CONCLUSION SUR U PEINTURK FRANÇAISE
que des recettes d'éeole : je veux dire une âme libre et haute, une intelligence étendue, ferme, lettrée, un talent puissant, fécond, souple, dégagé des entraves scolastiques, habile à varier ses procédés et sachant imprimer à ses créations le caractère de l'esprit moderne. Quelques-uns de nos peinires ont beaucoup de ces qualités essentielles au grand peintre d'histoire ; il ne leur manque qu'un peu plus de décision dans Tesprit, plus de clarté dans la conception, plus de fermeté dans la pratique. Les œuvres de H. Gustave Noreau, par exemple, réunissent toutes les conditions exigées des œuvres de grand style et de grand art. J'ai parlé de ces belles pages assez longuement pour ne plus y insister. Je dirai seulement qu'il n'y a point là un retour vers le passé, comme on l'a dit trop légèrement, ce n'est pas le signal d^une renaissance pseudo-classique ; je ne puis y voir une sorte de cheval de Troie portant dans ses flancs des légions de Grecs et de Romains. Non, c'est l'interprétation de rhistoire par un artiste moderne et, malgré l'extrême différence des procédés purement techniques, je reconnais une parenté assez étroite entre M. Gustave Moreau et Eugène Delacroix, ce maître des premières prédilections du jeune artiste, celui-là précisément qu'on l'accusait d'avoir renié. C'est le même souffle et le même accent, le même coup d'œil jeté sur les âges disparus, la même énergie à s'assimiler les mythes évanouis ou plutôt à les rajeunir en leur imposant une forme nouvelle, en leur donnant un sens plus large, en les soumettant aux conceptions de l'esprit nouveau.
Dans ce court résumé, j'ai voulu indiquer seulement le beau côté des choses, je n*ai pas dit que dans la peinture de genre la plupart des artistes négligeaient trop la
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valeur pittoresque de leurs œuvres au profit de la valeur
anectlolique; j'ai dissimulé peut-ôlre une partie de la vérité sur dos paysagistes eu n'avouant pas qulk tombent datis l'excès de simplicité ; il est pourtant une crilique générale qu*il me parait essentiel d'exj^riraer , tout de suite parce qu'il y a urgence ; elle porte sur l'en* semble de Fécule ; je Tai fait entrevoir plusievra fois dans le courant de ces éludes; il est temps de la développer plus longuement : — U faut que nos peintres se méfient de la tendance croissante vers les colorations neutres.
Le principe de ce penchant date de bien loin déjà. Il remonte à Louis David dont les doctrines, transmises par
M. Ingres à ses disciples et par eux à leurs propres ^ élèves, ont gagné de proche en proche jusqu'à ceuxrlk même qui se eroient le plus éloipés de la voie indiqués et suivie par l'auteur de la Source.
Les évolutions de l'art ont de bien singulières desti* nées. Voici le Romantisme, par exemple, qui s^annonça et se fit si bruyant, si frondeur, qui, plein de verve et de jeunesse, sentit le péril et réagit, à outrance contre le dépérissement où la pratique matérielle de Tart était tombée entre les mains des générations sorties de Tatelier de David. A l'imitation de Géricault» le premier révolté, il se remit en quête des procédés pratiqués par les maîtres; il chercha l'effet, la couleur, tous ces éléments oubliés, dédaignés, d'une facture piquante, spirituelle, énergique. Le Romantisme a passé : longtemps il s'est cru le plus fort et longtemps il Ta été; mais il a passé sans avoir réussi à fixer profondément la trace de son passage dans l'école. — Au point de vue qui nous oc« cupe, cela est regrettable. Sans doute, le Uoinantisme