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quitté le champ de bataille ; il s* est lentement et péniblement traîné hors du chemin des combattants, loin da passage des escadrons et des batteries d*artillerie ; il s* est affaissé dans un pli de terrain verdoyant, parfumé de fraîcheur, oasis emplie de fleurs jetées là au hasard par le printemps, en sa libre insouciance, en sa fécondité. Le contraste est calculé entre cette renaissance de vie printanière et la mort qui envahit ce corps tout jeune de ses ombres froides et livides; l'opposition est voulue pour arriver à l'effet dramatique; mais qu'importe, en somme, si l'émotion est juste! Sans doute, ce n*est pas là absolument la terrible vérité des guerres; il n'y a pas dans ce tableau la poignante émotion, l'angoisse qui vous prend à la gorge quand vous lisez les rapports officiels des chirurgiens de l'armée ou les pages terrifiantes de M. Dunant sur Solferino. C'est cela un peu, mais traduit par une àme de poêle tournée vers l'idylle ou plutôt vers la douce élégie. Chacun interprète la vérité comme il la sent; tout ce que nous avons le droit d'exiger II cet égard, c'est la sincérité, et M. Protais a certainement cette probité de l'artiste; elle donne à ses œuvres cet attrait qu'on ne peut leur contester.
L'indication, pour n'être point d'un Tyrtée, est poétique cependant, et il n'eu faut pas davantage pour attacher le public aux conceptions élégantes et touclianles de ce peintre. M. Protais, le poëte des petites faiblesses, j'allais dire des petites lâchetés, qui trouvent place au cœur des héros eux-mêmes, est dans la vérité humaine; et par cela seul il est dans la vérité de son rôle d'artiste; il dépasse le fait brutal — lettre morte — pour arriver au fait moral, intime, humain, à l'expression des mouvements secrets qui remuent Tàme des
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personnages mis en scène. H substitue à lagitation la vie. Or, dans l'art, Tagltation ne saurait compter; le
mouvement extérieur n'est que matière à expression; par lui-même il est nul, sans valeur, sans droits; la vie seule a droit, c'est-à-dire chez l'homme, Taction morale traduite par une action physique et encore mieux pittoresque ou plastique.
On a souvent reproché à la critique de se mettre en contradiction ouverte avec les décisions de la foule, étrangère à Tétude et à la culture de l'art; on Ta blâmée avec quelque sévérité de ne point raiitier aveuglément les popularités faites par les masses. La critique, ainsi accusée de se retirer sur les sommets dédaigneux d*nn parti pris étroit, exclusif, injuste, n'est pas toujours dans son tort, et il serait facile de la défendre.
Mais à propos d'flippolyte Bellangé, il n'y aura point partage d'opinion. La célébrité qu'il a conquise en touchant avec insistance et avec force la fibre nationale, les artistes la maintiendront et la lui feront plus durable. — Pourquoi? — Parce qu'il ne fut pas seulement un trèshabile metteur en scène de sujets patriotiques; parce qu'il fut aussi un véritable artiste et un peintre.
Bellangé était élève du maître à jamais illustre qui fit Eylau^ Àboukir et Jaffa, trois pages immortelles. Gros avait eu le premier, dans l'École française, cette perception de génie que l'art d'un temps héroïque ne pouvait être un art d'académie et de convention. En cela, bien supérieur à son maître, à David, il jeta toute brillante, en d'immenses toiles, la passion qu'éveillait en son âme l'épopée impériale. Il a fixé par le pinceau quelques-uns des chants de ce vaste et profond et tragique poëme qui s'appelle l Empire! — uupoëme, en dépit
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des rhéteurs» qui dépasse les Iliades classiques de la supériorité du réel sur les légendes.
David, lui, n'avait pas compris, n'avait pas senti cette grandeur à laquelle le vrai peut atteindre. Sa détention au Luxembourg avait jadis apaisé sa fièvre révolutionnaire. Son cœur avait cessé de battre depuis la mort de Marat. Des ce moment il s était plongé tout vif dans Fempire des moris; il essayait froidement.de galvaniser la statuaire antique, et de quelle antiquité? la statuaire romaine! Voyez le Couronnement (à part le groupe de lautel), voyez surtout la Distribution des aigU$. Les personnages sont figés dans une immobilité de glace. C'est- Timmobililé de la sculpture» moins ses • beautés très-particulières. Les vaillants colonels, si jeunes» si ardents, qui s élancèrent avec tant d'impéluoailé an-devant de ces drapeaux qu'ils devaient rapporter en lambeaux de leur course à travers l'Europe; les voilà ces oiiiciers» tout à coup arrêtés» suspendus, (ixés dans leur mouvement, frappés par une foudroyante catalepsie; pauvres héros, fiers de leur pose d'atelier, dont la cuisse de marbre fait craquer aux jointures leur uniloriiie de parade.
Il fallait un autre souffle pour transmettre à la postérité la vivante image de ces générations guerrières. Les combinaisons du cerveau (la vraie force de David) y étaient bien impuissantes ; bien impuissants à cette forte action de l'art devaient être les froids calculs de l'intel-» ligence et do la volonté. Pour rendre de tels élans et de tels drames, pour en perpétuer Timage, il fallait des facultés d'émotion infiniment plus sensibles. Il y fallait la flamme d'une organisation féminine, c'est-à-dire passionnée, lame d'un Gros, les violents emportements
Digiti.
