LA JEUNE ECOLE
Pêintm et Excentriqaes. MM. Courbet, Vollon, Roybet, Carolus Duran, Alphon»e Lc<.n ( s, liuu lin, rie Gas, Henri Lévy, Humbert, Victor Giraud, Fautin La Tour, Maiiet.
A toules les époques, ou a pu distinguer parmi les peintres des ariistes dominés avant tout \ku' la passiou du métier, de la facture propremeot dite et des procédés techniques, des hommes dont il faut dire qu*iis sont plus peintres qu'artistes. Emportés par un tempéraujeut éuergique, et puissant dans sa spécialité, ils n*ont que peu ou point de souci du sujet, de l'idée, de la conception, de ia significatiou de leur œuvre; ils sacritient au plaisir pittoresque et tout sensuel d'une libre et forte exécution les beautés d*un autre ordre. Les facultés poétiques, les dons spéciaux de Timaginatiou, T expression des passions, rémotion du drame humain, les agitations de notre âme en ses douleurs, en ses joies, en ses troubles de toute sorte : tout cela leur parait autant de subtilités absolu* ment étrangères h la peinture, autant d'erreurs et de coulre-sens auli-pittoresques misa la mode par les raf- Hnés, par les esprits littéraires.
LA JËUNË ÉCOLE
Je ne dis point que Tabus de la spiritualité n'ait pas de fâcheuses conséquences dans les arts; il mène rapidement les artisles à négliger la partie essentielle, la partie pratique; il les habitue à se contenter d'une idée plus ou moins ingénieuse au détriment des qualités fondamentales et des exigences premières de leur art. Aussi ces peintres dont je parle ont-ils en tout temps cherché h imposer comme un système raisonné^ sous le nom de naturalisme au dix-septième siècle en Italie, de réalisme au dix-neuvième siècle en France, leur attachement exclusif à la peinture de morceau, leur éloignement, — moins volontaire qu'ils ne le disent, — pour Tidée et Texpression. Qu'il nous suffise de rappeler à ces peintres, trop jaloux de leurs qualités d'exécution, que les créations de Michel-Ange, de Léonard de Vinci, de Rembrandt, de Géricauit, d'Ëugène Delacroix, nous justifient d'admirer dans une œuvre d'art quelque chose de plus que le morceau : — la conception et la pensée dominante.
Je m'arrêterai aujourd'hui à ceux de nos artistes qui se rapprochent le plus du type que nous venons d'es* quisser. On comprend bien qu'ils ne sont pas nécessairement et également exclusifs; chez la plupart, cet(e passion du métier s'accommode et se pare plus ou moins d'intentions supérieures. Mais je crois avoir marque avec précision leur caractère, le trait principal qui leur est commun, à savoir que le peintre en eux domine l'artiste, c'est-à-dire le poète. Ils sont bien capables de eoD^dérer cette dernière phrase comme un éloge, cl ils n'auront pas précisément tort, car ils sont beaucoup plus près du Mai de Fart ([uc ne le serait un arlisie ignorant et dédaigneux du métier, quelque doué qu'il fut ^;ous le rapport des facultés poétiques et de l'imagination. La
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première loi du peintre, c*esl de savoir peiodre. Voilà
pouiquoi jo. lieii^ à faire une classification spéciale de ces peioLres énergiques el eudiablés qui, pour u'éire guère que. des peintres, doivent exercer une forte et salutaire iuflueiico sur les jeunes gens. Il en est d'eux comaie de ces viiluoses de Tarchet et du clavier, les Paganini, les Liszt (encore ceux-là étaient-ils artistes, mais dans cet ordre que de machines !), qui réalisent sur leur iu&truuieat des dil ticullés inabordables pour tout autre qu'eux, mais qui, par Texemple, par les études qu'ils imposent à leurs élèves, maintiennent k un niveau trèsélevé parmi les ariistes musiciens la moyenne du talent et riiabiieté de Texécution. Sans doute on préférera de beaucoup à ces brillantes exceptions les maîtres comme Uaydn, Mozart, Beethoven, les créateurs ; mais les premiers opt bien aussi leur pan légitime d'action, de rares mérites, une juste célébrité.
Les noms qui se présentent tout de suite h la pensée, dans Tordre qui nous occupe, sont ceux de Courbet^ de Ribot et de Vollon.
