‹ Les nations rivales dans l'artChapitre 23 sur 32 · LA PEINTURE DE GENRE · texte numérisé non relu

LA PEINTURE DE GENRE

adiniraliou qu*on ait pour son génie, n'est point cependant entre dans la faniiliariié de tontes Ils mémoires à régal des léij^endes sacrées ^ or, c'est précisément parce que les livres saints sont connus de tous, que tous les épisodes de TAncien et du Nouveau Testament sont du domaine de la jjeinliii c. Clun les-Uiiint est nn personnai^e d'une importance histprit(ne telle, que ses moindres actes publics sont également familiers à la grande majorité des personnes qui visitent ivos expositions. Le sujet adopté par 31. Langée passàt-il sons les yeux d'un ignorant, que 1 intention du peintre ue lui échapperait cependant point. En effet, quand il ne saurait pas que cette, princesse (jiii lave les pieds des panvres est sainte Llisabelh de France, l'action pour lui n'en serait pas moins touchai)te et conserverait toute sa valeur d'émotion. £n est-il de même du SeigniJoan de M. Comte? Évidemment non, et le peintre s'en est bien rendu eonij)te, |>nisqu'il a cité au livret Textrall de Rabelais dont il s'est inspiré. Jamais on ne traduira par les moyens pittoresques le bruit d'une marotte fra|)pant sur une pièce de monnaie; jamais, quelque habileté que l'artiste apporte à traduire le jeu des physionomies, il ne pourra leur faire exprimer cette idée complexe : « la cour vous dit que le ta(piin qui ha mani^é son [)ain à la i'iunée du rost, civilement ha payé le rostisseur au son de sou argent. » C'est là un de ces abus auxquels se trouvent souvent entraînés les peintres de genre; les plus grands n'y ont pas fmijours échappé : qu'on se rappelle V Henri IV et VAié-^ tin, de M. Ingres.

Au moins les peintres de genre qui emprunteront leurs motifs à la vie moderne sont-ils exempts de pareils égaremeuts par la nature même de leurs sujets. Us s'aita-

L*BCOLS PRAN'ÇAlSe'

cheot tout simplement aux émotions dtMices, aax sentiments aimables, à de petites scènes d*iniérieur comme

M. Edouard Frère, c.\|)u.>aiiL le Iknediciléy h Pritre, la Bibliothèque j les Peiils bûcherons^ le Poêle; ou comme madame Henriette Browoe exposant les Scmrê de chanté, la Pharmacie^ la Toilette^ la Consolation. Chez Vm comme chez Tautre artiste, ce soot des motifs d*iDiimi(é domestique, de la vie claustrale ou de la vie de famille, intelliu^ihles pour tout le monde, où le sujet a une certaine iinpoi lance, mais nne importance assez secondaire en somme pour laisser à l'artiste tout le souci de l'œuvre d*art purement pittoresque, je veux dire la préoccupation du tableau eu lui-mdme : composition, couleur, dessin.

Dans le môme sens, nous devons signaler les Réia-' meurs, de M. Rihot qui, avant d*aborder des sujets plus and)ilieux, excellait et excelle toujours dans ces petites scènes familières. D'autres peintres, M. Tissot et M. TouU mouche, se consacrent plus exclusivement à la vie élé''-> gante. M. Toulmouche est arrivé h une habileté excessive qui confond les visiteurs, ce public dont je parlais au début de ce chapitre. Puisse ce suffrage de la foule coa<* soler le peintre de n'avoir pas obtenu des suffrages plus sévères! M. Tissot, au contraire, est un des jeunes peintres que tious suivons depuis ses débuts avec le plus dlniérét; ses divers essais dénotent un esprit inquiet, chercheur, hardi et, s'il lui arrive de se tromper (à qui cela n'arrivc-t-il pas? si ce n'est aux gens médiocres), il se trompe du moins en homme de talent et en hommo bien doué. Je réserve pour un prochain chapitre les peintres qui ont traduit jdus spécialement la vie des champs; je ne les classe point parmi les peintres de