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d*âme d'un Gérieault, ou TiDcurable blessure des aspira*
lions de l'enfant refoulées par le destin, la profonde déceplioû des rêves de jeunesse écroulés sous le coup des événements; il fallait ces longs regrets que 1815 avait jetés dans l'âme des Charlet, des Horace Vernet, des .
Uaflét, (les Bellangé.
Ilippolyte Bellangé sortait précisément de Tatelier dont les vastes murailles avaient vu tour k tour les flamboiements û*Abmkir^ les terreurs de Ja/fa, les mornes immensités iVEylau. Voyons quelle part il a choisie dans rbériiage du maître, et ce qu'il a su y ajouter de son propre, fonds, de ses acquisitions personnelles.
Gros avait eu la qualité des vieux maîtres, celle de faire grand dans l'immense, celle d'imposer ii d'énormes compositions une grandeur d*aspect, une élévation d'accent, indépendante des dimensions de la toile. C*est un secret qui se perd dans notre école. Après GéricauK, après Delacroix, uous ne le retrouvons plus chez les peintres modernes. Horace Vemet ne l'avait point : il y ' suppléait par d'autres qualités. Bellan^é ne Ta jamais cherché. Dans ses tableaux de Versailles, assez vastes cependant, il déploie de larges panoramas; il les emplit et les anime avec verve, il reproduit fidèlement les longues lip^nes stratégiques des batailles, on y suit du regard tous les mouvements de troupes rendus avec précision, avec une parfaite connaissance des lieux et des choses;* mais cette profusion de détails en exclut la grandeur. Gros, avons-nous dit, fut grand dans des cadres immenses. Bellangé n'atteint à la grandeur que dans les petits cadres.
Un certain état d'exaltation morale est nécessaire k l'artiste pour qu'il réussisse à communiquer, par les
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moyens de l'art, une forte émotion au spectateur. On conçoit aisément que cette manière d'être ne saurait passer en habitude, que cet état é'âme ne peut rien avoir de permanent. C'est pourquoi l'on compte les inspirations héroïques dans l'œuvre de Beliangé.
Déjà, dans Tépisode de la Campagne de France ^ on voit l'intensité de la pensée; mais en ce tableau, des premiers qu'ait peints l'artiste, la main n'obéissait pas encore avec souplesse à l'esprit qui la commandait. La bataille ie JPleurus réalise en ce sens un progrès considérable. C'est l'œuf d'où le talent de Beliangé est tout entier sorti. On y retrouve le point de départ des clie* mios divers.dans lesquels il a rayonné : des groupes eomposés savamment, des types variés, tous expressifs, la précision dans le geste, de l'esprit, de l'entrain, quelques scènes de sentiment; c'est un des meilleurs tableaux officiels de Versailles, c'est aussi la meilleure parmi les grandes toiles de l'artiste, et néanmoins II s'est élevé bien au-dessus de cette composition dans ses tableaux de chevalet.
j Vû des sujets où l'inspiration ne l'a jamais abandonné, qu'il a repris dix fois avec un égal succès^ c'est Waterloo. Ce glorieux et douloureux écroulement de 4^mpire avait retenti au plus profond de son être» Tou- Jlpn il y revenait et chaque fois il puisait dans la vivacité de son émotion, aussi prdfonde qu'au premier jour, de nouvelles formules pour exprimer son deuil d'un tel désastre.
11 a donné les bulletins de toutes les heures de la journée : depuis la charge des cuirassiers de Milliaud, trois mille chevaux gravissant les pentes gardées par l'infanterie anglaise, jusqu'aux démîmes heures de la nuit»
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après la déroute : le champ de bataille couyert de morts
et de mourants, traductiuu de la stropiie de Casimir Delàvigoe :
On dit qu'en les voyant coucliés sur la poussière, L'ennemi, l'ceil fixé sur leur face guerrière, D*tiii respect donlonrenx frappé par tant d'exploits, Les regardft sans peur poar la première foie.
Le Champ de bataille des Messéniennes est daté de 1849. De la même date est le Waterloo du musée d*Amiens, représentant, sous le ciel livide, le bataillon sacré brûlant ses dernières cartouelies et justifiant le mot historique de Cambronnc. Depuis 4849 jusqu'au jour de sa mon, il retrace avec insistance les épisodes de l'épo* pée impériale» ne se permettant que de courtes excursions àans les sujets plus modernes ou d*un autre caractère. Celle passion pour la France impériale va toujours croissant jusqu'à ses dernières années où il se montre exclusivement dominé par ses souvenirs et ses impressions d*enfance. Il relit Y Histoire du Consulat et de VEmpire, de Thiers, il lit le Conscrit de 1813, le Waterloo^ d*£rckmann-Chatrian, et^ dans le récit historique comme dans le roman, il trouve tous ces motifs saisissants : le Soir d'une balaille^ V Épisode delà Retraite de Kussie^ÏQ Grenadier de l'île d Eibe^ le Défilé après la victoire^ et ce dernier tableau si poignant la Garde meurt! qu*il jeta sur la toile avec son dernier souffle.
Dans toutes ces compositions, il réalise une gran* deur sombre et saisissante. Sa brosse a désormais acquis la souplesse d*un organe obéissant directement à l'inspiration. Sa Garde meurt nesl qu'une esquisse, mais on ne Timagine pas plus achevée. Il y a tout, mis :