‹ Les naufragés de l'île de BornéoChapitre 3 sur 30 · L ALBATROS · texte numérisé non relu

L ALBATROS

surface de la mer. L’oiseau, avec un bruit d’ailes semblable au grincement du cabestan, suivait une direction bien définie, et le but qu’il visait était évidemment la tête du nageur.

Une étrange clameur, dans laquelle se confondaient plusieurs voix, s’éleva au-dessus de l’Océan; cri de surprise douloureuse de la part des hôtes du canot, cri d’épouvante de la part du nageur, rauque croassement de l’albatros bientôt suivi d’un son qui pouvait sembler un cri de triomphe ironique. Presque en même temps on entendit un sourd craquement comme si le bec puissante acéré de l’oiseau pénétrait dans le crâne du matelot, le frappant de mort aussi sûrement que l’eût fait un boulet de six, et envoyant son corps sans vie au fond de la mer.

Le dernier élan de l’albatros avait été si rapide et le drame s’était accompli en si peu d’instants que le capitaine avait à peine eu le temps de saisir sa carabine. Il était trop tard pour sauver leur compagnon, mais non pour le venger. Le coup partit. L’albatros, blessé

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au flanc, alla s’abattre dans les flots à deux ou trois cents mètres de l’endroit où avait disparu sa victime.

«Trop tard, trop tard! » s’écria le capitaine désespéré en laissant retomber son arme au fond de la pinasse.

Le matelot ne remonta plus ou du moins s’il remonta ses compagnons de naufrage ne le revirent pas. Dans leur désespoir ils abandonnèrent les rames et laissèrent la barque aller à la dérive, suivant la direction que lui imprima le caprice de la brise qui continuait à souffler doucement.

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