fera dissonnance dans le groupe des peintures environnantes. Mais je parle de M. Lameire comme d'un peintre; c'est qu'en effet ses aptitudes comme peintre nous touchent plus que ses aptitudes comme architecte. El puis, peu importe, en somme, la provenance de l'œuvre; l'important à nos yeux était de signaler cette tentative très-remarquable d'une innovation dans le style religieux , alors que nous n'avions rien trouvé qui eût une pareille valeur d'intention dans les galeries de peinture.
Ingères, et après lui Flandrin, en fondant le type accepté de l'art religieux, ont arrêté pour longtemps toute espèce de manifestation originale en ce sens. Cela tient assurément aux conditions morales oii vil l'Église catliolitjue aujourd'hui ; mais cela tient aussi, n'essayons point de le dissimuler, à ce que le talent de ces deux hommes éminents n'avait en soi rien de suscitateur. L'art chez Ingres et chez Flandrin n'a plus rien déjeune, il n'a rien des œuvres qui sont un commencement. Il est absohunent et urii(iuement un résultat, et chez Flandrin surtout un résultat débile. Il résume la somme des acquisitions anté-
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rieures fondues dans un moule définitif, par des esprits intelligents mais limités. Eu eux jamais de faiblesse. Tout est prévu, tout est arrêté; mais aussi jamais d'élans, jiamais de verve, jamais d*éclaîrs, jamais d'échappées vers des formes imprévues, jamais d'ouverture sur un monde nouveau à la conquête duquel de jeunes générations après eux* puissent s'élancer. Le dernier qui ait eu de ces grands élans est Eugène Delacroix, et encore, pour être absolument juste, faut-il dire que Delacroix lui-même n'a repris dans le grand art religieux que d'anciennes formules remaniées par lui et appropriées à l'individnalité propre de son génie. Il ne créa en ce sens que dans ses œuvres de petites dimensions, considérées à tort comme tableaux degenre. . .. ^ <^
Oserai-je conclure ? Je ne le fais qu'en tremUafit ; mais le fond de uia pensée sur l'avenir immédiat de l'art religieux est qu'il appartient uniquement aux pratidens. II faudrait une révolution dans les mœurs, un' développement imprévu du goût dans la majorité, pour que cet art désormais offrit quelques ressources à un maitre. il est bien entendu qu'il n'est ici question que des tableaux religieux destinés à la décoration des églises. Pour les musées, les Salons, le point de vue est tout différent. La légende catholique restera toujours une source d'inspiration des plus fiteondes pour les grands artistes.
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L£ GEiNUiS mSTORIQUB
MM. ToDj Robert Fleury, Bida, Gérome, L. Glaize, Hamon, Jourdan, Lefebvre, Sellier, Ulmann, Henner,
Le musée de Versailles a tué le genre historique. Nous avons vu, au contraire, à quel point il s était imposé aux écoles étrangères. Â l'heure qu'il est, il n'y a guère parmi nos artistes que M. Tony Robert Fleury qui en maintienne la tradition. On se souvient du succès qu'obtinl au Salon de 1866 .son tableau intitulé Varsotie. le 8 acfil 1861. L'inspiration de cet ouvrage avait précisément ce degré d'actualité qui arrête nécessairement le grand public devant certaines œuvres. Le Moniteur du ii avril 1861 a dicté le programme du jeune artiste. « Une foule d'environ quatre mille personnes, dans laquelle se trouvaient beaucoup de femmes et d'enfants * prosternés à genoux, entourait la colonne Sigismoud sur la place da château* Les troupes cernaient de tous côtés... L'infanterie fit feu... » Le jeune peintre, qui porte un nom déjà célèbre dans l'école moderne, a jugé, non sans raison , que la vie contemporaine ne contenait pas moins d'imotimis tragiques que le passé; ce motif si