L'exposition parliculiore de Courbet a révélé par son ensemble le talent simple, franc, fort de cet homme sin** gulier, si capricieux» si digne par moments de Tadmiratioa de ses partisans, si digue aussi par ses boutades des quolibets de ses adversaires. La véritable supériorité de Courbet, ([uand il est supérieur, c'est de voir juste et vrai, et de peindre comme il voit. H dédaigne les artiiices d'opposition et de contrastes violents, il modèle ses chairs dans la lumière diffuse, également répartie sur l'ensemble de la figure, par rellels pénétrant dans les demi-teintes, dans les ombres qui demeurent ainsi légères et transparentes. On reproche au peintre
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son réalisme, iiiaii» dégagez le système el ue voyez que 16 résultat. L'homme est jugé sans doute» mais le peiotre resle. Ainsi on lui reproche d'avoir donné aux vêlements dé la Femme au perroqtMt Tapparence du vêtement moderne ; la jupe avec sa ceinture en ruban de toile choque quelques puristes. Je ne comprends pas trèsbien cette critique s'adre&saot à Courbet. Cette femme une a-t-elle d'autres prétentions que d'être un beau mo^ dèle? Pas que je sache. Courbet u'a point songé à nous montrer ni h peindre autre chose. YeuUon qu'il chiffonne aux pieds de cette belle ftlle, sortie du pavé de Paris, une tunique ou quelque autre draperie, abstraite de forme et de couleur! Ce serait miment un contre^ sens.
Pour moi, je le trouve supérieur dans la figure à ce qu'il est dans le paysage. Ici, malgré les grandes qua« lités de détail, malgré la beauté d'exécution des animaux considérés isolément, le paysage pris en soi a un défaut général dont je dirai la source. Les divers plans chevau* chent, empiètent les uns sur les antres; les rochers du fond, par place, viennent en ayant et s'ouvrent comme pour enchâsser les arbres des plans intermédiaires. Cela tient au procédé employé par M. Courbet. Je demande pardon au lecteur de lui donner ici, h ce propos, quel*^ ques explications techniques, je les évite soigneusement d'habitude; pour une fois, il voudra bien m'excuser, et je m'efforcerai d'être aussi clair que possible.
Chacun sait que, dans la pratique ordinaire de la pein* ture à rhuile, le peintre mélange ses couleurs sur la palette et les applique sur la toile à Taide de brosses de dimensions variées. La volonté de l'artiste conduit sa main, dirige ainsi le procédé d'une façon très-rigoureuse,
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très-méthodique, et n'abandonne rien au hasard. Si Tar-
liste ne fait pas toujours ce qifil voudrait faire, au moins ne tait-il rien qu'il ne l'ait voulu. Ën nettoyant sa palette après une journée de traTail, M. Courbet aura, comme tous les peintres, remarqué que le mélange des couleurs, qu'il avait préparées pour peindre un objet déterminé, lui donnait, en s'écrasant sous le va-et-vient et Taplatissement du couteau à palette, une finesse et une richesse de tons qu'il n'obtenait pas avec le travail de la brosse. Appliquant inconsidérément cette observation, il a peint depuis cette époque ses ciels, ses terrains, ses troncs d'arbres, ses dessous de feuillage avec le couteau à palette ; il prépare à l'avance le ton local approximatif^ et il le pose à plat sur la toile en l'étendant et l'amincis^ sant sous la lame flexible du couteau. Ce procédé lui fournit sans doute des morceaux de peinture solides et fins; mais il' arrive aussi, fatalement, que le hasard mêlé à la partie lui joue des tours pendables en détruisant b perspective aérienne et l'unité de chaque plan. Les belles toiles de sa jeunesse n'étaient pas peintes ainsi ; à tous les points de vue, elles ont plus de mérite et dureront plus longtemps que ses derniers paysages. Dans l'exécution de la figure nue, sous peine de détruire toutes les formes, l'usage du couteau à palette est impossible, ou il doit être corrigé et couvert par le travail de la brosse. De là, à mes yeux, l'évidente supériorité de la Femme au perroquet sur la Remise de chevreuils. Ce n'est donc pas ignorance ni impuissance chez M. Courbet, c'est faiblesse de peintre pour, les résultats sédui^ sants d'un procédé perfide et dangereux plus qu'il ne le croit. Peut-être les tableaux ainsi traités seront-ils plus longtemps às'écûller que la peinture à la brossa»
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grâce à riiomogénéilé de la pâte; je dis peut-être; mais ce qui ne fait point de doute pour moi, c'est que le jour où ils commenceront à s'altérer, ces tableaux seront perdus : la peinture, au lieu de se casser par fragments imperceptibles , faciles a rapprocher, à remplacer au besoin, s'enlèvera par plaques énormes et d'une ma* nière irrémédiable. M. Courbet, si merveilleusement organisé pour voir la nature dans ses beautés simples et pour traduire exactement ce qu'il a observé, voudrat-il donc persévérer plus longtemps dans une méthode qui compromet non-seulement l'avenir de sa peinture, mais qui de plus trahit si évidemment sa volonté?
