LE GENRE HISTORIQUE
ture; il appartient uniquement au crayon ou à la
plume.
Nous relrouveroDs M. Géiùme paruû les peiutres de genre. Puisque aujourd'hui nous nous sommes arrêtés plus parikulièrement au genre hîstori(}iie, nous terminerons ce chapitre en rappelant les ouvrages de 3IM. Léon Glaize, Hamon, Jourdan, Lefebvre, Sellier, Ulmann, Henner, qui, à des degrés différents, ont traité des su* jets antiques avec talent, mais plutôt dans le caractère d'une œuvre de genre ou d'une œuvre d'éludé, qu'avec la grande inspiration qui convient à Thistoire proprement dite.
SUJETS MlUTAmBS
MM. Ytod, Pili, Amurnd DuTnar«tq, R%o, Protaît, H. BeUavgé,
Gigou.
En France, la peinture de batailles, de batailles modernes, est entre tous les genres celui qui donne à ceux qui l'exploitent la plus rapide popularité. Gros, le premier, osa Taborder et peindre cette manifestation spéciale de la vie contemporaine; il le fit en grand artiste et y trouva trois chefs-d'œuvre : il peignit Ahoukir, Jafla, £yiau ; Charlet, Raf et, Horace Vernel, Hippoly te Bellangé, avec toutes les nuances de leur talent individuel, sont de la descendance directe du maître. Après eux sont venus, poursuivant la même tradition, Yvou, Pils, Armand Dumaresq, Rigo et tuui quanti. Mais, en passant de mains en mains, cette tradition s*est profondément altérée, elle a perdu de sa grandeur héroïque, affirmée si hautement par Gros, ^ si manifeste encore chez Charlet, chez Raffet, — encore apparente chez Vemet parfois, chez Bellangé en ses œuvres dernières. Aujourd'hui nos peintres de batailles sont moins des artistes, c'est-à-dire
SUJETS SIILITAIRES
des êtres doués de passion et de sensibilité, que des chroniqueurs, des rédacteurs de bulletins militaires. Ils rapportent le fait et rien que le fait. De là ces lon^çs commentaires, ces interminables analyses qui accompagnent le titre de leurs œuvres au livret. On v suit, et il faut suivre sur leurs toiles les récits officiels du Moniteur, « Telle division était ici, là tel général a été frappé, plus loin était ce pan de mur, à droite cet escarpenienl, h gauche ce rideau de peupliers. » Tant de précision intéresse la majorité des visiteurs, intéresse les hommes spéciaux; mais d'une tout autre manière que de rinlérèt purement esthétique.
C'est la pente qui entraîne toutes les écoles en ce temps-ci. La réalité, le fait, le sujet, grand ou petit, Tanecilote et non Part lui-même, voilà ce qui arrête. Le sentiment lui aussi (et à bien plus forte raison la passion), est banni de ces vastes machines, exécutées pourtant — pourquoi le contester? — avec un véritable talent de pratique. Mais qu'il y a loin de là, sans remonter jusqu'au maîlre, qu'il y a loin de ces récits d*une glaciale exactitude à la puissante passion, à l'énergie dramatique qui anime deux petites lithographies de Ratîet, je veux dire deux grandes pages : la Hevuc nocturne, le Bataillon sacré. Ici, Théroïque emportement de l homme vers les œuvres d'action furieuse, les éblouissements rouges qui lancent le soldat en aveugle à travers les mêlées les plus eflroyables, et aussi l'ennoblissement du sacrifice par le dévoûment à la patrie! Chez Raffet, la guerre est interprétée dans sa sauvage et sublime poésie. Or, il est juste que Fart ajoute son interprétation, sa poésie, à ces fureurs. S'il se borne à les traduire d'une façon maihématicpie, ne risquent-elles pas, en efl'et —
L*ÉCOLB FaANÇAIS^
riieure du péril et de renivreiiieiit passée — de nous devenir odieuses comme œuvres de barbarie ! Nos peintres, plus peintres qu'artistes, ne voient point leur faiblesse, leur infériorité à cet égard. Ils ne comprennent pas qu'il est esseôliei de doniiuer son sujet pour rester à sa hauteur, que se tenir strictement à son niveau, c'est se condamner d'avance, et, à coup sûr^ k lui rester in^ férieur. On reviendra, nous l'espérons, de ces tendances vers la réalité étroite.
Et voyez que le public lui-même d'instinct appelle l'œuvre poétique en de tels sujets. Quelle meilleure preuve de ce retour d'opinion, que l'accueil sympathique fait aux tentatives dirigées en ce sens par M. Protais I Linspiration en M. Protais n'est pas tournée à l'héroïsme; il a pénétré de préférence ciiez le soldat les secrètes mélancolies qui couvent au loud des jeunes cœurs, même des plus braves, au moment qui précède ou qui suit l'action. Au front de tons ces jeunes hommes qui, dans un instant, iront au-»levant de rennenii sans sourciller, on lit la pensée rapide, mais intense, de la patrie absentOi la mémoire du foyer, des amitiés de famille, des amours rompues à l'appel du clairon. Ailleurs, il nous dira l'agouie douloureuse, réveil rapide des plus lointains souvenirs au moment de la mort, «au fond de quelque foss^ perdu sur la terre ennemie, toute une vie embrassée d'un coup d'œil, résumée dans une suprême ansçoisse. Encore une lois, la note n'est, point précisément grande, mais elle est juste, délicatement comprise et exprimée, et par là émouvante.
N'est-il pas bien dilticile, en effet, de résister au charme mélâncoli([ue du tableau de M. Protais, intitulé le SoUku blmé? Tenant sa plaie à deux mains, il t