PEINTURE UISTÛRIÛUE. — GENRE. — PAYSAGE
U \f. Alma-Tadéma, Rochnsieii, Bisschop, IsnëU, Blès, Bakkerkoff, Haas, Roelo&i Vogél, Wiessenbraeh.
Éeolè hollandaise : ces deux mois qui avaient autresfois un sens précis et déterminé dans la Ijn^ue de l'art, ont désormais perdu leur aucienne sigoiticaiion, qui nous était si chère a tous. — Leur valeur en esthétique est h peu près nulle aujourd'liui. La peinture dans les l^jys- Bas a pris une direction si étrangère à ses origines; elle e&i» dans son esprit, si profondément altérée, si modifiée de ce qu'elle fut jadis; après avoir été absolument originale, individuelle, locale, elle est en ce siècle si voisine de toutes les écoles européennes que la 4ésignation d* école hollandaise n'a plus d*autre usage que d'indiquer la provenance géographique d'un certain groupe d'artistes.
Ce phénomène n*est point particulier à l'art des Pays- BaF. 11 se représente dans toutes les écoles, sauf Pécole anglaise. 11 faut nous y habiluer. Cependant, il résulte d'un état de choses assez grave pour mériter qu'on Té-* \nA\$ im Ml sottrcM et dam us résultati. C'est ee que
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nous ferons, non pas maintenant (il faut aller an plus
pressé, à rexamen des œuvres mêmes) , mais dans nos conclusions générales sur l'ensemble de TExposition uuiverselle, c^est-à'-dire sur la situation présente de la peinture en Europe.
Ce qui doit frapper à première vue Tobservaleur dans la galerie des Pays-Bas, c*est que son peintre le plus remarqué et aussi le plus remarquable, M. Alma-Tadéina, a pris absolument le contre-pied de ses illustres ancêtres. Les vieux maîtres hollandais qui avaient si résolument banni de leur art l'image du Héros pour y donner la pre« mière place à l'Homme qu'ils coudoyaient chaque jour, avec lequel ils vivaient dans Tiu limité de la place publi* que, du temple, du cabaret, seraient bien surpris de voir leurs descendants renier, nvec ce parti pris, la réalité contemporaine et s'enfermer obslinément dans la reconstruction archéologique des civilisations éteintes, des époques disparues, des hommes et des mœurs dont il nous reste de si rares témoignages et de si peu incontestables.
Le talent, pourtant, justifie bien des fantaisies.. En présence des tableaux de M. Alma-Tadéma, j'avoue que je ne me sens pas le courage de lui chercher querelle sur les motifs qu'i) développe avec une rare baÛeté el une conscience de peintre au moins égale chez lui à la conscience de l'archéologue. On se souvient du succès que cet artiste obtint, k Paris, au Salon de 1864, av6c son tableau intitulé : Comment on s'amumii il y a Iro^s mille ans en Egypte. M. Alma-Tadéma ;iime l'Egypte. Le Jeu égyptien^ la Momie témoignent de nouveau de sa prédilection ponr cette antique civilisation qui fut si grande et à sa façon si. complète. M. Alma-
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Tarh'ina apporte à rétude de ces types si particuliers un soin, une préoccupation d'exactitude, il cherche à les replacer dans le miliea où ils vécurent avec une profusion de détails à rendre jalon:; Théophile Gautier, qui, luimême, a donné dans un autre art le premier exemple de semblables restitutions archéologiques animées d*une vie puissante.
Dans l'œuvre du peintre hollandais, les sujets empruntés au monde romain me touchent moins. Gela tient-il à
ce que ce monde nous est un peu plus connu, et que te
détail ne suffit plus à nous intéresser; ou bien, est-ce que récole française a tellement abusé en la première moitié de ce siècle des personnages tragiques tirés de rhistoire grecque et de l'histoire romaine, qu'après nous avoir amusés un instant, dans les tableaux de notre petite école néo-grecque et néo-romaine, l'antiquité classique, bien que rajeunie, nous a bient/(t rendu notre lassitude première. Je crois que cette dernière hypothèse est conforme à la vérité. £t, en effet, c'est là le châtiment des peintres d'écorce, si je puis m*exprimer ainsi, c'est-à-dire des peintres qui ne prétendent nous retenir que par la curiosité du costume, du mobilier, du type même, si Fou veut, mais du type à Fétat inerte, sans passion, sans émotion, sans âme ni flamme intérieure. Au premier aspect on est séduit par l'imprévu, par la piquante originalité de Taccessoire ; mais on conçoit aussi que cette séduction soit peu durable, puisque, reposant uniquement sur l'imprévu, dès qu'elle n'offre plus cet attrait, elle perd sa plus grande force.