Quant à M. Vollon, il est de tous les artistes nommés en tête de ce chapitre, celui qui se rapproche le plus du peintre exclusif que j'indiquais plus haut. Je croîE que parler de sujets, d'idées, de pensées à Vollon, à cet homme qui peint pour peindre, pour le régal de ses yeux Bt de sa main, ce serait s'exposer à se faire rire au nez. Je ne vois personne qui ait plus que lui au salon le « diable au corps de la peinture. La première chose venue, tout ce qui tombe sous son regard lui est prétexte à peindre ; c'est une organisation admirablement douée, • avec une faculté bien particulière. Cet artiste, si dédaigneux du style, que en trois ans il nous a envoyé trois intérieurs de cuisine ; ce peintre, si insoucieux de Téiégance donnée par la ligne, a dans sa palette, dans sa couleur une élégance des plus exquises. U a beau nous montrer ses maritomes essoufflées sous le poids de la hotte aux provisions, haletantes au feu des fourneaux, ruisselantes de l'action qu'elles mettent k récurer leurs chaudrons; il a beau faire, il trouve des rouges, des verts, des blancs d'émail d'une richesse merveilleuse. 11
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en est de même de ses paysages, de même aussi de ses
fleurs, et cela paraîtra moins étonnant; mais ce n'est poiot dans U nature qu*il trouve ses harmonies ; elles lui sont particulières, absolument personnelles.
M. Vûlion, quoi qu'il fasse» a un don spécial que ses plus curieuses tentatives ne sauraient lui enlever, c*est la distinetîon sans rivale de sa couleur. Voyez sa simple étude du plus doux, du plus gai, du plus spirituel des poissons, un énorme marsouin échoué sur la plage ; près de cette masse huileuse et grise, naguère si agile, si aimable, et désormais inerte, il a jeté les joyeux éclairs de coloration, les transparentes lumières, les nacres mi- • roi tan les de quelques poissons de basse exlraction, des harengs, des crevettes, des crabes, une morue ; au loin l'horizon vert de TOeéan, et au ciel les grandes nuées poussées par le vent. Ce n*est qu'une étude, mais c'est aussi le plus curieux, le plus amusant panneau de salle à manger qu'on |)uisse trouver. Faut-il que le brave peintre donne une preuve étonnante de son extrême habileté! Voyez donc mainlenaut sur ce tspis de velours vert, près de ce grand bol bleu céladon aux vieux ors ternis, cette grappe merveilleuse de raisins du Midi, si large et si achevée, œuvre de maître si la ifiaé^irta se mesure à Tétounante fidélité, à Textréme variété de T interprétation, sans maigreur, sans petitesse, mais au contraire avec une fer* metéi une souplesse, un brio d'exécution des moins communs. Maintenant nous pouvons lui dire, à cet habile artiste : « Mon cher VoUon, assez de cuisines! Vous avez fait vos preuves de talent en triomphant des difficultés très-grandes que vous offraient vos tristes murailles, vos légumes pâles aux tons froids; allez, enfoncez-vous dans la voie que vous vous êtes ouverte par le Singe àl'accor-
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déon^ par né CabinH ffarmês que vous n'avez pas ex*
posé, mais que j*ai vu. C'esl là, dans les magniticeoces de couleur que vous montreront lesj)ourpres, les soies,
les orfèvreries, les fleurs, c'est là que vous trouverez, sans riea perdre de votre beau taleut, le rang qui vous est dù. »
C'est une vraie joie (jne de voir grandir tout h coup et se développer uu jeune artiste que Ton croyait encore, à la veille de l'Exposition, un débutant timide^ embarrassé de rimitatioQ iuiuiédiate de ses maîtres. Je signalais en 1865, à mes lecteurs du mardi, un petit tableau de M. Roybet, un tableau, quoique un peu gauche, plein de promesses, né sous le soufde de Kibot et de Vollon, et tout à coup ce talent naissant, tout hésitant, * sort du nid, ouvre les ailes et s'envole !ii)roinent au plus haut. Le Fou sous Henri III fut un des tableaux les plus remarqués du Salon de 1866, et le goût du publie fut bien d'accord celte fois avec le goût proprement dit. L'œuvre est excellente. Sous son costume rouge des pieds k la téie, il est fort beau, ce fou; beau, entendons-nous, beau à la façon pittoresque, car son corps est long et maigre, son visage plein de ruse et de méchanceté. D'ailleurs, il occupe bien son emploi de fou de cour; il en a le geste, Tatiitude et la bassesse. Les dogues tenus en laisse par Thomme à la marotte sont peints de main de maître. Tout se tient dans ce groupe (pii s'enlève avec une harmonie sévère, intense, concentrée sur un fond de verdure qui a la qualité de ton des vieilles tapisseries. M. Roybet a vu Véronèse ; il a pris conseil de ce peintre souverain, il en a retenu quelque chose dans son œuvre, jl lui a pi is le secret de sa puissante harmonie.