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dramatique a été traité par lui avec passion, il eo a compris tonteâ les douleurs et, ce qui n*esl pas un moindre mérite, il a apporté dans rexéculion de cette page qui prétait volontiers à certaine emphase mélodrauiaiique une sobriété, une simplicilé d^ordonnance qui prouve sa finesse de goût. Bien que M. Tony Robert Fleury ait cherché visiblement l'accent de vérité par la justesse des types, Texécution par elle-même annonce plus d'adresse et de procédés acquis que d*ori|pnaUlé et de procédés trouvés. On retrouve dans cette œuvre des réminiscences de la peinture de M. Gallait et l'influence des leçons de Paul Belaroche. Nous sommes tellement désaccoutumés des tentatives sérieuses en fait d*art, le • tableau de ^^envc a détourné à son profit tant d'hommes de talent, que la surprise a été grande de voir ce jeune bomme aborder audacieusement une toile de cette importance et réussir. Cependant, méfions-nous de telles surprises et craignons , en voulant rendre pleine justice k un effort intéressant, de dépasser la mesure. Je détinirai le mérite particulier à l'œuvre de M. Robert Fleùry fils, en disant qu'il a écrit en excellente prose une belle page d'histoire. C'est quelque chose, je pense; il n'en a pas fallu davantage pour la gloire d'un Augustin Thierry. Maintenant, il y a précisément entre cette grande toile et bien des œuvres de nos expositions la différence que nous trouvons en littérature entre un récit d'histoire et une belle pièce de vers. Reaucoup préféreront rhistorien au poète; quelques-uns, sans dédaigner l'historien, trouveront plus d'art chez le poète. Néanmoins, Teffort est vraiment méritant; la vie moderne dans ses grandeurs est demeurée jusqu'id sans interprète, le Varsovie a prouvé qu'elle pouvait définitivement entrer
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et (le plaiii-pied dans l'art. L*imporlaiue des dimen- . sions de ce tableau ajoute uu intérêt de plu3 à cette tentative.
Je signale ce fait parce que, ainsi que nous l'avons déjà dil, il nous faut constater une tendance croissante dans Técole à s'éloigner des grandes toiles pour c faire petit. » Nous avons donné les raisons qui expliquent cette tendance; cependant il faut féliciter hautement Taitistequi» sans calculer les proi)abilitéi> du placement de son œuvre, a la possibilité » le loisir et aussi le cou* rage d'entreprendre un travail si considérable.
Le véritable maître du ^enre liiston({ue n'expose point à la peinture. On a déjà deviné que nous voulons parler d'un dessinateur admiré de tous, M. Bida. Nous avons revu au Champ de Mars, avec un extrême plaisir, son Massacre des Mamelucks ^ déjà exposé au Salou de 1861. C'est là aussi de l'histoire moderne. Ët pour n'employer que le crayon, M. Bida ne la traite pas avec moins de grandeur, d'ampleur et de passion que s'il brossait des toiles de plusieurs mètres. Ce beau dessin a toutes les qualités d'invention, de mouvement, de vérité historique et de science qui constituent les œuvres supérieures.
Nous rattacherons aussi au genre historique quelques ouvrages qui, à vrai dire, et bien qu'ils soient con«
sacrés à des sujets d'histoire ani'ieuue, sont plutôt des tableaux de genre et par les dimensions et par l'exécu" lion. Je ne dédaigne point le talent employé à ces sortes de compositions, il s'en faut de beaucoup.
J'admire, par exemple, la prodigieuse patience, l'ex- ,trême habileté avec laquelle M. Gérôme a interprété les scènes de Tuntiquité qu'il lui a plu de choisir : les Gla^
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iiateurs, la Mari de CiBor, Phryné devant le tribunal,
les Deux Augures; mais quelles que soient la précision et la vraisemblaQce archéologique qui président à ces restitutions des moeurs antiques, comment se fait-il que tant de science nous laisse si absolument froids ? A quoi cela iient-il?Sans doute à ce que Tartiste, qui est véritablement d'une habileté sans rivale, n'attache d'impor^ tance réelle qu*à cette perfection du rendu, n'applique toute son intelligence qu*au bien faire, à la netteté des procédés, il accorde assurément une part importante à la composition; mais loin de prendre ses sujets parleur côté émouvant, il semble que M. Gérôme ait peur de rémotion et Técarte systématiquement. L'émolion se venge en se tenant à son tour fort loin de cette peinture, qui n'est en somme que très^pirituelle d'intention et très-habile d'exécution.
