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L'ÉCOLE DE MUNICH

IIISTOIRE — liE.VUE .MILITAIRE — PAYSAGE

MAI. Foltz. (jicnelli, Kaul])ach, Piloty, Fraïu/ois Adam, J. Bran<lt, M. de Sclnvind, Ebert, Scliuetz.

S'il suffisait (le la volonté d'un liomrae pour créer tout a coup une génération de grands maîtres, l'école de Munich actuelle n'aurait rien à envier aux époques les plus illustres du passé. Une volonté énergique, en effet, Il voulu agir eu ce sens. A Munich, Tart est sorti de terre tout d'un coup, comme ces diah^s des boites à surprise qui servent de jouet à nos enfants. Le roi Louis I**^ de Bavière a cru, a espéré tout au moins qu'il avait en main la baguette des fées et qu'il lui suffirait de frapper la terre pour en faire jaillir une école d'art puissante et forte. Rien ne prouve mieux combien dans cet ordre les encouragements d'un prince, si généreux qu'il soit, peuvent rester stériles. Le principe luéiïie de celte tentative de renaissance était d'ailleurs, il faut bien le dire, absolument erroné. Au lieu de créer une vie nouvelle dans l'art avec des éléments complètement nouveaux, le roi Louis, emporté par son culte

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pour le génie de Tantiquité, a préteodu ressusciter le

passé.

Munich est devenue, sous celte inspiration, une contrefaçon piteuse de la Grèce antique. On y parle le grec, mais un grec singulièrement altéré au passage par l'organe guttural des Teutons. Les noms de rues, de musées, de monuments publics sont pour la plupart bellé* nisés. On y voit la Glyptotlièque, la Pinacothèque, les Propylées, et par une concession au génie hlin, un Antiquarium, un Maximilianeum... On s'y promène dans un jardin des racines grecques. Tout y est inspiré de Tanliquilé. Cornélius, de sa main rapide et facile, correcte, et banale aussi comme un paraphe de maître d'écrilure, a chargé les voAtes et les murs latéraux de "ces longues salles de scènes mythologiques et d'épisodes empruntés aux poèmes ci)i(iues de Tantiquité classique. Un paysagiste, Charles Reutmann, déroulait dans les mêmes enceintes les ruines et les lignes immobiles da sol de l'Hellade. Danslemême temps, Scbwanlhaler représentait les combats des héros d'Homère et les travaux d'Hercule; Kaulbacb,4a bataille de Salamine; Andréas MuUer» les noces d'Alexandre le Grand; Genelli célébrait Ésope, Philippe Foltz illustrait la biographie de Périclès. Mais arrêtons cette énumération qui occuperait trop de place

Parmi les artistes que nous venons de nommer, MM. Genelli, Foltz et Kaulbach figurent à l'Exposition universelle. Quelle que soit la réputation de M. Foltz au delà du Rhin, nous ne pouvons cependant fermer les yeux à l'évidence. Son Périclès, un de ses ouvrages les plus célèbres, ferait assurément bien pauvre mine dans une galerie française, fût-ce même au milieu de travaux

d'élcvcs. Je vomirais le voir, pnr cxciuplc, dau^ la salle des grands prix h l'École des Beaux-Ârls. -N'insistons pas. L*œuvre est prétentieuse et d*iine ambition véritablement sans rapport avec le lalont d'exécution.

Nous ne dirons rien non plus de M. Genelii ni de son Hercule Unsagile chez Omphale. Cette composition fait partie d'un ensem])ltî considérable dont le calalo£^nc donne le détail tout au long. Les motifs sont Ircs-intclligemment indiqués au livret; mais il eût fallu, pour faire fondre ces blocs de glace, pour animer ce marbre, le génie passionné d'un Delacroix, le seul parmi les modernes qui ait su mettre un accent héroïque au service de pareilles conceptions, immobilisées par le temps et refroidies encore, dans les ouvrages des peintres allemands, par le pédantisme de rinlerprélaiion germanique.