Déjà M. Roybet s écarte un peu, par riulenlion ex-
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pressive de sa figure, du groupe d'artistes auquel je l'ai
rattaché. M. Carolus Duran s'en éloii^ne encore davantage; il se préoccupe, et beaucoup, du motif de ses compositions; il appartient à la même famille cependant par ses fortes qualités d'exécution.
M. Carolus Durau a été pendant trois ans, je crois, pensionnaire de la municipalité de Lille à Rome. Certes, il n'y a point perdu son temps. 11 avait déjà du talent quand il est parti, et chacun des envols qu'il a faits de Rouie à nos expositions attestait de bonnes et sérieuses éludes. Phénomène digne de remarque, ce jeune homme a eu là-bas le bon esprit de poursuivre ses travaux dans le sens où il les avait dirigés ici. 11 a profité, et cela se • voit, de la contemplation des maîtres ; mais il ne leur a pris ni leurs sujets, ni leurs procédés. 11 est resté ce qu'il voulait être : un peintre moderne. En 1863, il avait ex-* posé une grande toile des Moines disant {a prière du soir au pied d'un Calvaire dans la campagne. L'œuvre était forte, simple; elle avait gardé de l'impression grave» austère, que devait avoir la scène elle-même telle qu'elle s'était offerte dans la réalité aux yeux de l'artiste. C'était, autant qu'il m'en souvient, le tableau religieux le plus sincère, le plus élevé de cette exposition. Depuis, M. Carolus Duran a exposé une toile d'un grand mérite, véritable œuvre de peintre, YAisassiné. L'artiste a fixé dans cette page d'un beau caractère un souvenir des mœurs de la campagne romaine. Je suis frappé de la justesse des attitudes, de la variété d'expressions fort , éloquentes en chacun des assistants groupés autour du cadavre. La vengeance , la douleur, la pitié , la curiosité bête, tous les sentiments qm se partagent une foule en pareille circonstance, ont été mimés et rendus par le
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jeune artiste avec une précision remarquable. Notez, en outre, que le peintre n*est pas resté au-dessous de sa tache, que son talent, très-ferme déjà, n'a pas trahi ses intentions, et vous aurez reconnu que le nom de M. Carolus Duran est de ceux qu'il faut retenir et désormais chercher au Salon chaque année.
M. Alphonse Legros avait depuis quelques années cessé d'exposer en France. Bien que ses débuts en peinture et aussi ses eaui-fortes lui eussent acquis l*e$time des amateurs, il disparut tout k coup de nos Salons, mais le bruit . de ses succès traversant le détroit nous apprit un jour que le jeune artiste s'était fixé à Londres. 11 nous est revenu avec deux tableaux : une Église^ qui n*est qu'une variation peinte sur un thème qui lui est cher depuis longtemps : un intérieur d'église, des moines dans leurs stalles tenant en main un cierge court et fondant à • la chaleur de la flamme; étude de gestes et d'expressions d*un caractère bien particulier , étude aussi de lumière et de couleur. Mais le second tableau de M. Legros nous révèle son talent sous un jour tout nouveau. 11 représente la Lapidaêian de êainl ÈUenne. L'œuvre saisit dès l'abord par son style nullement copié, mais inspiré des premiers maitres de la Renaissance, avec un apport d'originalité individuelle nettement affirmé. H. Legros, qui a un sentiment très-vif et spontané de la couleur, a étudié de préférence et avec passion, dans les galeries d'anciens tableaux , les peintres qui ont obtenu le caractère par la précision sévère et naïve du dessin. La Lapidation de saint Êlienne porte très-heureusement les marques de cette prédilection. L'œuvre a une allure tout h fait magistrale et vraiment au-dessus despetiteshabiletés decetemps.Elleest simple, saineet forte,digned'un musée.
l.*£COLE FRANÇAISE
M. Boudin s*est fait le très-spiriluel chroniqueur des toilettes féminines aux bains de mer. 11 a le premier compris tout ce qinl y avait de grâce pittoresque dans ces caprices de la mode qui font gémir les moralistes austères, mais qui réjouissent le peintre et sont une bonne fortune pour soD habile pinceau.