Nous ne nous arrêterons donc point, plus que de raison, aux sujets romains, de M. Alma-Tadéma. Leshie^ VÉtude^ la JJdurs, la Danseuse roniainey Calulle^
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Agrippine vtstlanl les cendres de Germanicus ne nous appreoucnt en réalité rien de nouveau sur le talent du peintre. Son Entrée de théâtre romain est plus curieuse peul-êlre, cette tentative de reproduction d'une scène de mœurs locales oiïre un certain intérêt; mais la supértorité de M. Alma-Iadéma se manifeste à mes yeux d'une façon bien plus évidente dans celui de ses tableaux qui a pour litre : Éducation des petits-fils de Clotilde. D'abord l œuvre est de beaucoup la plus considérable par les dimensions, et par cela seid elle nous appui te la contirinalioii de ce que les précédentes expositions de rariistc nous avaient appris déjà : c'est que son talent acquiert une. ampleur, une solidité d'autant plus magistrales qu'il se déploie sur de plus larges surfaces. En outre, il beinble que M. Ahua-Tadéina fasse en luimême appel à une pénétration plus vive et en quelque sorte à une intelligence plus profonde, lorsqu'il s'agit pour lui d' interpréter les types et les mœurs de la vieille race gauloise.
Ëvidemiment le système du peintre ne varie pas; il
s'attache surtout, comme dans les sujets égyptiens et romains, à la iidélité historique, à l'exactitude du costume et du mobilier. Néanmoins, il y met plus de vie, plus de chaleur, un intérêt plus réel, et ses tableaux en ce sens ont pour nous le charme qu'avait à l'époque de son apparition une œuvre d'histpire chère à notre jeunesse, les Héeits de f histoire romainen d'Augustin Thierry. Dans Y Éducation des petits- fils de CluiUde^ M. Alma-Tadéma, tout en conservant son minutieux amour de la mise en scène, a su s'élever au-dessus des petitesses du trompe*^rœil« Les armes, les bijoux» les meubla, \tÉ mm\Q5 y sont traités avec le mémo soin qu'eu ses au^
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très ouvrages ; mais Téquilibre logique de sa composition y est mieux observé. Il y a au-dossus de tout cela, et dojuioâDt tout cela, ua motif d*attrait et de satisfaction pour Tesprity sans que Tartiste s*écarte cependant des données strictes de la peinture. En un mot, sou sujet est bien réellement pittoresque et non poiut seulement littéraire. Û satisfera les visiteurs qui regardent avant tout dans un tableau le motif ou le sujet, mais il satisfera également ceux qui aiment avaut tout aussi une action claire, une composition bien pondérée, un dessin correct et les enchantements particuliers de la couleur.
La reine Clotilde assiste à celte rude éducation que. les exigences d'une époque guerrière et d'une civilisation en voie de formation imposaient à tous les hommes de ce temps ; les enfants sous les yeux de leur mère, sous la direction des hommes d'armes, des chefs les plus éprouvés, s'exercent au maniement de l'arme des Francs. La cible a été largement tracée sur un assemblage de poutres énormes. Placés à distance, se roidissant, tendant leurs niuscles, les petits princr^s tour h tour lancent au but avec une sauvage énergie la terrible francisque. Les entailles formidables laissées dans le triple cercle de la cible indiquent sufhsauiment quelle main redoutable sera celle de ces enfants.