Reste donc M. Kaulbach, qui expose un immense carton où il a voulu figurer Y Époque de la ré formation. Le centre de la composition , on s'y attend, est occupe par la figure de Luther. Autour de lui sont groupés tous SCS disciples et tous ceux qui, dans la pensée de M. Kaulbach, ont conlrihué comme Luther ravénement du libre examen-en matière religieuse. Philosophes, artistes, savants, lettrés se pressent dans l'enceinte du temple, où se passe cette scène idéale.

L*œuvre est conçue avec une certaine grandeur, mais elle man(iue, dans la disposition des groupes, et de clarté et de simplicité. Si l'on étudie l'œuvre slrietemenl au point de vue de l'exécution, le regard est choqué par bien des défaute, dont le moindre est la confusion. Le * dessin est dur et lourd; il n'a aucun caractère d'individualité, ou plutôt il semble que M. Kaulbach ait imposé Tallure pesante de son crayon à toute l'école de Munich.

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Les dessÎDS d'élèves, exposés dans une salle voisine, ont tous le même accent et paraissent sortis de la même

ni:iin. Cet ouvrage qui, je le répète, lémoi^ne d'une certaine grandeur de coDceptioD , ne conserve lien de celte grandeur dans Texécution définitive. C'est peut-être une combinaison intelligente et ingénieuse; c*est assurément une œuvre d'art des plus médiocres; c'est un rébus colossal tourn)é en façon de poème épique par un élève de rhétorique.

Une réputation naissante, M. Charles Piloty, se soumet pour la seconde fois au contrdie du public français. 11 y a quelques années, on a pu voir exposé au boulevard des Italiens un grand tableau de M. Piloty, un tableau historique représentant Néron pendant Ttncendie de Rom, Nous voyons aujourd'hui de nouvelles oeuvres de cet artiste; la plus importante est consacrée à fixer le souvenir d'un épisode de la bataille de Weissenberg. On y voit un dominicain exhortant les troupes au combat. M. Piluly, dans cette œuvre qui offrait cependant plus de prise à la réalité que V Époque de la réformalion^ a trouvé le moyen de mettre, s'il est possible, plus de confusion et de lourdeur encore que H. Kaulbach n'en avait mis dans son propre tableau. La Mort de César, du môme peintre, témoigne d'un effort nouveau chez M. Piloty dans le sens pittoresque proprement dit. Il a cherché des artifices d'exécution, des coquetteries de pinceau, des séductions de couleur qui aftirment une préoccupation des procédés tout à fait inattendue.

Pourquoi Tartiste ne se préoccupe-t-il pas également d'animer un peu d'une vie intérieure plus sensible ses personnages historiques / Éloignons-nous au plus vile de ces compositions grelottantes; elles sont anibitieuses

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et préleu lieuses. Nous admcLlons et nous aimons l'ambition chez UD jeune homme c\ ses débuts; mais lorsqu'elle est systématique et qu'elle devient, pour ainsi dire, une routine d'école, comme à Munich; lorsqu'elle est aussi hautaine, et dans le tait aussi peu juslitiée, il suffit de la signaler à l'impartiale appréciation des gens de goût.

L'œuvre la plus intéressante, à notre avis, dans la galerie bavai'oise est d'un artiste qui parait fort peu appré* cié de ses compatriotes. Ses rivaux sont tous plus ou moins professeurs, membres d'académie, directeurs de galeries, très-honorés, très-récompenses, très-approuvés; M, François Adam n'est rien de tout cela. Cependant son tableau représentant la Route entre Solferino et Valeggio, le 24 juin 1839, est un des très-rares tableaux de sujets militaires qui, en France même, où depuis un demi-siècle on en a tant fait, occuperait par son originalité une place à part au milieu des œuvres du même genre. L'originalité de M. Adam consiste. en ceci» que pour la première fois ou à peu près, 1^ paysage a dans le tableau une importance pittoresque égale à celle que les peintres de batailles accordent habituellement aux |)ersonnages. Il a bien rendu cependant l'image de la guerre, il' n'a pas sacrifié son sujet au dilettantisme dupaysafi^iste. La route poudreuse est couverte de chariots d'ambulance; dans chaque voiture gisent confondus amis et eimemis, Autrichiens, Italiens et Français. Sur les talus qui bordent le chemin , beaucouj) d'entre eux se sont traînés ou ont été portés par quelques mains pitoyables, pour échapper au passage des lourds fourgons d'artillerie implacables dans leurs manœuvres furieuses. A Tombre d'uQ bouquet d'arbres se sont réfugiés quelques soldats