Personne n'a vu ni rendu comme M. Boudin le joyeux fourmillement de couleurs de ces toilettes élégantes, le froissement des étoffes au soufDe de la mer, le contraste si particulier à notre temps de ce qu'il y a de plus mobile, de plus inconsistant avec le spectacle éternellement* grandiose de l'immense Océan. Est-ce un contraste? un rapprochemeni? — Le poëte a dit : <r Perfide comme ronde. » En tout cas» les tableaux de M. Boudin contiennent une indication sur nos mœurs précieuse à eon^ server. On n'a jamais, en vérité, fait plus follement parade de Tamour de la nature. C'est une manie toute récente que de passer la saison d'été k la mer. L'histoire ne dit pas que Louis XIV l'ail jamais regardée, peut-être même le grand roi ne l'a-t-il jamais vue. M. Boudin, le premier, a surprise! nous a conservé ce côté piquant de la vie moderne, et il l'a fait en artiste sans s'arrêter au petit détail, à l'apparence étroite et mesquine des choses, en les voyant au contraire par leurs aspecfs vivants et remuants. L'écueil en de pareils motifs, c'était de faire petit, menu, c'était la pose, c'était de tomber dans l'image de mode. L'artiste a évité le péril fort heureusement; 9 ne s'est attaché qu'aux ensembles, laissant le paysage, le ciel et la mer dominer tous ces groupes, qui n'y pren«< nent place que d'une façon purement épisodique. Tout cela s'épanouit dans le joyeux éclat de couleurs des feuilles peintes japonaises.
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Si je n'avais peur de paraître saisir au vol une Iransw tion de rencontre, je dirais que je irouvc des traces do cette étude des feuilles japonaises dans les deux tableaux d'un jeune homme qui, si je ne me trompe, exposait en 4867 pour la seconde fois seulement, M. de Gas. L'un est une composition assez importante égarée dans les hauteurs du grand salon de Touest, et dont, h cette distance, il était bien difficile d'apprécier les mérites; l'autre était intitulé Porlraii de famille. Ce sont deux jeunes filles, représentées en buste et vêtues de noir, dont la silhouette se détache sur un fond de tenture h teinte neutre. Cette peinture attache par révidente simplicité, je dirai presque par la naïveté du moyen employé. Mais, qu'on ne s'y trompe point, c'est une simpliciié loui^ueineni méditée, résultat de l'étude, de la réflexion, de reflori. Le jeune artiste a écarté toute convention préalable, dédaigné tout artifice de palette; il a soigneusement disposé ses modèles dans le milieu de leur vie habituelle et s'est placé devant la nature avec la ferme résolulion de n'y rien ajouter de lui-méftie, la considérant en cette étude comme nn guide, C4)mroe un maître suffisant à son ambition du moment. Point d'effet pittoresque, un modelé soigneusement poursuivi dans la lumière diffuse, quelquefois un peu trop sommaire; une recherche irès^délw cate des finesses, des nuances, de la vie en mouvement, mais d'un mouvement simple et grave \ telle est la tentative de M. de Gas, tentative vraiment méritante en ce temps d'habiletés excessives.
Le Salon de 1867 renfermait quelques œuvres d'artistes jeunes qui témoignent de courageuses et très-méritantes inspiraiious vers les formes élevées et grandes de l'art, ie signalerai noiammeut comme étant dans
cette voie excelleate M. lleuri Lcvy, qui a pris à Raciae le beau motif de son Joas^ sauvé du massacre des pelits*tils d'Atlicilie, et M. lluiiilxjrt, auteur de V Enlèvement^ épisode «de l'invasion des Sarrasins en Espagne. On aura été frappé, en présence de ces deux toiles, de retrouver, dans Tune comme dans l'autre, une iiispiratiott directe d*un maître longtemps méconnu, un souve* nir d'Eugène Delacroix. En de tels sujets, qui comportent le drauje» la passion, le mouvement» nul maître, en effet, ne pouvait être plus lieureusemcnl consulté. M. Lévv a été obsédé par des réminiscences de la Médée, M. iluuibert par des réminiscences dixMassacre de Scio. Heureuse obsession qui n*a point empêché chacun des deux jeunes ariisies de faire en leur oeuvre un apport très-intéressant de qualités individuelles.
A ce mémo Salon a fait son second début un très« jeune homme qui, désormais, n'a plus qu'à poursuivre dans la voie qu*il s*est ouverte. Ce jeune peintre porte un nom déjh aimé dans les arts : il est fils et neveu des deux frères Giraud \ l'un, Charles Giraud, qui se ])ariago avec un égal succès Tétude de nos somptueux intérieurs parisiens et celle des pittoresques intérieurs des chaumières bretonnes; lautre, Eugèue Giraud, le peiiUre de rSspagne romantique et des mœurs parisiennes, le maître pasteliisle à qui nous devons tant d'éléphants et vivants portraits, Tadmirable caricaturiste connu seulement des artistes et qui laisse dans les cartons du comte de Nieuwcrkcrke, aux soirées du Louvre, la plus éloiinante galerie d'illustrations con(euq)oraines, pages mille fois précieuses, presque des pages d'iiistoire que l'avenir recueille ra so i g n e use u) en t .