En dépit des réserves que nous impose le système de M. Alma-Tadéma, nous ne pouvons que rendre lioininage cependant à son très-beau talent. Nous n'hésiterons même pas à le dire, bien qu*il soit élève de M. Henri Leys, nous le trouvons engagé dans une voie moins dangereuse que celle de son maître. Le peintre d'Anvers, nous Tavons dit longuement, se tient trop exactement dans la convention des primitifs Allemands.
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Celle convention, qui était l(''c;itime clicz eux, l'est beaucoup moins chez M. Leys qui refait ce que ses prédécesseurs avaient déjà fait, au lieu de continuer, d'élar-. gir leur tradition et d'appliquer pour son propre compte les principes qu'ils avaient appliqués pour le leur. M. AlmarTadéma n'a pris à M. Leys qae son amour du passé et des sujets rétrospectifs, mais il se garde bien de donner à ses tableaux l'apparence d*œuvres anciennes. A sa façon il applique, en le retournant, le mot célèbre de Chénier. Il fait, lui, de la peinture moderne sur des sujets antiques. A cet égard, la supériorité me paraît tout à fait acquise à M. Alma-Tadéma.
I.e genre historique a d'ailleurs peu de représentants dans Técole hollandaise ; je ne vois guère ({ue M. Uochussen que nous puissions nommer après Tartiste que nous venons d'étudier. Cependant, hâtons-nous de le constater, les deux peintres n'ont rien de commun ni dans les tendances pittoresques, ni dans le choix des sujets. M. Rochussen ne se préoccupe nullement du fini de l'exéculiou d'une part; d'autre part, il semble ([u'il se soit beaucoup plus inspiré de cette fraciion de l'école française qui a peuplé le musée de Versailles que de l'école d'Anvers.
Il n'expose qu*un tableau, un sujet national, h comte
Florens de Hollande combattant les Frisons; œuvre estimable qui tigurera honnêtement daus quelque galerie d('.s Pays-Bas, dans quelque hôtel de ville, à Amsterdam ou k la Haye.
Les peintres de genre sont plus nombreux ; aux premiers rangs (non au premier) se plaee M. Christophe Bis-
schop. M. Bisschop, depuis quelque temps, envoie d'une
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façon récjulière à nos expositions du palais des Clianips- Élysées. Il est dans la tradition locale en consacranl son talent & exprimer la grâce intime et la beauté particulière des jeunes filles de la Frise. A ces dons très-lieureux d'élégance et de sentiment, M. Bisschop ajoute les dons plus spéciaux d'une coloration puissante et harmonieiise. Je ne ferai qu'un reproche h cet artiste, et il porlei a sur ses procédés. M. Bisschop a emprunté à Decanips son mode^ d'empâtement; mais ce moyen pratique dont Decamp a tiré de si grands effets dans ses ^ues de ville, pour SOS coins de murailles brûlées par le plein soleil, est appliqué d'une manière fâcheuse par le peintre hollandais lorsqu'il veut , éclairer certaines surfàces comme les feuillets d'un livre p;ir exemple qui, étant parfaitement lisses dans la réalité, ne s'accommodent nullement de ce maçonnage rugueux. Autre remarque à faire siir le talent de M. Bisschop : il nèns apparaît à l'Exposition univer* selle un peu diiFérent de ce que nous le connaissions. L'artiste a fait un nouvel effort. Nous n'avions vu de lui, jusqu'à présent, que des peintures de chevalet. La figure qu'il expose sous le titre de la Prière interrom^ fue, atteint presque les proportions de la nature. Nous avons vu M. Alma-Tadéma gagner, en force et en puissance, h cet agrandissement de cadre; nous ne pouvons adresser le même éloge h M. Bisschop. La tête de la jeune fille et les mains, c'est-à-dire les parties qui exigent un travail de modelé plus sévère et plus sérieux, n'ont plus la même consistance, la même solidité que dans ses petites toiles. Par contre, ses qualités de coloriste s'y déploient plus à l'aise. A ce point de vue, le tableau de 1867 est le plus remarquable que M. Bisschop ait jamais envoyé aux Salons de Paris.