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vêtus de Tuniforme autrichien, mais venus des extrémités danubiennes de l'empire. £t c*est ce qu il y a de curieux, ce qui révèle un observateur atteulif chez M. Adnm : alors qu'il a conservé soigneusement Tunité du type pour les soldais français, il a su varier avec une grande habileté tous, les types de Tannée autrichienne. L'œuvre, d'ailleurs, a l'impersonnalité sévère d'un rapport écrit par un témoin désintéressé. Il est impossible de savoir en faveur de qui penchent les sympathies de l'auteur. L'exécution, au point de vue pittoresque, paraît, au premier abord, un peu sommaire, un peu grise; mais, à l'étudier de plus près, outre que l'impression de lumière est rendue avec une grande justesse, on remarifiie aussi bien des ligures dessinées et modelées savaniiiieot, par un lioniiiie fort de sérieuses éludes et armé d*un don très-délicat de coloration. Je signalerai, entre autres, le blessé assis, le corps à demi-nu, à Tarrière d'une charrette qui s'enfonce d^ns la perspective aux plans intermédiaires de la composition. Le tableau de M. Adam m*a rappelé, par bien des points, les pages émouvantes du livre de M. Dunan, intitulé : Une Journée à Solférino.

M. Joseph Brandi a fait également un tableau de bataille plein de mouvement, de verve et d'une belle coloration : Jean^Charks Chodkiemez^ grand betman de Lithuanie, à la bataille de Ghoczim, contre les Turcs, en 1621. En ouvrant le livret au nom de M. Brandt, je m'aperçois qu'il est élève précisément de M. François Adam. M. Adam n'est donc plus un jeune homme, et il y a lieu de s étonner qu il joue un si petit rôle dans son pays. Mais le solennel, et le pompeux ont toujours eu de Qv.fi privilèges sur le talent réel et simple.

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En Bavière, il y a peu ou point de peintres de i^enre. C^ipendant le visiteur trouvera dans rexposilion huit tableaux de M. Maurice de Sehwind, professeur à l'académie des beaux-arts de Municli ; tableaux étranges, absolument mystiques, ee qui n'est poiot tout à fait un éloge adressé au peiotre. Mais nous sommes tenu de le reconnaître et de le constater (et à mesure que nous avançons notre opinion se confirme) : un peintre, en Bavière, fait exception* Tous ces artistes sont extrêmemeut intelligents; ils rerouent quelques idées, mais dans le nombre fort peu d'idées pitloresques. LAnachorêle, la Vierge, la Ballade, la Source dans la forêt, sont pciuts par M. de Schwind avec une roideur probablement systématique et qui nous toucherait par une certaine bonhomie, par une précision de détails très-curieuse, si celle naïveté n'était point uniquemeut à la surface et eu réalité tout à fait jouée.

En un pays où le sublime est Tétat normal en fait d'art, où tout le monde se huche plus ou moins sur sa petite épopée, le paysage n'abonde point. Le petit nombre de a*ux qui figurent dans la galerie bavaroise se iraine encore à la remorque du paysage français de la Restauration ou alors s'émielle dans la minutie des tableaux primitifs allemands^ exagérée encore dans leur dureté de coloration et dans leur sécheresse de contours. M. CJiarles Ébcrt a fait un Intérieur de forél qui peut servir de type dans le sens que nous avons indiqué en premier lieu; la Matinée de Pâques^ de M. Théodore Schuetz, élève du professeur Piloty, ap[)ariienl au second système*, Tun ne vaut pas mieux (^ue Taulrei

Hn résumé, beaucoup d'efforts pour un résultat vérU

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tablement nui; notre La Fonlaioe a trouvé la formule des entreprises de ce genre eu quelque direction qu'elles s'acôomplissent : c'est toujours et partout la Montagnê qui accouche dune Souris.

Digitiz'ed»

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