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genre^ leur place me parait être au premier rang des

paysagistes» Nommons plutôt ici quelques peintres qui sont ailes chercher le pittoresque dans celles de nos ancieuoes provinces où la mode parisienne n*a pas encore pénétré : M. Marchai, par exemple, l'aimable peintre des mœurs alsaciennes; M. Leloux, le peintre des derniers Bretons. Quelques autres vont, hors de 1^'rance à la recherche du caractère et de la couleur» Je ne parle pas de nos orientalistes, qui auront leur chapitre à part, mais de M. Piitrois, entre autres, qui a raj»porté d*un voyage eu Uussie des scènes intimes, des dauses nationales, des intérieurs traités avec un sentiment très-fln et un talent facile. Nous avons aussi un groupe (rit;iliens, à la téte duquel il faut nommer M. Hébert et M. Donnât. C'est Léopold Robert qui a mis dans l'école française les paysans italiens à la mode, et Dieu sait si celte mode tient à notre peinture de genre par des racines [)rolon(l('s et tenaces! cependant M. Bonnat nous prouve qu'on peut traiter les mêmes sujets que Léopold Robert sans l'imiter et en restant parfaitement original.

Les Pèlerins dans l'église SairU-Pùrre de Home sont le tableau de genre où se révèle un des plus énergiques tempéraments pittoresques de notre jeune école. L'image de saint Pierre occupe le milieu de la coniposilion. A droite des femmes, des pèlerines font leurs dévotions ; l'une d'elles s'est détachée du groupe et approchée de la statue colossale dressée sur son haut piédestal de marbre. La jeune femme se hisse sur la pointe des pieds [)ar un mouvement dont Teffort naïf a été surpris et rendu avec an art exquis; elle ajoute le contact de ses lèvres à la somme de pieux baisers «pii, par deux, fois, a suffi pour user rorteil de bronze de la slatu^. A gauche, deux

UDoiaes, une lillelle (ia petite Pasqua Maria) adossée au mur, et une féinme de raristocraiie romaine age« nouillée, perdue dans le flot des étoffes noires, complètent la composition. — La peinture de M. Bonnatest vigoureuse ; il sait trouver l'eûet, il a la science, il a le goût, il me rappelle avec des qualités vraiment modernes d*esprit et d'allure notre maître français, Valentin, dont il a aussi quchjues défauts. On éloutle un peu dans ses toiles. L'air ambiant y est épais, lourd. On n*y voit jamab le ciel, et le soleil ne s*y aperçoit que par le contraste puissant et juste des Iniiiières cl des ombres. Ainsi son petit mendiant, si effrouté, si gai, si charmant avec ses ptieveux en broussaille, son débraillé spirituel, avec ses ongles blancs sur sa peau brune, se détache sur un fond de bitume qui , certes contribue à la chaude harmonie du tableau et la fait valoir, mais qui n*est point la lumière. Peu importe! La Pmqm Maria^ le Mexzo bajoeco^ Eccellenza de 31. BonoaL représentent la vie lieurense et forte, le sourire el le bien-être, la beauté et la force de la riche nature italienne. Le petit mendiant italien a le diable au corps. La vie frémit dans tout son petit être. Il est déguenillé à plaisir, son regard biille comme une flamme sous une forêt de clieveux ébourilfés. Il tend la main, le sourire aux lèvres, le poing sur la hanche; ce n'est pas là un pauvre honteux, mais un petit jiolisson ivre de soleil et de liberté; il ne gémit point en demandant sou petit sou, c*est avec un accent de malice joyeuse qu'il lance ce cri que Ton croit entendre : Mezza bajoeeOf Eccdlenza. Les Pèlerins au pied de la statue de saint Pierre, dans Tégiise de Saint-Pierre -de-Rome, et les Paysans napolitains devant le palais Farnèse, à Rome, sont des types de cette même beauté classique, de cette

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