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Le matlre le plus charmant et vraiment le plus fort, et aussi le plus sympathique parmi les peintres de genre de
l'école des Pays-Bas, nous est également familier. 11 est rare qu'une année se passe sans que nous ayons le plaisir de voir et d'admirer quel({u'une de sés compositions touchantes. Je veux parler de M. Joseph Israëls, d'Amsterdam. On n'a pu oublier ïlnlerieur de la maison des orphelines (à Katwyk, en Hollande), appartenant au Luxembourg. Un jour froid pénètre par d'étroites vitres dépolies dans une salle grise, carrelée, dépourvue de tout ornement, de toute joie. Trois jeunes filles à la table de travail, trois orphelines, tirent TaipiUle do malin an soir dans cet humble milieu. J'ai hâte de le dire, le ta-' bleau est d'un peintre, il est patiemment observé, très** bien exécuté, sans aucune de ces petites « ficelles » à l'usnge de l'école de Diisseldorf; mais en outre combien la pensée est touchante, l'œuvre mélancolique, et modeste, et vraie. La lumière froide qui éclaire cet humble atelier de jeunes filles modestement vêtues, travaillant patiem* ment, celte image du labeur honnête, si vive en sa simplicité, est certainement restée dans toutes les mémoires. Nous avons trouvé avec un véritable plaisir celte onivre excellente dans l'exposition des Pays-Bas, et d'autres encore : les Enfants de la mer, une vieille connaissance aussi, le Rabbin David, le Vrai soutien^ le Dernier souffle enfin, toutes scènes où les senlimenls de la famille, de l'intimité domestique, où tout(;s les douceurs et toutes les douleurs du foyer, où (outes les joies bruyantes de l'enfance et les joies discrètes de la maternité apparaissent tour à tour interprétées par un talent très-ferme, très-hoonéte et nullement dans la donnée pleurarde et faussement sentimentale de quelques ar-
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listes français. Trois mots diront le caraelèrc dos œuvres de M. Israëls : vérité, simplicité, émotion !
Au-dessous de MM. Israëls et Bissehop, Téeole hoUandaise compte un certain nombre de petits peintres de genre qui ne manquent ni de sentiment, ni d'habileté. Je nommerai pour mémoire M. D. Blés. On aura souri à l'aimable imaf^ination qui a conçu le Grand Duo des petits enfants et la Vctiic curieuse; la Musique d'aman leurs rentre, pour nous, uii peu trop dans le genre médiocre, Hlusiré en France par M. Biard. Le comiqne en est d'un goi)l douteux. — Je voudrais nommer aussi M. Bakkerkorff (nous n'écrirons pas son nom deux fois). Le Toast de remeretetnenî , le Malade et la Lecture de la gazelle sont de jolies petites toiles, très-propres, bien froides, parfaitement semblables à de la porcelaine, mais point du tout dénuées au total de qualités de dessin et d'observation.
Le paysage est bien déshérité en Hollande de sa grandeur passée. Dans le pays de Backuysen, d'Albert Cuyp, d'Hobbema et de Ruysdaél, c*est à peine si l'on peut titer à l'heure qu'il est trois ou qualrcs ^laysagistes qui aient un sentiment personnel de la nature. Ce sentiment, un peu banal dans le talent de M. Haas, a été étouffé cbez lui, je pense, par un excès et un abus de facilité. On verra pourtant avec plaisir sa vue des Polders de Hollande après la pluie, M. Roelofs a eu le mérite, qui se fait rare, de faire un très-baau ciel à son tableau intitulé : Vaches au bord d'une rivière. Les vues de Bruyères que M. Vogel va chercher dans le Brabant septentrional et en Gueldre nous rappellent, avec plus de sécheresse et de finesse aussi, les bellés et larges études par lesquelles Biin, mort si jeune Tannée dernière, avait pris une place
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trcs-élevce dans le paysage français contemporain. Arrctons-nous enfin, au inomeDi de sortir de la galerie des Pays-Bas, devant une vue de Hollande, de H. Wiessenbrucli. Il a rendu avec uu succès tout à fait inconteslable la chaude lumière qui, })ar les jours d été, embrase l'ai* ffiosphère des pays humides et les enveloppe comme d'un voile d or flottant et transparent.