Le fils de ce cher maître, M. Victor Giraud, déimiaili
LA JiiiNfc: iicoLi:
il y a trois ans, au Salon par une œuvre de jeunesse pleine de tapage» de rires, de mouvement, de vie joyeuse, un Déjeuner, où il avait prodigué une verve d'action et une habileté d'exécution surprenantes. Aujourd'hui, après quelques années de recueillement, il nous revient translornié. En dehors de toute convention d'Académie, de son propre mouvement et de sa libre in« terprétalion, il nous donne une étude de mœurs anti*» ques, le Marchand d'esclaves. Le motif, maintes fois traité» a été rajeuni par M. Victor Giraud. 11 y fait rayonner sa composition autour du groupe principal formé du marchand et d'une, jeune esclave qui se présente, chaste et nue, voilée de sa seule pudeur, à Tappréciation de l'acquéreur nonchalant. Le sujet prêtait à l'étude délicate des contrastes de types, de formes, d'expression, et Tartiste a tiré grand parti de ces oppositions prévues (jui ajoutent tant de variété à la qualité même de sa peinture. Ce qui domine dans le tableau, c'est une ample draperie bleue dont est revêtu le jeune homme assis au centre de la composition. Cette draperie est d'une richesse de coloration étonnante. Une telle note équivaut à uu signalement. Si nous nous en inpportions aux llicories de Stendhal et de Taine sur i influence du tempérament dans le caractère de Tœuvre d'art, nous jurerions, a voir ces bleus maniés avec une supériorité si rare, que l'artiste appartient à la race blonde. Cette couleur, le bleu, si froid, a pris sous la brosse du ])einire une singulière puissance, une chaleur de ton qu'elle doit assurément à la disposition savante de toutes les tonalités du tableau, aux chairs ambi ées, dorées des esclaves, au gris sobre et sévère des
vêtements du marchand, au pelage blanc des beaux lé-
L ËGOLE FRANÇAISE
vriers couchés dans un angle de la toile» i l'air qui circule daus ce tableau, à la lumière qui enveloppe toute h composition des premiers plans aux plans les plus reculés. M. Victor Giraud a désormais pris place aux premiers rangs dans notre jeune école« avec cette originalité, digne d'être signalée, que dans son talent la force n'exclut nullement l'élégauce» que le sentiment du réel s'y accorde parfaitement avec celui de la distinction des formes et de la couleur.
11 est curieux de constater à quelles aberrations peut conduire l'ejtcès d'un sentiment excellent en soi : Tborreur du convenu. C'est dans les ouvrages exposés depuis quelques années par M. Fanlin-la-Tour que cette constatation est facile il faire. Bien loin d'être empêché par l'ignorance, M. Fanlin-la-Tour a un fond d*étndes sérieuses qu'il accroît chaque jour. Il fait au Louvre d'admirables copies, parfois de libres et superbes interprétations d*a« près les maîtres, spécialement les maîtres coloristes. Sod instinct etsou tempérament le poussent aux effets de coloration ; il a eu, tant au Salon des refusés qu'au Salon, des esquisses absolument imparfaites, qui annonçaient cependant une reciierche intéressante des presliges du ton. Comme dessinateui*, sans qa'il puisse se piquer d'une correction irréprochable, il est très au-dessus des erreurs grossières où tombe M. Manet. Avec tout cela, il n'a rien fait encore que des morceaux dont on dit : < Cela promet. » Cependant M. Fanlin-la-Tour a exposé au Salon annuel deux portraits : le sien à litre d étude et celui de M. Hanet, œuvre excellente d'un peintre qui dispose en maître de tous les procédés de son art, et qui n'a pas craint de faire ce portrait d'une ressemblance c criante. > Je ne safs pourquoi on dédaigne si fort oe
LA J£UN£ EGOLS
résultat qui me parait essentiel dans ce genre de peinture. Qu'un artiste fasse avant tout et pour son compte
personnel une œuvre d*art, j*y souscris très-voloniiers; mais, sur ce point, je confesse que je suis horriblement € bourgeois • et c philistin » : j'estime beaucoup cette chose vulgaire, si Ton veut, niais infiniment précieuse, à mon avis, la ressemblance. M. Fantin a su réunir ce dernier mérite à celui d'une peinture ferme, franche, savante. Ce n'est pas le premier portrait que le jeune artiste expose, et nous Tavons toujours vu triompher en peintre consommé des délicatesses, des finesses de ton qui caractérisent d'une façon toute particulière les chairs des tempéraments blonds.