M. Gérôme a cependant un grand mérite à mes yeux; en ce temps où Ton se contente facilement d'une ébauche rapide et de première impression , il est de .ceux qui apportent encore une conscience extrême à leur travail, et n'abandonnent leur œuvre qu'après y avoir mis toute la smnme de talent qu'ils pouvaient y mettre* Le succès de 31. Gérôme dans le public a été extrêmement grand, et va toujours croissant. Il faut expliquer cette sympathie des amateurs pour ce talent si réel, mais si peu passionné. La plus grande part en revient à cet amour de la perfection qui tient le peintre à l'égal des amateurs. L'acquéreur, aujourd'hui, n'hésite point à payer une œuvre d'art à des prix considérables; ma», — !- à moins ([u'une immense réputation comme celle de Delacroix, qu'un concours de circonstances favorables^ une vogue passagère, lui imposent la libre facture d'un
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talent spontané qui se contente de fixer une émotion fu-
^'live en traits rapides et violents, — le public va rarement aux œuvres énergiques et puissantes qui lui paraissent d'une exécution trop lâche et trop facile. Pour dire le mot crûment : il en veut pour son argent; i! veut, le jour de son acquisition, pouvoir prendre le tableau sur ses genoux, Tétudier point par point à la loupe; et il estime d'autant plus le mérite de l'œuvre qu'il pourra compter d'infimes détails de plus près. M. Biaise Desgofl'es, dans ses natures mortes, pousse cette perfection du détail aussi loin qu'il est possible sans tomber dans les vulgarités du trompe-l'œil. Aussi se dispnte-t-on le moindre de ses ouvrages. On y peut compter, eu elfet, jusqu'aux fils qui composent la trame d'un tissu de soie. Le procédé de M. Gérôme est analogue ; il excelle à rendre, et jusqu'à l'illusion, la souplesse, l'aspect et la nature des étoffes, la fragilité et la transparence du cristal, la densité et la richesse des métaux d'or, d*argent, appliqués aux pommeaux des pistolets, à la poignée du sabre de ses soldats orientaux. Mais si ce travail de patience réussit à merveille dans l'application aux choses inertes, disons aussi qu'il est bien loin de réussir au même degré dans rapj)lication aux choses vivantes. La vie, c'est précisément ce qui échappe à ce genre d'effort, et c'est pourtant, à nos yeux, le but que l'artiste devrait poursuivre de toute son ambition. H. Gérôme, dont per- * sonne ne songe à contester l'adresse infinie, les grandes qualités d'intelligence et d'ingéniosité, n'a cependant réussi jusqu'à présent à fixer que l'immobilité. Il semblerait que ses tableaux sont peinte d*après des figurines d'ivoire drapées et ajustées elles-mêmes d'après la réalité. Quelques maîtres, dit-on, modelaient d'abord les
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figures qnMIs vonlaîent introdaire dans leurs tablem;
mais c'était assurément une indication de mouvcnicnt plutôt qu'un modèle détiDitif. Cette opératiou, M. Gérônie ne raccomplit pas effectivement; et pourtant je ne sais quel niauvais i^énic Irappe d'une paralysie si complète tous les personnages qu'il met eu scène. Maintenant, allant au fond des choses et à l'essence même de Tart, tel que le conçoit M. Gérôme, peut-être y aurak-U quelque chicane à lui faire sur la manière dont il entend et interprète la vie antique* La Phryné^ les Deux Augures^ notamment, révèlent une inclination yers la raricature qui amuse un moment, mais qui ne laisse point de satistaciion réelle ni durable. Si nous étions encore sous la domination de l'école de David, si les grandes toiles héroïques de son école, les Ajax, les Aganiennion, les Ulysse, les Romulus s'imposaient avec autorité dans nos Salons à la vénération du public, on comprendrait cette tentative de réaction contre les pré* tentions classiques, contre ces glaciales tragédies. Mais il y a longtemps que tout cela est démodé, a dis^ paru des expositions. Le romantisme en a fait bonnd justice.
L'eObrt de M. Gérôme en ce sens était donc inutile et vient a])rcs coup, cuuime ïOrphée aux enfers ou la Belle Hélène. Les peintres qui se sont inspirés de M. Gé* rAme, qui ont repris, comme lui, avec une certaine familiarité et avec la même conscience d'archéologues les mœurs antiques, y ont apporté souvent plus de sérieux et nous ne les en blâmons point. 11 suffit de rappeler le nom et les ouvrages de M. Aima Tadéma, que nous avons vus dans la galerie des Pays-Bas. Le comique, disons-le d'un mot, n'est point du domaine de la pein-r •