LES ÉCOLES DU NORD
PRUSSE — ÉTATS DU NOBD — AUTltlCUE — SUISSE
MM. Knaus, Lasch, Meyerhoim , Ileilbuth, Schlesinger, Schloesser, ]fennf])er/:,', Brendcl, A. et 0. Achenbach, Scliciick, Saal, Jfuiilen, Mugims, Meuzel, Uœberliu; — Mutejko, L'AHemandjeune, Kalialt, Van ThoreD, Bontibonne , Eader; — Bandit, Cattan, Bodmer, Vautier.
Si Ton dresse jamais une carte de l'Europe artistique avec un traité de géograpiiie spéciale qui y corresponde^ il faudra placer la capitale du royaume de Prusse à Dus- • seldorf. Là est la vie et le mouvement de l'art, là le centre le plus actif de production. Diisseldorf est d'ailleurs bien couQu de nos amateurs; sa petite colonie de peintres aimables nous est devenue familière; pas un Salon ne s'ouvre au palais des Champs-Élysées sans qu'elle y soit très-largement représentée. Le prince de l'école (bien que professeur à Wiesbaden) est M. Louis Knaus. On Ta dit, et avec juste raison, M. Knaus est un peinire secondaire. Il n'a point les grandes ambitions. La Grèce antique, Tltalie de la Renaissance, ne Tout point touciié; au moins est-ce là ce qui résulte de sçs œuvres.
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Il est et veut rester Allemand ; et, poiir mon compte, je
lui en sais un i^ré infini. Son Lendemain Je féie^ exposé il y â quelque dix ans à Paris, fonda du coup sa réputation. Depuis, nous avons vu d*année en année défiler * toute la suite de ises compositions souriantes.
Qui ne se souvienl de la CinquanLainey du SaUmbanque^ que nous voyons en France pour la seconde fois? Ne nous y arrêtons pas. Voyez plutôt Vlnvalide^ les Garçons cordonniers jouant aux cartes, les Paysans de la vallée du Passeyer recevant une répriuiaude de leur curé, la Femme jouant avec deux cbats, la Femm» du eordmnitr avec son enfant et un apprenti contera* plant une souris prise dans une souricière; voyez la finesse de l'expression, la justesse des attitudes, le jeu naturel du geste, en un mot Textréme intelligence de l'observaiion. Mais M. Knaus reliausse encore ses dons d'observateur par une délicatesse toute particulière d'invention ; tour k tour il sait nous émouvoir et nous faire sourire. Il a l'hunieur spirituelle avec une pointe d*al- (endrissement; rirooie qui se fait jour parfois dans ses tableaux n'est jamais cruelle; il Tarréte juste au moment où elle pourrait devenir dure et choquante. Son dessin a • d'autre part une grande finesse, qualité inséparable de celte justesse de mimique qui nous frappait tout à riieurc dans ses ouvrages. Ajoutez k cela une coloration d*une distinction exquise et vous reconnaîtrez que la réputation de M. Kuaus mérite, comme elle Test réellement, d'être ratifiée par les artistes après avoir été affirmée par le grand public. En effet, nous Tavons dit maintes fois, ce qui arrête la foule et la séduit dans l'œuvre d'art, le sujets bien plus que la valeur pittoresque qui, elle^ ar* réte et charme sunout lei conoaiiseun) Mi Kniiis a éi4
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assez heureux pour se concilier les sympathies de l'un et Vautre parti. Quoi de plus aimable, par exemple, que sa Jeune Paysanne cueillant des fleurs? Elle est h moitié perdue dans les hautes herbes de la |)rairie; elle fourrage des deux mains à travers les fleurs éclatantes que nous nommons de mauvaises herbes, et qui sont pourtant les herbes les plus délicieuses dans leur svelte allure, les fleurs les plus charmantes dans leur incarnat el dans leur azur éclatant. Coquelicots, bleueis, liserons, mousses, brins d'herbe, s'entassent en gerbe dans les bras de l'enfant joyeuse, et ces adorables fleurettes ont fourni au peintre un thème de colorations ravissantes, qui rappelle les élégances très- spéciales en ce sens d*un de nos peintres français le plus juslement aimés, M. Eu* gène Fromentin.
C'est de l'école de Diisseldorf que font partie M. Lasch el M. Meyerheim (et bien d*autres encore qui ont moins d'importance). Le Retour de la kermesse, la Fele du vieux maitre d'école, par M. Lasch, ont cette grâce abondante et facile que nous lui connaissons déjà cl h l»aquelle il ne manque qu'une facture un peu plus sévère. Quant à M. Meyerheim, il nous avait fait la galanterie de réserver pour l'Exposition des Champs-Elysées la meilleure de ses toiles. La Sortie du Cirque^ en efl'et, était de beaucoup supérieure au tableau qu'il intitule d'un mot familier et populaire sans doute, le Culot, Le culot, c'est assurément le dernier né. Je traduis ainsi, d'nprès le motif mis en scène par le peintre et qui représente une jeune mère de famille tenant dans ses bras le plus jeune de ses enfants, qu'elle ofl're aux embrassements du père. Mais il y a bien loin, comme exécution, de celte œuvre sèche el pauvre h la facture énergique du
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Cirqtte et à la facture puissante de la Ménagerie exposée au Salon de 1866.
AcquittoDs-naus eàfin avec les peintres de l'école de Dâsseldorf en nommant encore M. Schloesser, du grand-
duclié de Hesse, mais non moins habitué des Salons de Paris que ses confrères déjà nommés. Il a déployé la même ingéniosité et la même habileté un peu banales dans ses petits motifs : le Fruit défendu, c'est-à-dire déjeunes écoliers fumant d'énormes pipes, et Pendant h ierman^ c'est-à-dire un doux balancement do tètes révélant le sommeil de consciences pures.
M. Heilbuth est donc. Prussien ? Vraiment on estsurjgris de rencontrer ses Cardinaux hors des galeries françaises où nous sommes accoutumés à les voir; on est tenté d'accuser d'erreur les personnes chargées du classement des tableaux; le peintre est tellement français d'habitudes et de talent, que tout le noonde avait oublié sa nationalité. Mais il importe peu. Que sa peinture nous apparaisse sous le pavillon tricolore ou sous le pavillou thnc et noir}K)rtant l'aigle à deux têtes, son crayon est toujours spirituel, sa moquerie très-fine, ses types romains aussi piquants. Pourtant, on commence à se lasser d'entendre nommer Aristide le juste. M. Heilbuth doit songer à se renouveler.
Un peintre qu'on n'accusera point de dissimuler ses ^ origines, c'est M. Rodolphe Henneberg, de Brunswick, il ne quitie point Berlin, et c'est de Sigismund Strase qifil nous envoie son interprétation de la brfllade de Bùrger, le Féroce chassmr; nous avions déjà vu celle toUe en 1857 à Paris. Ëlie n'a rien perdu de sa sauvage brutalité, de sa violence et de son terrible élan. Que de motifs de préférer ces œuvres d'impression, franches