Hais nous demanderons un nouvel eflbrt h M. Fantin. Qu'il suive l'exemple des peintres de son âge, de ses camarades, les Legros, les Carolus Duran, les Roybet, iesGirjud* Qu'il arrive au tableau. Qu'il nous révèle enfin Tartiste, après avoir révélé une fois de plus le peintre dans cet exc^^Uent portrait de M. Manet : un nom qui éveille la discussion aujourd*hui. Et pourtant, osons le dire, le public est injuste pour M. Manet. 11 n'y a rien de plus singulier, je l'avoue, que les tableaux exposés par ce peintre dans un atelier ouvert par lui avenue de l'Aima ; et, selon l'hunfieur, selon la disposition d'esprit dans laquelle on les considère, il n'y a rien de plus triste. Ces tableaux sont comiques en soi, à les examiner sans tenir compte des intentions qui les ont inspirés; ils sont tristes comme l'est tout gaspillage — irréfléchi ou volontaire — de facultés qui pourraient être fécondes. Que faire? Faut-il rire ou s'indignef? Le rire et la colère n'ont point une bien grande valeur critique; on ne s'indigne point, on ne rit pas non plus h la vue d'une infir-
milé : soyons donc de sang-froid et jugeons le cas pathologique qui sévit eu ce moment sur un certaiu nombre d'artistes.
Si nous tenions h remonter à Torigine du mal, il faudrait rendre JM[. Courbet responsable. Mais il nous parait plus intéressant de parier tout de suite de K. Hanet, le dernier venu dans la tribu des excentriques.
Ceux qui n ont appris le nom de M. Manet qu'à Texposition de i865 ne voudront jamais croire que Fauteur d'Olympia et du Jésus insulté par les soldats est un homme sérieux, un artiste convaincu» procér dant en vertu de certaines lois calculées, de certains principes débattus avec lui-même et déterminés d'une façon précise; ils se refuseront à admettre que ce peintre puisse jamais faire et ait jamais fait des œuvres de talent S'il m'élail possible d'oublier ce que j'ai vu, ne fût-ce qu'une seule fois, enfuit de peinture, je serais très-probablement de ravis des personnes dont je parle; mais il est tels ouvrages de M. Manet qui déjouent toutes les assertions négatives suggérées far le Jésus instdlé et V Olympia.
L Enfant à Vépée et des tableaux de nature inanimée où l'artiste avait jeté des fruits et des poissons sur des nappes d'un blanc éclatant, des études de pivoines encore, révélaient chez M. Manet des qualités pittoresques incontestables, originales, procédant d'une légitime théorie qu'il s'était faite, et que ses ouvrages rappelés ici justifiaient parfaitement. Cette théorie, je crois la deviner, et elle mérite d'être expliquée. En dépit des productions singulières par lesquelles elle s'affirme ici, elle a (lu bon. Je dirai aussi en (|uoi M. Manet trahit luir même la vertu de sa tentative.
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M. Manet, je pense, aura remarqué, comme tous ceux qui ont quelque habitude de robservaiioa pHioros(iue, que les peintres en général, à de très-rares exceptions près (Rubens, Véronèse, peut-être), ont tous adopté un procédé de coloration qui n'était, comme la peinture ellemême, qu'un mode conventionnel d'exprimer ou d'interpréter la nature. Cette altération du ton réel est magnifique chez les maitres, et elle est très-dél'endable, (pioi qu'en puisse penser M. Manet. Chez les disciples des maitres. et chez leurs imitateurs, au contraire, la manière personnelle du grand artiste devient un manière injustifiable, inerte» sans intérêt, sans vie, sans accent. Comme, en somme, le nombre des disciples dans toutes les écoles est toujours infiniment supérieur à cehii des maitres originaux, il en résulte que, trompé par la quantité des peintures de seconde et de troisième main, M. Manet s'est cru fondé à condamner absolument et rigoureusement le principe de Taltération du ton réel tel que la nature le présente, principe, je dois le répéter, parfaitement légitime chez les hommes d'un talent propre et tout à tait individuel.
Qu'a donc tenté M. Manet? Rien que de parfaitement légitime aussi; il a voulu, en ce qui le concerne au moins (car je ne lui crois point des prétentions de chef d'école), il a voulu ramener la peinture à la reproduction strictement fidèle des tons de la nature éclairés par la lumière diU'use. Je précise et dis que les objets, dans ce cas, doivent être éclairés par la lumière diffuse, car si on les supposait directement éclairés par la lumière du soleil, il y aurait de tels écarts d'intensité entre les parties lumineuses et les parties d'ombre, que nos couleurs chimiques seraient parfaitement impuissantes à les rendre
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fidèlement ; en présence d'un pareil problème, tomes les
images iamilièics de i'iuipossibiliié nous vieiidraieol &ur les lèvres; la difficulté serait la même qiie si Ton voulait vider la mer t?ec ime écuelle ou prendre la lune avec
les dents.
M. Manet, je ne sais s*il y avait réfléchi, Yoil maintenant, sans aucun doute, qu'avec sa poursuite du ton
réel, il restrciot singulièrement le champ des évolutioûs pittoresques» il s*interdit de reproduire autre chose que des scènes d'intérieur ou des sujets à l'air libre observés sous un ciel extrémemenl couverl (et la difficulté sérail encore énorme) ou bien enfin des sujets pris aux heures crépusculaires du mntin el du soir. Dans ces conditions seulement, il peut, avec quelque espérance de succès, réaliser sa chimère du ton réel ; seulement alors, les valeurs d'ombre, de demi-teinte et de lumière offrent des rap* ports assez voisins, assez peu différents dMntensité, pour être traduits fidèltsment par les couleurs chimiques. Dès que le grand jour intervient dans la nature, l'impossibi» lité de la reproduire fidèlement, sans convention, intervient avec lui.
Après les quelques observations qui précèdent, le lecteur s'expliquera peut-être comment il se fait que M. Manet ait des admirateurs sincères (presque des fanatiques) dont je ne fais point partie, j'ai hâte d'en donner acte. C'est ainsi, du moins, que je comprends qu'un peintre justement célèbre, membre de l'Institut, d'un talent très-sévère, très-correct, m'ait fait par rencontre l'éioge de M. Manet. Assurément, habitué à la difficile observation de la nature, son regard d'artiste lui révélait les mérites de cette lutte obstinée avec Tune des plus grandes dilficuUés de l'art de peindre.
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Eli bien! dans cet esprit, M. Manet a réussi quelques ouvrages. Saos altératiou il a rendu avec fermeté, avec véritét avec jusiesse, des effets, — noo des effets, car le propre de cette peinture est nécessairement de fuir l'effet, — mais des sujets choisis, consciemment ou non, dans les limites que j*ai indiquées plus h^ui : des objets inanimés posés sur une table d'intérieur, des scènes prises au dedans, à la lumière du nord. Chaque fois . qu*il a Tonlu sortir de ces limites, faire agir ses persoD« nages en plein air, M. Manet invariablement, et parce qu'il ne pouvait arriver à autre cbose, a -perdu tout mé* rite de fidélité. Nous l'avons bien vu dans son Déjeuner sur l'herbe^ nous l'avons vu de nouveau dans sa Course de Umrtmui. Dans le premier tableau, il avait eu forcément recours à la convention commune à tous les peintrès; dans le second, la scène était éclairée par une lumière de crépusciile, un clair de lune effacé, et cependant l'artiste visait alors à donner Timpressiun du plein midi, du soleil éclatant.
Maintënant que j*ai essayé de déterminer dans quelle mesure TefTort de M. Manet est acceptable, je dois dire que le côté grotesque de son exposition tient k deux causes : d'abord à une ignorance presque enfantine des premiers éléments du dessin, ensuite à un parti pris de vulgarité inconcevable. M. Manet compromet l'originalité de sa tentative par une insuffisance de moyens d'exécution dont on ne peut se rendre compte qu en présence de ses figures nues. La figure exige une science préalable, une routine parfaitement vuli^aire, toute d'^îcquisition et qui ne fait pas l'artiste, mais qui est son instrument même : je veux dire l'habitude de dessiner avec précision, de serrer de près l'indicaiioa des contours, des
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rormes pleines, des saillies et des eavifés du modelé,
habitude nécessaire qui, encore une fois (et Ton s'j trompe souvent), ne constitue pas l'artiste» qui ne constitue même pas le dessinateur, mais qui leur fournit les moyens de réaliser toutes leurs. couceptions de geste et de mouvement.
H. Manet n'a point cela, il est moins avancé i cet égard qu'un élève médiocre de la pelite École de dessin. (Que de paysagistes, d'autre part, ne sont pas plus avancés que lui!) Avec le goût de Tart, avec cet instinct très-particulier qui est la faculté artiste par excellence, le vivant désir de reproduire et de fixer les phénomènes extérieurs, avec une certaine idée théorique préconçue et juste malgré quelques réserves, il arrive à provoquer les rires quasi-scandaleux qui attroupent les visiteurs de* vaut cette créature étrange qu'il appelle Olympia.
La construction baroque de « l'auguste jeune fille, » sa main, en forme de crapaud^ causent l'hilarité et chez quelques-uns le fou rire. En ce cas particulier, le ce* mique résulte de la prétention hautement affichée de produire une œuvre noble, (c l'auguste jeune fille j», dit le livret) prétention déjouée par l'impuissance absolue de l'exécution; ne sourit-on pas en voyant un enfant se donner lair important d'un homme? Dans cette pia, tout ce qui est dessin est donc irrémissiblement condamné. La coloration générale elle-même est désagréable. En certaines parties seulement elle est juste : ainsi dans le ton des linges, dans les contrastes du drap, du cachemire et des fleurs. Mais si nous prenons au sérieux l'elTort de M. Manet, nous devons lui dire que, dans la nature, les ombres charbonneuses sont rares et qu'il n'en voit ou du moins qu'il n'en fait point d'autres. U ne